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Justice

Le prédateur Rohan Rane est jugé à Paris

Cour d'Assises de Paris, France
L'affaire est jugée devant la cour d'assises de Paris (image d'archives)Image: Imago

Ce prédateur sexuel était à la tête d'un «culte obscur et sadique»

Accusé d'actes de barbarie sur mineurs ou encore de diffusion de contenus pédopornographiques, un Indien de 29 ans est jugé depuis ce lundi à Paris. A la tête d'un réseau, il a fait des victimes dans plusieurs pays.
05.10.2026, 12:2905.10.2026, 12:29

Il est accusé d'avoir piégé sur le net de très jeunes filles, forcées à se livrer à des actes sexuels, à se scarifier : Rohan Rane est jugé à Paris à partir de lundi, soupçonné d'avoir orchestré un réseau international de prédateurs masculinistes. Cinq Américaines aujourd'hui âgées de 18 à 21 ans sont parties civiles devant la cour d'assises de Paris, selon leur avocat Hippolyte Marquetty. Mais des Etats-Unis aux Pays-Bas, en passant par la Grande-Bretagne, les victimes sont bien plus nombreuses.

Pour la plupart mineures au moment des faits, souvent âgées de moins de 15 ans, elles sont tombées entre les griffes de ce groupe d'hommes jeunes, allemand, néo-zélandais, américains, qui dialoguaient sur la plateforme Discord, pétris de racisme et d'antisémitisme, d'esthétique nazie, de valeurs ultraconservatrices, de haine contre les féministes et la communauté LGBT+. Rane, un Indien de 29 ans venu en France étudier dans une école de commerce d'Antibes (sud-est), est dépeint par l'enquête comme leur chef de file et le «donneur d'ordre principal» sur les vidéos.

Des victimes qualifiées d'«esclaves»

L'affaire a été déclenchée en novembre 2020 par un signalement du National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC) : cette organisation américaine de protection de l'enfance avait découvert sur le web des images d'une enfant de 12 ans torse dénudé, qu'un interlocuteur incitait à se scarifier en gravant sur son corps le nom «Rohan». En cause, un groupe sur Discord, «CVLT» ou «Cult», dont Rane aurait été le fondateur : des prédateurs y attiraient des mineures vulnérables, fragiles psychologiquement, qui pouvaient être repérées sur Instagram ou des forums de discussions.

Le piège se refermait quand elles se laissaient convaincre d'envoyer des photos dénudées. Elles étaient alors menacées d'une diffusion à leurs proches ou à leur environnement scolaire («doxing»). Autre moyen de pression, le «swatting», le chantage d'une dénonciation calomnieuse pour déclencher une intervention des forces de l'ordre chez elles.

Les membres du groupe forçaient alors leurs victimes, souvent juives ou noires, qualifiées d'«esclaves», à se livrer à des actes sexuels, y compris avec des couteaux, à se scarifier en gravant sur leur peau le nom de leurs tourmenteurs ou des croix gammées. Des scènes accompagnées d'insultes et de rires des animateurs, les «warlords» («seigneurs de guerre»). Surnommées les «housewives» («épouses»), les victimes pouvaient être incitées à se suicider, à boire de l'eau de Javel ou à s'étrangler avec une ceinture ou une laisse.

Un de ces «warlords», un Américain de 26 ans, a été condamné dans son pays pour avoir enlevé et violé en 2021 une enfant de 12 ans.

La justice ouvre la voie à une peine plus lourde

Rane, arrêté début 2021, n'est pas poursuivi pour complicité de ce crime mais les autorités américaines ont transmis une note qu'elles lui attribuent. «CVLT» y est décrit comme «un culte obscur et sadique», dont Rane serait «le leader et le fondateur» :

«Mon but ultime est de créer une réserve inépuisable de personnes masochistes pour satisfaire mon sadisme»

Avant d'exprimer des regrets, Rane avait d'abord évoqué "un jeu de rôle" consenti. Il a confessé son admiration pour le nazisme, sa fascination pour les vidéos macabres et ultraviolentes, ainsi que sa haine pour les féministes occidentales qui auraient toutes, selon lui, un fantasme de viol. Personnalité «antisociale, narcissique et manipulatrice» selon un expert psychiatre, Rane, qui a un temps poursuivi son activité sur le net depuis sa cellule, a lui-même expliqué se considérer «psychopathe».

Jugé notamment pour torture ou actes de barbarie sur mineurs, extorsion en bande organisée ou encore diffusion de contenus pédopornographiques, Rane encourait vingt ans de réclusion criminelle. Mais en mars 2025, la cour criminelle de Paris, qui devait initialement le juger, a théoriquement ouvert la voie à une peine plus lourde, ordonnant que le procès se tienne aux assises : quand des circonstances aggravantes sont retenues, l'extorsion en bande organisée est passible de la perpétuité. Contactée par l'AFP, son avocate, Irina Kratz, n'a fait aucun commentaire.

Hippolyte Marquetty attend que ses clientes «puissent dire à leur agresseur ce qu'elles ont vécu», «tenter de se libérer définitivement de l'emprise à laquelle elles ont été soumises». Elles entendent aussi «faire savoir ce qui leur est arrivé et comment cela peut arriver» pour que d'autres, «pas forcément toujours armés face aux dangers» des réseaux sociaux «aient conscience des risques et s'en protègent». (jzs/afp)

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Video: watson
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