«On les fait ramper comme un chien»: ces avocats français dénoncent
Plusieurs avocats d'adolescents placés en garde à vue lors du mouvement des lycéens en France ont dénoncé des violences physiques, des insultes et des «tentatives d'humiliation» par des policiers, qui ont laissé des mineurs «terrorisés».
Me Ainoha Pascual, qui a assisté trois adolescents dans la capitale française, est membre de la Legal Team Paris, un des collectifs d'avocats qui ont fait des violences policières l'une de leurs spécialités. Elle témoigne:
Elle poursuit:
Des violences systématiques
Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ), abonde:
«Il n'y a pas du tout d'adaptation des pratiques» des policiers «par rapport à leur minorité», déplore cette pénaliste, ayant assisté une «petite dizaine» de jeunes en Seine-Saint-Denis, et dans le Val-d'Oise, en région parisienne.
Les lycéens, dont le mouvement est né mi-septembre en banlieue parisienne, dénoncent l'insalubrité des bâtiments, des classes surchargées et des absences de professeurs non remplacées, particulièrement dans les quartiers populaires.
Onze enquêtes ont été ouvertes à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la «police des polices», pour des violences imputées à des policiers ayant entraîné de graves blessures.
Des humiliations et de l'intimidation
Les commissariats sont par ailleurs le théâtre de «violences psychologiques» et d'«insultes racistes», affirme Prisca Ancion:
Me Ainoha Pascual, qui raconte qu'une adolescente a été «emmenée pieds nus au commissariat» alors qu'elle avait «demandé aux policiers» de ramasser ses chaussures perdues lors de son interpellation, abonde:
Même indignation dans le sud-ouest de la France, comme le relève Ludovic Tardy, à Pau, qui a assisté ce week-end trois mineurs:
Se tiennent des interrogatoires tendus, rythmés de sarcasmes. «Avoir cours de 8H00 à 18H00? C'était pareil pour nous, connard!», aurait ainsi lancé un policier parisien à un adolescent, selon son conseil qui témoigne sous couvert d'anonymat pour protéger le mineur.
«Des officiers de police judiciaire passaient en se moquant du droit au silence adopté par mon client: "Ca ne sert à rien, ton avocat te conseille mal"», se souvient aussi Me Théo Kermagoret, intervenu pour des adolescents à Sarcelles, dans la banlieue parisienne.
La pénaliste Clothilde Legros prédit de son côté de «nombreuses plaintes pour faux en écriture publique», une infraction criminelle, «s'il est établi par des vidéos que les procès-verbaux ne correspondent pas à la réalité des opérations policières».
Des dossiers «vides»
Ces avocats s'inquiètent aussi des conditions d'accès à un avocat. Camille Duprié, membre du CAJ, affirme avoir été empêchée d'assister un lycéen. Les policiers lui ont reproché de «racoler des clients», assure-t-elle, avant de la contraindre à quitter les lieux.
Des entraves servant à camoufler des dossiers «vides», accusent plusieurs avocats.
De son côté, la Conférence nationale des procureurs généraux dément dans un communiqué:
Ce n'est pas le vécu des avocats interrogés par l'AFP.
Un avocat bordelais ayant requis l'anonymat raconte avoir assisté un jeune de 15 ans «auquel on reprochait une intrusion dans un établissement, où il s'était en réalité réfugié pour échapper à une nasse». Le Bordelais déplore:
Le client de Chirinne Ardakani était encore plus jeune: 14 ans. Elle affirme:
