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Interview

«Je suis sorti de la pauvreté grâce au Bitcoin»

Lorsqu'il était enfant, l'Irakien Dadvan Yousuf a vendu ses jouets pour s'acheter ses premiers Bitcoins. Comment s'est-il enrichi et quels problèmes lui a causé sa nouvelle vie? Interview.
14.11.2021, 17:3324.11.2021, 17:44
pascal ritter / ch media

Dadvan Yousuf arrive dans une limousine noire devant l'immeuble de son bureau. Il vient du Grand Hotel Dolder, l'une des meilleures adresses de la ville de Zurich. Il s'y est installé après son retour de Dubaï où il était en voyage d'affaires.

Le plus jeune millionnaire «self-made» de Suisse a probablement installé son QG au centre-ville, non loin de la Paradeplatz. Le nom de son bureau familial est écrit sur la sonnette avec du ruban adhésif de fortune. Il porte un pull fin et un pantalon qui finit au-dessus des chevilles. Il porte des mocassins aux pieds.

Le jeune homme de 21 ans a atteint une certaine notoriété en peu de temps grâce à son incroyable histoire: enfant d'une famille de réfugiés sans argent, il a fait fortune en achetant des crypto-monnaies. Interview.

Dadvan Yousuf, vous êtes considéré comme étant le plus jeune millionnaire autodidacte de Suisse. Comment en êtes-vous arrivé là?
Dadvan Yousuf
: Je suis arrivé en Suisse en tant que réfugié avec ma famille en 2003, à l'âge de trois ans. Nous avons quitté le Kurdistan du Nord pour fuir la guerre d'Irak. Nous avons été admis provisoirement avec un permis F. Nous vivions à Ipsach, près de Bienne. J'avais récupéré certains vêtements de mes collègues pour m'habiller et nous avons trouvé tous nos meubles au bord de la route. Nous vivions dans la pauvreté selon les normes suisses, mais notre situation familiale au Kurdistan du Nord était encore pire. En 2011, ma grand-mère avait besoin d'argent pour soigner son lymphome. J'ai vu combien c'était difficile. L'argent ne pouvait pas être transféré. J'ai alors commencé à chercher sur Google des alternatives à l'argent. J'ai trouvé peu de choses en allemand, alors j'ai essayé l'anglais.

Le prodige du bitcoin: le réfugié Dadvan Yousuf est devenu millionnaire.
Le prodige du bitcoin: le réfugié Dadvan Yousuf est devenu millionnaire.alex spichale
«J'ai acheté mes 10 premiers Bitcoins qui coûtaient environ 15 euros à l'époque»

Comment se fait-il que vous saviez déjà parler anglais à l'âge de onze ans?
On était obligé de se débrouiller en anglais quand on fuyait le pays. C'est comme ça que j'ai appris la langue. Plus tard, je me suis perfectionné en regardant des programmes télévisés.

Et puis sur internet, vous êtes tombé sur le Bitcoin?
Oui, j'ai lu sur des forums. J'étais en colère contre les banques qui ne nous permettaient pas d'envoyer de l'argent à ma grand-mère. Je suis tombé sur des forums où des opposants bancaires faisaient l'éloge du Bitcoin comme alternative à l'argent liquide traditionnel. A l'âge de onze ans, cela m'a enthousiasmé. Je n'ai pas tout compris immédiatement, mais j'étais impressionné. J'ai lu beaucoup de textes sur le Bitcoin et j'ai été étonné que l'on puisse envoyer cette monnaie aussi rapidement. J'espérais que de cette manière, nous pourrions aider notre grand-mère.

