Il doutait de la guerre en Ukraine: il meurt sous la torture russe
Il était parti pour se faire sa propre idée de la guerre en Ukraine. Il n'est jamais revenu. Selon plusieurs sources concordantes, un citoyen polonais serait mort en juin 2023 après avoir été torturé dans une prison russe. Son nom? Krzysztof Galos, originaire de Cracovie.
Le journal polonais Gazeta Wyborcza raconte comment Galos a franchi la douane à la mi-avril 2023. L'homme aurait douté des informations relayées par les médias sur la guerre en Ukraine. Après avoir traversé la frontière, il s'est donc rendu dans les zones occupées par la Russie.
Un centre de détention tristement célèbre
Selon les autorités chargées de la sécurité, il a été vu pour la dernière fois près de la centrale hydroélectrique de Zaporijia, où il a été filmé par des caméras de surveillance. On ignore ce qui s'est réellement produit ensuite.
Galos s'est probablement perdu et s'est retrouvé à un poste de contrôle russe. Là, des soldats l'auraient arrêté et emmené à la prison préventive de Taganrog, dans le sud de la Russie. C'est là que sont internés les prisonniers de guerre ukrainiens.
Le centre de détention provisoire n°2 de Taganrog est considéré comme l'un des lieux les plus brutaux du pays. C'est également là qu'a été enfermée et torturée la journaliste ukrainienne Viktoria Roshtchynia. Elle avait été enlevée en août 2023 alors qu'elle travaillait dans les territoires occupés. On avait appris sa mort au printemps dernier.
Une détention confirmée par une ONG
Selon Memorial, une organisation russe de défense des droits humains, un Polonais a bel et bien été emprisonné à Taganrog en mai 2023. Memorial cite dans un rapport des personnes toujours retenues dans l'établissement.
Selon elles, Galos aurait indiqué «s'être rendu en Ukraine pour voir ce qui s'y passait, mais avoir pris un mauvais virage et s'être retrouvé à un poste de contrôle des forces armées russes». Cela confirme les hypothèses des autorités de sécurité polonaises.
Les gardiens auraient régulièrement frappé Krzysztof Galos parce qu'il n'avait pas appris le russe et parce que la Pologne soutient massivement Kiev. Le rapport indique:
Le Polonais serait décédé à la mi-juin 2023. Ses codétenus auraient alors dû signer une décharge innocentant tant les surveillants que les autres prisonniers.
Après ce décès, les coups lors des contrôles auraient globalement diminué, mais les gardiens auraient contraint les prisonniers à davantage d'exercice physique. Ces derniers devaient ainsi effectuer au moins 200 squats et 100 pompes. Les surveillants frappaient et en demandaient encore plus à ceux qui, à leurs yeux, ne respectaient pas les consignes.
Un prisonnier ukrainien raconte
Un officier ukrainien a confirmé la détention de Galos à la Gazeta Wyborcza. Cet homme était lui aussi détenu dans l'établissement russe. Il a subi des tortures, notamment des coups sur les jambes et à la tête. Après son retour chez lui, il avait signalé à la police la présence d'un citoyen polonais à Taganrog.
Krzysztof Galos aurait été surnommé «Christopher» pendant sa détention. Il aurait partagé une cellule avec deux soldats ukrainiens. Après leur transfert, il aurait d'abord vécu seul dans la pièce. L'officier dit avoir séjourné à cinq cellules du Polonais.
Si ce dernier a été agressé à mort, c'est soi-disant parce que lui et d'autres prisonniers regardaient depuis leurs cellules vers la cour du bâtiment, où patrouillaient des unités russes. Or, à cet endroit, les unités ne portaient pas de masques, comme à l'intérieur de la prison. L'officier ukrainien se souvient:
Un horrible passage à tabac collectif
L'officier n'aurait appris la mort de Galos que lors du transfert d'un nouveau prisonnier dans sa cellule. Celui-ci avait côtoyé le Polonais, qui se serait réveillé le matin suivant et aurait dit:
Alors qu'il commençait à prendre son petit-déjeuner, «il a soudainement tressailli et s'est effondré», poursuit l'Ukrainien avant d'ajouter:
A la suite du premier article publié par Gazeta Wyborcza, la famille du défunt s'est adressée aux autorités polonaises. Elle a demandé la mise en place de toutes les mesures diplomatiques et consulaires possibles pour confirmer l'identité de l'homme décédé en juin 2023 à Taganrog. Dans une lettre, son fils Pawel s'interroge:
Il demande aussi la restitution de la dépouille de son père.
Un probable état dépressif
Une nièce de l'ex-femme de Galos a déclaré à ce même journal que son oncle souffrait probablement de dépression. C'est ainsi que la famille explique son scepticisme à l'égard de la guerre en Ukraine. Selon l'article, le malheureux avait quitté son emploi à la Poste il y a quelques années auparavant et n'avait pas retrouvé de travail depuis. Il aurait coupé les ponts avec une partie de ses proches et aurait rejeté les propositions de thérapie de son entourage.
La dernière réunion de Galos avec sa famille remonterait à Pâques 2023, peu avant qu'il ne passe la frontière ukrainienne. Quelques jours plus tard, il aurait envoyé un SMS -le dernier- à son fils. Avant cela, il n'aurait pas décroché un appel de Pawel. Dans son message, le père se justifiait:
L'ambassade de Pologne à Moscou s'est entre-temps adressée au ministère russe des Affaires étrangères afin d'obtenir des informations sur le sort de Krzysztof Galos. A ce jour, aucune réponse n'a été reçue de Moscou.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

