Cette promesse de Marine Le Pen lui vaut le sobriquet de «valet de Poutine»
Décidée à stopper l'aide financière à Kiev dans les six mois suivant sa possible élection à la tête de l'Etat, Marine Le Pen joue l'apaisement avec Volodymyr Zelensky qu'elle se dit prête à rencontrer.
Dans le même temps, les lieutenants du Rassemblement National (RN) critiquent ouvertement le président ukrainien, accusé de «condescendance» et de «chantage affectif».
Une prise de position qui passe mal
En réaffirmant cette semaine son intention de couper le robinet à l'Ukraine, Marine Le Pen s'est d'abord attirée une pluie de condamnations de ses rivaux à l'élection présidentielle. «Trahison», a dénoncé Edouard Philippe. «Capitulation, soumission», a renchéri Raphaël Glucksmann. L'ancien premier ministre Gabriel Attal a même insisté:
Et tous d'en déduire qu'elle «sert les intérêts de la Russie», voire qu'elle «prend ses ordres à Moscou», car elle serait le «valet de Poutine».
Attaques habituelles pour le parti à la flamme, plutôt surpris en revanche par la réponse de Volodymyr Zelensky, qui a souligné jeudi le côté «gagnant-gagnant» de la «coopération» entre les deux pays, notamment en termes de technologies d'armement.
Une «expérience» éprouvée au combat qui ne peut selon lui que bénéficier à l'industrie militaire tricolore, a ajouté le chef de guerre ukrainien, critiquant une Marine Le Pen qui «ne maîtrise pas bien certains détails».
La petite pique n'a pas plu à l'Etat-major du RN. Vendredi matin, le vice-président du parti, Sébastien Chenu, a estimé sur LCI que «Zelensky ne devrait pas faire preuve de cette condescendance» à l'égard de sa cheffe, qui, après tout, «ne le prend pas en traître» en le prévenant un an à l'avance. Laure Lavalette, porte-parole de la favorite des sondages, a même jugé:
Sur franceinfo elle a fustigé la «grande leçon de patriotisme assez sidérante» du chef d'Etat ukrainien, confronté depuis février 2022 à l'invasion de son pays par la Russie.
Une question d'argent
Jeudi soir pourtant, Marine Le Pen s'était montrée plus conciliante, assurant sur les chaînes Cnews et Europe1 n'avoir «rien à titre personnel contre Zelensky», avec qui elle «pourrait parfaitement débattre de ce sujet quand il le souhaitera».
Sollicitant presque une invitation à Kiev, elle a affirmé qu'elle «viendrait avec plaisir (s'il) souhaite que nous discutions». Mais cela ne changera pas son point de vue: à ses yeux, la France «n'a plus les moyens financiers d'apporter une aide» qui lui coûte «six milliards d'euros par an».
Une somme qu'elle entend récupérer dans le cadre de son vaste plan d'économies de 140 milliards d'euros (environ 130 milliards de francs) sur le prochain quinquennat. Plus question donc de verser le moindre centime au-delà du grand prêt européen déjà acté pour cette année et la suivante.
Tout en promettant de «continuer à apporter notre aide militaire, éventuellement du matériel», elle a justifié:
Discours «d'honnêteté», ajoute-t-elle, vis-à-vis d'un partenaire ukrainien qu'elle jure vouloir «ne pas mettre au pied du mur».
Un moment mal choisi
Mais cette séquence intervient au moment de la spectaculaire volte-face du président américain Donald Trump qui a, coup sur coup, annoncé un accord avec la Russie pour l'achat de diesel et appelé les Ukrainiens à «se doter d'un nouveau dirigeant», tandis que l'accès à un réseau satellite américain crucial pour la défense de Kiev, Starlink, a été restreint sans raison officielle.
Dans ces circonstances, «les Français ne vont pas forcément supporter qu'on abandonne l'Ukraine» à l'orée d'un nouvel «hiver absolument douloureux», anticipe Célia Belin. Pour cette chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), Marine Le Pen «prend un risque politique» en adoptant «une position tout à fait populiste à un moment où il faut se serrer les coudes avec les autres Européens».