Où avez-vous trouvé l'argent pour acheter vos premiers Bitcoins?
J'ai pris mes jouets et les ai mis sur un tapis devant notre maison pour les vendre. Grâce à ça, j'ai gagné quelques francs. Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis que les gens ont probablement acheté mes objets par pitié. C'est ainsi qu'une partie de l'argent a été réunie. Ensuite, j'ai harcelé mon père pour qu'il m'aide. J'ai acheté mes 10 premiers Bitcoins, qui coûtaient environ 15 euros à l'époque. Quand j'ai enfin eu 100 Bitcoins, j'ai voulu les envoyer à ma grand-mère. J'étais très naïf et je pensais que je pouvais transférer directement la crypto-monnaie. Mais cela n'a pas marché. Mon père semblait avoir raison après tout. L'argent semblait perdu. Je l'ai ensuite simplement laissé sur mon compte virtuel. Un an plus tard, j'ai consulté à nouveau mon compte et j'ai constaté que le nombre de Bitcoins avait été multiplié par dix. J'avais soudainement environ 1600 dollars. Puis, j'ai commencé à vraiment m'intéresser au sujet.

«Maintenant, il y a des gens qui veulent nuire à ma réputation en racontant des fausses vérités à mon sujet. Et puis, il y a aussi ceux qui veulent entendre ces fausses vérités»

Comment avez-vous fait pour multiplier vos Bitcoins?
Lorsque j'avais entre 13 et 17 ans, j'échangeais des Bitcoins. J'achetais quand le prix était bas et vendais quand il était haut. Mais ça ne s'est pas tellement bien passé. Au début, j'ai surtout perdu. J'ai ensuite commencé à chercher des régularités dans les fluctuations du taux de change. Avant que le taux n'augmente, il y a généralement des signes.

Depuis novembre 2017, l'Office du registre du commerce de Zoug accepte les crypto-monnaies Bitcoin et Ether comme moyen de paiement.
Depuis novembre 2017, l'Office du registre du commerce de Zoug accepte les crypto-monnaies Bitcoin et Ether comme moyen de paiement. Keystone

J'ai assimilé ces modèles et j'ai agi en fonction de cette stratégie. Comme ça fonctionnait bien, j'ai voulu l'automatiser. J'ai reçu de l'aide de personnes qui ont développé des programmes qui achetaient et vendaient automatiquement des crypto-monnaies à ma place. En 2018, j'ai également intégré des incitations provenant des réseaux sociaux.

Vous étiez pauvre, aujourd'hui vous êtes riche. Qu'est-ce qui a changé pour vous?
Etre riche ne vous rend pas plus heureux, mais ça vous rend complètement libre. Je peux faire beaucoup de choses que je ne pouvais pas faire avant et je peux offrir une vie agréable à ma famille. Avec du recul, ce que je ne referais pas, c'est rendre l'affaire publique.

«On m'a trop mis sous le feu des projecteurs. Si je le pouvais, je ne le referais pas»

Pourquoi?
On est attaqué de toutes parts. Il y a beaucoup d'envieux. Je dois maintenant faire attention à mes fréquentations et à ce que je dis. J'ai créé ma propre fondation dans le but de développer la première plateforme d'apprentissage au monde pour le trading de crypto-monnaies. Mais aujourd'hui, cette fondation est très reliée à ma personne. Maintenant, il y a des gens qui veulent nuire à ma réputation en racontant des rumeurs sur moi. Et puis, il y a aussi celles et ceux qui veulent entendre ces fausses vérités. En tant que jeune homme typé de 21 ans qui a résidé dans le Grand Hotel Dolder, je suis une réelle provocation. J'ai également subis des propos racistes à mon encontre du type: «Retourne dans ton pays».

Vous avez dit que vous vouliez rembourser l'aide sociale que votre famille a reçue. Cela s'est-il déjà produit?
L'argent est toujours bloqué sur un compte. Je dois le laisser là jusqu'à la fin de l'année pour pouvoir payer correctement les impôts sur ce montant.

