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Ivan Fedorov, l'écusson ukrainien sur l'épaule gauche, a été reçu par Emmanuel Macron.
Ivan Fedorov, l'écusson ukrainien sur l'épaule gauche, a été reçu par Emmanuel Macron.Image: sda

Un maire ukrainien kidnappé par les Russes raconte sa captivité

Ivan Fedorov, le maire de Melitopol, une ville de 150 000 habitants sous occupation russe, s'est rendu à Paris pour parler à Emmanuel Macron.
04.04.2022, 20:5805.04.2022, 06:59
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Prisonnier de guerre depuis le 11 mars et libéré le 16 mars, Ivan Fedorov s'en est sorti indemne. Un échange entre lui et des soldats russes lui a permis d'avoir la vie sauve. Aujourd'hui, il est pressé de propager son histoire et apporter de nouveaux éléments de compréhension à plusieurs chefs d'Etat.

«Si je suis là aujourd’hui, c’est pour témoigner de ce que vit aujourd’hui l’Ukraine et les citoyens ukrainiens. La propagande russe est très forte. Y compris dans l’Union européenne où les informations objectives ont parfois du mal à arriver», annonçait-il sur les ondes de BFMTV jeudi soir.

Le vendredi 1er avril, à Paris, le désormais ex-maire de Melitopol, âgé de 33 ans, était appelé à rencontrer Emmanuel Macron. Le Monde a rencontré l'élu et met en exergue le conflit à travers son récit.

«La guerre a commencé à Melitopol dès le premier jour de l’invasion. Des soldats russes ont encerclé la ville et tiré avec des roquettes sur des bases militaires, à 200 mètres seulement des quartiers résidentiels.»

La ville tombe dès les balbutiements de la guerre. En 48 heures, elle est dominée par les forces russes. Le début d'un long calvaire pour le maire, Melitopol et sa nation, mais aussi d'un enlisement politique.

Des Russes surpris et médusés

Fedorov décrit des soldats russes surpris par l'hostilité des habitants ukrainiens. Ils assistent même «médusés» à des manifestations, où la population exhorte les envahisseurs à dégager fissa. L'entêtement des Russes déborde rapidement sur l'agressivité, relate l'ex-maire qui met le doigt sur l'arrogance des occupants:

«Les Russes pensaient gagner la guerre en trois jours, et se sont rendu compte que c’était impossible.»

Selon l'édile, la colère monte alors dans les rangs russes et l'horreur commence: les soldats décident de tirer dans les jambes des civils, deux personnes sont touchées. «Cela ne s’est pas reproduit, parce qu’ils ont compris que sinon les gens manifesteraient encore plus», explique Fedorov dans Le Monde.

Selon l'Ukrainien, débute alors un nouveau mode de fonctionnement: les enlèvements. En une semaine, des individus disparaissent. La méthode des Russes pour choisir leur victime est simple: ils ciblent des manifestants qui, comme par magie, disparaissent abruptement.

Des supposés liens avec l'extrême droite ukrainienne

Ivan Fedorov se fait arrêter alors qu'il se trouvait au centre d'aide de la population. Des voitures l'attendent à l'extérieur et c'est le début d'un cauchemar de cinq jours:

«Ils m’ont dit qu’ils m’arrêtaient parce que j’avais des liens avec un parti radical de droite ukrainien, alors que je ne connais personne de cette faction»

Il est accueilli par des hommes armés qui lui ordonnent de démissionner, face caméra. Fedorov répond que la loi ukrainienne ne l’y autorise pas et on lui bande les yeux. En les rouvrant, il découvre qu'il est dans la prison régionale.

L'homme politique se rend compte de sa situation lors de son premier interrogatoire. Fedorov explique que les soldats russes lui citent trois points que Le Monde retranscrit:

«D’abord, ils m’ont dit qu’ils étaient venus pour sauver la langue russe. J’ai dit que c’était absurde, puisque 95 % des habitants de la ville parlent russe sans que cela pose problème.»
«Ensuite, ils m’ont dit : "On est là pour vous libérer des nationalistes". Sauf qu’en trente-trois ans, je n’en ai jamais vu un seul.»
«Enfin, ils m’ont dit: "On est venu pour protéger les vétérans de la Seconde Guerre mondiale". Mais chez nous, ils sont traités en héros. Ils n’écoutaient pas du tout mes arguments.»

Le maire révèle qu'il n'a été ni battu, ni menacé de mort. Après une première tentative avortée d'échange, la seconde sera la bonne. Lors de ce troc, Fedorov croise neuf soldats russes. Ils sont tous âgés de 19 ou 20 ans, pas plus.

D'après l'ex-maire, qui cite les services secrets ukrainiens, deux des prisonniers russes ne souhaitaient pas retourner dans leur camp. «Mais ils n'avaient pas le choix, une horde de soldats russes armés les attendaient l'autre côté», déclare le politicien ukrainien.

Dans les différents médias français, Fedorov insiste sur l'impréparation de l'armée russe et également des mensonges des troupes russes. Il ne pouvait cacher sa colère sur France Info:

«Les Russes mentent. A Melitopol, on a essayé tous les jours de mettre en place un couloir humanitaire, mais ils ne nous ont laissé cette possibilité qu’une seule fois et ils nous ont confisqué toute l’aide humanitaire. Ils ne veulent rien faire pour les civils.»

Ivan Fedorov ne peut retourner à Melitopol. Le danger est trop grand. En ce moment, se trouve sur le siège vacant du maire bouté, une femme politique du coin dite corrompue et à la botte des Russes: Galina Danilchenko. Pour lui, «personne ne contrôle la ville aujourd'hui».

Convaincu que l'Ukraine vaincra la Russie, l'ancien maire de Melitopol souligne que «si Poutine gagne, il viendra chez vous.» L'Europe est prévenue.

Marioupol, assiégée par les Russes

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Marioupol, assiégée par les Russes
source: sda / evgeniy maloletka
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