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Image: Keystone

Marre d'Eric Zemmour? Voici Tucker Carlson, sa version américaine

Animateur de l'émission d'information la plus regardée des Etats-Unis, le journaliste Tucker Carlson est une sorte d'Eric Zemmour américain, et le symptôme du virage identitaire de la droite américaine.
06.03.2022, 14:19
Claire Levenson / slate
Un article de Slate
Slate

Dans son émission quotidienne sur Fox News, Tucker Carlson défend l'idée selon laquelle les Américains blancs moyens sont opprimés par un régime démocrate, allié à la Silicon Valley, qui glorifie la diversité, l'immigration et la fluidité de genre, risquant ainsi de détruire la civilisation chrétienne occidentale.

Face à cet ennemi, Carlson se considère comme un soldat dans une guerre culturelle décisive. «Nous avons le droit de préserver notre nation, notre héritage et notre culture», annonçait-il en juillet 2020. Son message ressemble beaucoup à celui d'Eric Zemmour, qui déclarait dans son discours à Villepinte en décembre 2021: «Tout ce que nous voulons, c'est défendre notre héritage», «nous voulons sauver notre patrie, sauver notre civilisation, sauver notre culture».

Dans les médias américains, Eric Zemmour est souvent présenté comme le «Tucker Carlson français». Les deux hommes ont en effet de nombreuses idées en commun: la diabolisation des immigrés, le mépris pour les «élites globalistes», la défense de Vladimir Poutine, ainsi que les références au «grand remplacement», la théorie complotiste popularisée par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus.

Le «grand remplacement» à la sauce américaine

En septembre dernier, Carlson déclarait que le président Joe Biden était en train de «réduire le pouvoir politique des gens dont les ancêtres vivent ici, et d'augmenter radicalement la proportion d'Américains venus du Tiers Monde», indiquant que «cette politique s'appelle "le grand remplacement", le remplacement des Américains de souche par des gens plus obéissants venus de pays lointains».

Début février 2022, il semblait aller encore plus loin, insinuant que le gouvernement Biden se réjouissait des nombreux décès d'Américains blancs par overdose d'opiacés. Comme il ne sont pas issus «de groupes officiellement marginalisés», expliquait Carlson, leurs «morts ont peut-être aidé le projet d'équité du gouvernement en changeant la démographie du pays d'une façon qui bénéficie au parti démocrate».

Le message est toujours le même: le gouvernement démocrate préfère les blancs aux minorités, mais tout le monde est obligé de chanter les louanges de la diversité, sous peine d'être accusé de racisme ou censuré. Avant la présidence de Donald Trump, ces discours étaient souvent limités aux sites suprémacistes blancs, mais ils se retrouvent désormais dans une émission vue en moyenne par plus de trois millions de téléspectateurs chaque soir.

«Je ne suis jamais autant inquiet de la direction que prend ce pays que quand je regarde Tucker Carlson, explique Sam Adler-Bell, un journaliste qui anime le podcast Know your Enemy sur la droite américaine. Il mobilise des émotions puissantes de perte et de nostalgie, avec l'idée que nous devons restaurer le pouvoir et la masculinité perdues du pays. C'est une rhétorique politique très efficace.»

Sous la bannière du «national conservatisme»

La référence à la théorie du «grand remplacement», ainsi qu'à une vision ouvertement ethniciste de la nation, étaient jusqu'à peu relativement marginales dans le Parti républicain. Mais depuis la présidence de Donald Trump, ces forces nativistes, identitaires, populistes ont pris de l'ampleur, sous la bannière du «national conservatisme», une mouvance intellectuelle en rupture avec la droite néolibérale classique, et inspirée du succès électoral de Trump. Tucker Carlson en est le porte-parole le plus populaire.