Le réfugié qui s'est sorti de la pauvreté grâce au Bitcoin
Dadvan Yousuf, 21 ans, est arrivé en Suisse en tant que réfugié en 2003. Il est né dans le nord de l'Irak le 9 avril 2000. Son père était un combattant kurde. La famille a fui la guerre d'Irak. Ils ont vécu d'abord à Neuchâtel, puis à Ipsach près de Bienne. La famille s'agrandit et compte aujourd'hui sept enfants. A onze ans, Yousuf a investi pour la première fois de l'argent dans la crypto-monnaie. A l'époque, un bitcoin coûtait environ un franc. La valeur a fortement augmenté au cours des dernières années. Yousuf a fondé la Fondation Dorhnii, qui vise à diffuser des connaissances sur les crypto-monnaies et leur commerce.

Combien de lettres de demande d'argent recevez-vous?
Quelques-unes! Quand je vivais encore au Dolder, je recevais 50 lettres par jour. Ce sont des personnes qui veulent de l'argent, mais aussi des associations de musique et d'art. Certaines personnes écrivent qu'elles s'occupent d'une famille kurde et qu'elles ont besoin d'argent. D'autres qu'elles sont sur le point de se suicider.

Et comment avez-vous réagi?
Au début, j'étais encore naïf et je leur donnais de l'argent. J'ai donné environ 80 000 francs. Mes conseillers ont été choqués quand je leur ai dit ça. Aujourd'hui, je ne le fais plus. Maintenant, je veux faire le bien à travers ma fondation. La fondation apprend aux gens tout ce qui concerne les finances afin qu'ils puissent s'aider eux-mêmes. C'est mon chemin maintenant.

Cette fondation dispose également de sa propre crypto-monnaie. Vous pouvez l'acheter. Cela ne ressemble pas à un projet de charité...
La fondation n'est pas exonérée d'impôts. Elle doit également apporter son propre argent. Nous finançons la fondation avec notre monnaie. Nous tenons une comptabilité précise et fonctionnons de manière totalement transparente. Tout peut être vu sur la blockchain d'Ethereum.

«Dès que l'on a su que j'étais devenu si riche, il y a eu des problèmes avec mes camarades de classe et avec les professeurs»

Votre association conseille aux autres d'investir dans les crypto-monnaies. Ça peut être un moyen pour les individus, mais dans le commerce, il y a toujours un perdant...
C'est le marché libre. Il y a des gagnants et des perdants. Dans n'importe quel domaine, si vous arrêtez de vous former, vous stagnez et restez sur la touche. Personne ne m'a appris à investir, pas plus que mes frères et sœurs. Pourtant, la gestion de l'argent est un aspect essentiel de la vie. Et parce que personne n'a créé une telle association avant, je le fais maintenant.

Ne serait-il pas mieux de conseiller aux autres de suivre une formation de commerce comme vous l'avez fait?
Malheureusement, je n'ai pas obtenu mon diplôme à la fin de ma formation, contrairement à ce que j'avais prévu. L'une des raisons à cela est que j'ai cumulé trop d'absences au cours du dernier semestre. Je n'ai pas respecté le taux de présence requis dans deux matières.

Pourquoi n'êtes-vous pas allé en cours?
D'une part, j'étais en train de créer ma fondation. D'autre part l'ambiance était difficile à l'école. Dès que l'on a su que j'étais devenu si riche, il y a eu des problèmes avec mes camarades de classe et avec les professeurs.

Regrettez-vous de ne pas avoir de diplôme?
Je veux toujours aller jusqu'au bout de tout et c'est pour ça que j'ai eu du mal à obtenir mon diplôme, ce que je regrette. Mais au final, ce n'est pas un bout de papier qui déterminera si je vais réussir dans la vie. En fait, je pense que cela dépend beaucoup plus du fait d'être ouvert à de nouvelles choses et de s'éduquer constamment. Si vous regardez la Silicon Valley, il y a beaucoup de personnes qui ont réussi sans diplôme. Ce que je veux transmettre c'est: soyez ouvert et ayez soif de connaissances et d'éducation, également en dehors de l'école.

Traduit de l'allemand par Nicolas Varin

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