Le prince du Liechtenstein a pris une décision inédite et stratégique
Une fois par an, à l'occasion de la fête nationale du 15 août, la famille princière du Liechtenstein, habituellement extrêmement discrète, invite dignitaires et population sur la prairie devant son château surplombant Vaduz, la capitale.
Le prince héritier Alois y prononce traditionnellement un discours. Depuis 2004, il dirige les affaires de l'Etat en tant que représentant de son père, le prince Hans-Adam II. Et sa parole a du poids: Alois peut révoquer le gouvernement, dissoudre le Parlement et opposer son veto à des lois.
Une grande réforme, mais pas pour tout de suite
Samedi dernier, «Son Altesse Sérénissime» a créé la surprise. Dans son discours, le prince héritier Alois de Liechtenstein a annoncé deux modifications apportées au règlement intérieur de la famille princière.
Les descendantes de la maison princière bénéficieront des mêmes droits de participation que les descendants masculins «en matière de règles internes à la maison princière». Par ailleurs, à l'avenir, l'enfant premier-né deviendra héritière ou héritier du trône, indépendamment de son sexe.
Hé oui, notre petit voisin le Liechtenstein est une monarchie qui n'autorisait jusqu'à présent que les hommes à monter sur le trône. La réforme n'entrera en vigueur qu'à partir de la génération des petits-enfants du prince héritier Alois. C'est d'ailleurs son aîné, le prince Wenzel, qui est désigné pour lui succéder.
La dernière monarchie d'Europe à s'ouvrir
Selon le prince héritier Alois, ces changements faisaient «l'objet de discussions au sein de la famille depuis des décennies». En 2019 encore, il s'était pourtant prononcé contre la succession féminine au trône.
Ce revirement intervient à un moment politiquement intéressant: fin juillet, une initiative populaire signée par 4970 personnes (soit un quart de l'ensemble des ayants droit de vote) a été déposée.
Elle réclame l'instauration d'un délai pour les avortements non punissables et pris en charge par l'assurance maladie pendant les douze premières semaines de grossesse, à l'instar de ce qui existe en Suisse. Le Parlement se penchera sur cette question en septembre. Une votation populaire devrait avoir lieu avant la fin de l'année.
Jusqu'ici, l'avortement est en principe punissable dans la principauté. Les Liechtensteinoises doivent en effet se rendre à l'étranger et payer elles-mêmes l'intervention.
Une possible stratégie de la famille princière
Le prince héritier Alois avait annoncé fin juin qu'il opposerait son veto en cas d'acceptation. Il a justifié son opposition par la responsabilité de l'Etat dans la protection de la vie à naître. Peu après, Alois décide d'accorder davantage de droits aux femmes de la famille princière.
Gabriella Alvarez-Hummel, de l'initiative populaire visant à introduire le régime des délais à l'avortement, salue cette modification du règlement intérieur de la famille princière. Elle avertit cependant:
La professeure Patricia Schiess, responsable du département de droit à l'Institut du Liechtenstein, juge envisageable que la famille princière ait choisi stratégiquement le moment de cette annonce surprise:
Sollicité, le service de presse de la famille princière souligne qu'«il n'existe aucun lien entre les deux sujets». En ce sens, une modification du règlement intérieur de la famille princière doit être planifiée de longue date, et les préparatifs avaient déjà commencé l’année dernière, avant même que l’initiative ne soit rendue publique. Il importait à la famille princière de mettre en œuvre cette modification législative avant la naissance de la prochaine génération.
Concernant la manière dont le Liechtenstein traite les droits des femmes, nobles ou non, la population semble se ranger du côté progressiste. Selon les médias, l'annonce de la succession féminine a été accueillie par des «applaudissements nourris». Et d'après un sondage publié à l'occasion de la fête nationale, 62% de la population soutient le régime des délais d’avortement, malgré la menace de veto venue du château de Vaduz. Le prince héritier ne s'est pas encore exprimé à ce sujet. (trad. ysc)
