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L'Otan pourrait mettre un terme à la guerre d'usure de Poutine

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L'Ukraine suffoque, Poutine fanfaronne. Mais combien de temps?Getty Images Europe
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Poutine mise sur l'usure pour vaincre l'Ukraine, à une condition

L'armée russe parvient à progresser lentement en Ukraine, mais enregistre de lourdes pertes. Les défenseurs ukrainiens sont en partie en retrait, en attendant les aides de l'Occident. Que nous réserve cette guerre d'usure?
05.04.2024, 05:41
Patrick Diekmann / t-online
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Alors qu'une colonne russe de 48 chars et véhicules blindés se dirigeait samedi de Tonenke vers Umanske, dans l'est de l'Ukraine, elle est tombée dans une embuscade. Des enregistrements vidéo partagés sur les canaux Telegram ukrainiens et russes montrent des explosions de chars. Au total, la Russie aurait perdu ce jour-là seize véhicules blindés sous les tirs d'artillerie et d'armes antichars ukrainiens – un bilan désastreux.

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t-online

Les blogueurs militaires russes critiquent la naïveté avec laquelle l'armée russe est tombée dans ce piège. Ce genre d'images est devenu plutôt rare depuis le début de la guerre et montre l'insouciance avec laquelle les formations russes opèrent à proximité du front. Or, l'une des forces de l'Ukraine est de pouvoir se défendre avec de petites unités flexibles, même contre une force russe supérieure. Les soldats ukrainiens s'entraînent à cette manière de combattre depuis des années, bien avant le début de la guerre en février 2022.

Mais ces attaques montrent aussi la gravité de la situation actuelle pour l'Ukraine. Les défenseurs manquent de munitions et doivent recourir à des embuscades pour ralentir l'avancée russe. Cela fonctionne bien jusqu'à présent, mais l'armée ukrainienne ne fait que gagner du temps. Si l'Occident ne surmonte pas ses désaccords sur les livraisons d'armes et de munitions, l'avenir s'annonce sombre pour le pays attaqué. Ainsi que pour l'Otan.

Des mesures impopulaires

Les dirigeants ukrainiens font actuellement beaucoup pour accélérer les processus politiques en Occident en vue de la livraison de munitions et de systèmes d'armes supplémentaires.

«Sans soutien américain, nous n'avons pas de défense antiaérienne, pas de missiles Patriot, pas de brouilleurs pour la guerre électronique, pas d'obus d'artillerie de 155 millimètres. Nous reculons, nous nous retirons, peu à peu, pas à pas»
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est adressé aux Etats-Unis dans une interview au Washington Post.
A Ukrainian soldier stands in position on the front-line near Klishchiivka, Donetsk region, Ukraine, Monday, March 18, 2024. (Iryna Rybakova via AP)
L'Ukraine se défend depuis plus de deux ans contre la guerre commencée par la Russie.Image: keystone

Se retirer. Pendant longtemps, Volodymyr Zelensky s'est refusé à prononcer ce mot. Pour des raisons stratégiques, il a toujours cherché à obtenir le soutien de l'Ouest afin de permettre de nouvelles contre-offensives. Il s'est ainsi accroché avec l'ancien chef de l'armée Valeri Zaloujny lorsque celui-ci a parlé d'impasse en novembre de l'année dernière.

Mais désormais, il n'est plus question d'effectuer des contre-offensives, du moins pas en 2024. L'Ukraine doit avant tout résister. En tout cas jusqu'à ce que le soutien à long terme de la part de l'Occident soit assuré.

En attendant, les dirigeants ukrainiens font ce qu'ils peuvent avec leurs propres moyens. Volodymyr Zelensky a par exemple abaissé l'âge minimum de mobilisation de 27 à 25 ans, ce qui devrait apporter 400 000 nouvelles recrues à l'armée ukrainienne. Il s'est longtemps opposé à cette mesure, notamment parce qu'elle est impopulaire au sein de la population. Mais pour l'Ukraine, il ne semble pas y avoir d'autre solution. Le pays a besoin de plus de soldats, surtout pour accorder des pauses aux troupes combattant sur le front. En effet, l'épuisement se fait aussi sentir du côté ukrainien.

Un nouveau bain de sang?

La situation semble donc sombre pour l'Ukraine. Mais le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, ne peut pas encore trop se réjouir. En effet, son armée a elle aussi du mal à s'en sortir en ce moment. La Russie est en train de lentement gagner du terrain, notamment dans la région d'Avdiïvka. Pour rappel, cette petite ville du sud-est du pays a été conquise par l'armée russe en février 2024.

La situation sur le front Ukrainien, Kharkiv.
Image: watson

Là-bas, les troupes de Poutine peuvent encore prendre de l'espace, notamment parce que les positions défensives ukrainiennes sont assez improvisées depuis la perte de la ville. Elles ont dû être en partie creusées par les soldats ukrainiens eux-mêmes et ne sont pas comparables aux autres positions que l'Ukraine a mises en place et constamment développées depuis 2014.

