DE | FR
Commentaire

Comment Poutine s'approprie le 9 mai et la victoire contre les nazis

Chaque année, la Russie célèbre traditionnellement en grande pompe la victoire sur l'Allemagne nazie. Mais avec Poutine, cette journée change de signification. Le chef du Kremlin s'approprie cette date à ses propres fins.
09.05.2022, 12:0810.05.2022, 08:41
Sur la place de Saint-Pétersbourg, des défilés ont été répétés en prévision du 9 mai.
Sur la place de Saint-Pétersbourg, des défilés ont été répétés en prévision du 9 mai.image: keystone
Inna Hartwich, Moscou / ch media

Ces jours-ci, Moscou est plongée dans un rouge profond. Des drapeaux géants, qui s'étendent sur deux étages, sont accrochés aux immeubles des rues centrales. Sur les ponts, des bannières flottent au vent. «Pobeda» - qui signifie «la victoire» - y est imprimé en blanc sur un fond rouge. C'est un mot et une valeur auxquels le pays, ses dirigeants comme son peuple, s'accroche. La Russie est une nation victorieuse, crient les propagandistes.

La victoire est sacrée pour le président russe Vladimir Poutine. Pourtant, plus d'un critique, dans le pays, souhaite une défaite russe en Ukraine. Un échec permettrait de briser le culte de la victoire de la Russie, le culte de la violence.

Le président Poutine serre la main d'un vétéran de l'armée rouge.
Le président Poutine serre la main d'un vétéran de l'armée rouge.Image: sda

Avant le défilé, la nervosité s'était emparée de la ville. Des rumeurs de mobilisation générale se répandaient. Il était dit que le Kremlin pourrait faire traverser la place Rouge à des prisonniers de guerre ukrainiens. Cela serait contraire aux Conventions de Genève, mais cette atrocité ne serait pas sans précédent.

👉 Les dernières infos sur la guerre dans notre direct 👈

En 2014 déjà, les «leaders séparatistes» soutenus par Moscou avaient fait défiler 50 prisonniers de guerre ukrainiens dans la ville de Donetsk. Finalement, cette année, aucune de ces rumeurs ne s'est avérée. Ce qui est certain, c'est que le 9 mai, il ne s'agit plus de pleurer les 27 millions de morts soviétiques de la Seconde Guerre mondiale.

Ecrit sur les colonnes du Reichstag

Il s'agit de faste et de triomphe. Il s'agit de «Nous pouvons le refaire», le slogan que les soldats de l'Armée rouge avaient autrefois écrit sur les colonnes du Reichstag à Berlin. Ce n'est plus une menace en l'air, en raison de la guerre en Ukraine, que la Russie appelle par euphémisme «opération militaire spéciale».

La victoire de l'Armée rouge sur l'Allemagne nazie unit les habitants de Russie d'une manière particulière, voire douloureuse. Le pays ne la célèbre pas le 8 mai parce que la capitulation inconditionnelle a été signée à Berlin dans la nuit. Le 9 mai avait alors déjà commencé à Moscou. Ce jour-là, chaque famille doit faire le deuil de ses ancêtres, morts au combat, mutilés de guerre, envoyés au goulag en tant que soi-disant traître.

Cette victoire est un moment identitaire dans lequel chacun se retrouve, quelles que soient ses convictions politiques. Jusqu'à la fin de l'ère soviétique, le 9 mai était un jour triste. «Plus jamais ça», disaient les survivants à leurs descendants, les larmes aux yeux. «La paix» était le message revendiqué dès l'enfance.

Les plus petits se mettent en formation en Z

Aujourd'hui, les enfants des écoles maternelles du pays chantent des chansons guerrières et se forment en Z en hommage à l'esprit belliqueux de l'Etat. Cette année, la Russie célèbre la guerre qu’elle vend comme la paix.

Moscou a rendu la célébration de cette année encore plus pompeuse, même si aucun représentant d'Etat étranger n'a été invité. Ce qui compte, c'est la mise en scène. La lutte constante des Russes contre des puissances étrangères, qui auraient tenté d'asservir leur pays pendant des siècles, est au cœur des récits. Le Kremlin s'empare de la mémoire, il fait de la politique avec des connaissances simplifiées sur la Seconde Guerre mondiale.

«1941-2022», peut-on lire actuellement sur certaines affiches. Comme si la Russie était toujours en guerre et que la lutte contre le fascisme n'avait jamais cessé. Moscou déclare «nazis» tous les Ukrainiens qui remettent en question la politique russe. La Russie détourne la commémoration de la victoire de 1945 pour justifier sa guerre en Ukraine. Elle cultive une idéologie de la destruction avec sa nouvelle svastika, le Z.

(Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter)

La TV russe simule des attaques nucléaires

Plus d'articles sur la Suisse et la guerre en Ukraine

Comment Poutine essaie d'envoyer l'or russe en Suisse malgré les sanctions

Link zum Artikel

La guerre en Ukraine a fait augmenter les prix de ces biens en Suisse

Link zum Artikel

L'embargo sur le pétrole russe menace-t-il la Suisse? Un expert répond

Link zum Artikel

Pétrole, gaz: pourquoi la Suisse a du souci à se faire à cause de la guerre

Link zum Artikel

Yves Rossier: Peu de chances que la Suisse soit médiatrice en Ukraine

Link zum Artikel

La Suisse est à nouveau présente sur le territoire ukrainien

Link zum Artikel
Montrer tous les articles
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Kim Jong-un a passé un savon à ses fonctionnaires pour leur gestion du Covid
Kim n'est pas content. Du tout. Le dirigeant nord-coréen a fustigé ses fonctionnaires, responsables selon lui de l'aggravation de l'épidémie de Covid-19 dans son pays.

Il faut dire que les chiffres ne sont pas bons: mardi soir, la Corée du Nord recensait 232 880 nouveaux cas de «fièvre» supplémentaires, portant le bilan total à 1,72 million cas, et 62 décès, selon l'agence officielle KCNA.

L’article