«Les national conservateurs se définissent en opposition au vieux consensus reaganien, mélange d'ultra libéralisme économique, de traditionalisme chrétien et d'interventionnisme international. De leur point de vue, le libre marché, l'anti-étatisme n'ont pas eu de résultats positifs pour le conservatisme, car ils ont conduit à la mondialisation, à l'individualisme et à une atomisation de la culture qui sapent le communautarisme traditionaliste chrétien», résume Sam Adler-Bell.

Les idées de cette nouvelle droite sont donc très proches de celles de l'extrême droite française. Et depuis l'annonce de la candidature d'Eric Zemmour à la présidentielle, les revues, intellectuels et fondations national conservateurs ont exprimé leur admiration pour lui.

La revue The American Conservative a publié une traduction du discours de Zemmour et un papier intitulé «Zemmour est le futur» et l'animateur du podcast du Claremont Institute, un des principaux think tank du mouvement, a déclaré que le discours «extraordinaire» de Zemmour représentait «une nouvelle étape dans l'évolution de l'insurrection nationaliste populiste en Europe Occidentale et aux Etats-Unis».

Guerre culturelle

Plus que les Républicains classiques, les national conservateurs sont ouverts à la possibilité de critiquer les inégalités socio-économiques, le capitalisme et la mondialisation, mais ils le font essentiellement pour des raisons liées à la guerre culturelle.

En 2019, lors de la première conférence du national conservatisme à Washington, Tucker Carlson avait déclaré que les grandes entreprises américaines n'étaient plus les alliés de la droite dans la mesure où elles avaient adopté des valeurs progressistes sur le genre et la race, ce qu'il appelle «le capitalisme woke». «Les menaces contre la liberté viennent désormais du secteur privé», avait-il déclaré. Il rappelait que la marque de biscuits Oreo avait créé un paquet spécial LGBT avec un message sur les pronoms non-binaires, ce qu'il décrit comme un «acte de propagande» qui vient non pas du gouvernement, mais des entreprises.

Plus récemment, il s'est emporté contre le relooking du M&Ms vert, qui est passé des talons hauts aux baskets, une transformation qui symbolise selon lui les excès d'un féminisme qui veut que tout soit «repoussant et androgyne». Bien qu'il prétende défendre la classe ouvrière américaine, Tucker Carlson s'énerve beaucoup plus contre le marketing progressiste des grandes marques que contre les inégalités sociales.

«Le mouvement conservateur américain a toujours été du côté des entreprises, du capital, il s'est construit en opposition à l'Etat providence. La critique du capitalisme a donc du mal à être intégrée à l'idéologie du Parti républicain. Par contre, le nativisme, la rhétorique sur la guerre culturelle sont plus faciles à incorporer», explique Sam Adler-Bell.

Une popularité qui inquiète

Jusqu'ici, peu d'élus se réclament ouvertement du national conservatisme, même si trois sénateurs ont participé à la dernière conférence nationale conservatrice en novembre dernier. Ceci dit, le national conservatisme tisse un réseau de think tanks et de fondations qui forment des jeunes élites qui pourraient influencer la direction du Parti républicain dans les années à venir.

La popularité de Tucker Carlson complique la vie des élus républicains, qui doivent à tout prix éviter d'être en désaccord avec lui, même quand il pousse le complotisme et la haine des immigrés à l'extrême. C'est ainsi que le sénateur du Texas Ted Cruz est venu s'excuser en direct après avoir qualifié l'insurrection contre le Capitole d'«attaque terroriste».

Carlson, qui prétend que l'attaque du 6 janvier a été orchestrée par le gouvernement pour museler les trumpistes, a accusé Ted Cruz d'avoir menti, et le sénateur a dû avouer qu'il avait dit quelque chose de «franchement idiot», trop inquiet de se mettre à dos l'électorat trumpiste. Cette séquence révèle l'ampleur de l'emprise de Tucker Carlson, qui continue d'attiser le populisme trumpiste et de pousser le parti républicain dans une direction toujours plus ethnonationaliste et plus complotiste.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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