Cela permet à l'armée russe de progresser. Le manque de missiles antiaériens du côté ukrainien permet en outre à Vladimir Poutine d'engager son armée de l'air à proximité immédiate du front. Les avions de combat russes larguent des bombes planantes chargées d'explosifs sur les positions ukrainiennes et ne peuvent généralement pas être détectés par la défense antiaérienne ukrainienne, car Kiev ne peut utiliser ces systèmes que ponctuellement, sur un front de plus de 2000 kilomètres. D'autant plus que l'Ukraine doit également protéger ses villes des attaques de missiles et de drones russes.

Les experts s'attendent à ce que Tchassiv Iar, près de Bakhmout, soit le prochain théâtre de combats acharnés. La localité est tenue par l'Ukraine et est considérée comme un important nœud de communication. Contrairement à la région d'Avdiïvka, les positions de défense y sont plus développées. Le prochain bain de sang menace, notamment parce que le Kremlin enverra sans scrupules ses soldats dans la gueule du loup.

Une guerre d'usure

Moscou ne risque pas d'y faire une percée ou de gagner rapidement du terrain – l'armée russe a souvent eu du mal à consolider ses gains. En d'autres termes, lorsque la Russie gagne du terrain, le front s'allonge, car l'armée russe doit défendre les flancs des gains de terrain. Cela offre ainsi à l'Ukraine la possibilité de tendre des embuscades avec un nombre réduit de forces afin de couper les lignes d'approvisionnement russes.

Plus la Russie s'empare de territoires, plus elle doit déployer de forces pour les défendre. Et ce également contre la population ukrainienne, dont certains partisans luttent activement dans la clandestinité. Pour la Russie, il s'agit en fait d'une situation intenable à long terme, qui est toutefois momentanément évitée par les manques de l'Ukraine.

C'est là que Vladimir Poutine voit sa chance. Le déroulement de la guerre jusqu'à présent le montre: pour le chef du Kremlin, les chars sont plus importants que les soldats. Parce que l'armée russe doit économiser son matériel, le Kremlin poursuit la stratégie d'écraser lentement l'Ukraine. La Russie engage donc les troupes ukrainiennes dans des combats d'artillerie, et charge jusqu'à ce que les défenseurs soient à court de munitions et qu'ils doivent se retirer. Ce schéma s'observe en ce moment sur certaines parties du front.

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Un soldat ukrainien dans la région de Donetsk.Image: keystone

La Russie mise donc sur une victoire par épuisement de l'Ukraine, et les grandes percées ne sont pas forcément nécessaires pour cela. C'est une guerre d'usure.

L'Otan est sous pression

Mais le plan de Vladimir Poutine est également semé d'embûches et ne constitue en aucun cas une voie sûre vers la victoire. Certes, la Russie dispose de plus d'argent, de plus d'hommes et d'une plus grande industrie de guerre que l'Ukraine. Néanmoins, le plan du Kremlin – remporter la guerre par l'usure – est risqué.

D'une part, les envahisseurs russes se battent contre une population qui connaît le terrain et qui ne souhaite pas vivre sous la domination de la Russie. C'est ce qui a été fatal aux Etats-Unis au Vietnam et aux Soviétiques en Afghanistan et en Finlande. La supériorité militaire ou même la possession de la bombe atomique ne conduisent pas toujours automatiquement à une victoire.

D'autre part, les soutiens occidentaux de l'Ukraine disposent collectivement d'une plus grande puissance économique et de plus de possibilités industrielles que la Russie. Si l'Otan devient un acteur plus actif dans la guerre en Ukraine, Moscou surveillera avec attention les évènements, car c'est précisément le talon d'Achille de Vladimir Poutine. Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a par exemple proposé avant le sommet de mercredi un paquet d'aide militaire sur cinq ans d'une valeur de 100 milliards d'euros pour l'Ukraine. Ce paquet doit permettre à l'alliance occidentale de jouer un rôle plus direct dans le soutien à Kiev, comme l'ont déclaré mardi cinq diplomates à l'agence de presse Reuters.

Cela aurait pour effet secondaire d'éviter que les querelles de politique intérieure dans certains Etats membres ne continuent à paralyser le soutien à l'Ukraine comme elles le font actuellement. La mesure vise bien sûr les Etats-Unis, où les républicains bloquent un paquet d'aide à l'Ukraine au Congrès et où Donald Trump pourrait revenir à la Maison Blanche lors des élections présidentielles de novembre. Vladimir Poutine mise sur ce scénario; l'Otan pourrait anticiper en proposant un paquet d'aide de longue durée.

Par ailleurs, si les capacités de production occidentales de munitions et d'armes étaient développées, cela donnerait à l'Ukraine un peu de répit à moyen terme.

Et Vladimir Poutine devrait reconsidérer son plan.

Traduit et adapté par Tanja Maeder

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Video: watson
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