Les Albanais manifestent contre un projet du clan Trump
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo ci-dessus, plusieurs milliers de citoyens ont manifesté mardi à Tirana, pour le deuxième soir de suite, afin de demander de la transparence autour d’un projet de complexe touristique qui serait lié à Jared Kushner, le gendre du président américain, Donald Trump.
Drapeaux albanais en main, les manifestants ont défilé sur le boulevard principal de la capitale albanaise avant de s’arrêter devant le siège du gouvernement, scandant «Rama (ndlr: le premier ministre), annulez le projet», a constaté l’AFP.
Dans le cortège, on pouvait voir des pancartes sur lesquelles il était écrit «l’Albanie n’est pas à vendre», «Ivanka go home» – en référence à Ivanka Trump, la fille du président américain et épouse de Jared Kushner. Dévoilé il y a deux ans, ce projet touristique de très grand luxe n’a toujours pas commencé, et est entouré de très nombreuses zones d’ombre.
Le projet du clan Trump
Jared Kushner et son épouse Ivanka Trump ont annoncé au printemps 2024 leur volonté de construire des hôtels de luxe en Albanie. Selon les informations disponibles et quelques publications sur Instagram, il s'agirait d'un complexe d'hôtels et de villas dans la zone côtière de Vjosa‑Narta, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Tirana, ainsi que d'un «resort» très haut de gamme sur l'île de Sazan, ancienne base militaire, inhabitée et dépourvue d'infrastructures.
L'investissement sur l'île de Sazan serait de 1,4 milliard d'euros. Le premier ministre albanais Edi Rama a récemment évoqué un projet de «quatre milliards d'euros». Mais la nature des investisseurs et la place de l'Etat albanais dans les montages financiers sont opaques.
Pourquoi ça coince ?
Le projet est de plus en plus décrié, notamment par les associations écologistes. Plusieurs aspects posent problèmes, de la défense de l'environnement aux soupçons de corruption.La zone côtière de Vjosa-Narta, sur laquelle est prévu le complexe touristique, est une zone protégée qui abrite de nombreuses espèces animales et végétales. Plusieurs ONG dénoncent depuis des mois l'impact du projet. En janvier, plus de quarante d'entre elles ont adressé une lettre au gouvernement albanais pour en demander la suspension immédiate.
A ces inquiétudes se sont ajoutés des doutes sur l'origine des fonds utilisés pour acheter le terrain et la légalité des procédures. Comme de nombreux terrains en Albanie, cette zone fait l'objet de multiples litiges liés aux droits de propriété. En 1945, à l'arrivée au pouvoir de la dictature communiste d'Enver Hoxha, la propriété privée a été abolie dans le pays. Dans les années 1990, à la chute du régime, entre crise économique et conflit armé, de nombreuses terres ont été occupées sans base légale et depuis la question des droits de propriété reste extrêmement sensible.
Des milliers de familles espèrent encore récupérer les biens de leurs ancêtres, et parmi elles, certaines soutiennent posséder une partie des terrains cédés pour ce projet.
Les manifestations
L'opposition au projet s'est accélérée ces derniers jours, après la diffusion de vidéos montrant les travaux préparatoires sur la côte et des bulldozers sur la plage. Des images largement partagées, notamment sur Instagram, et visionnées des dizaines de milliers de fois. Samedi, un premier rassemblement a été organisé à Zvernec pour protester contre l'installation de barbelés empêchant de rejoindre la plage. Des gardes de sécurité privés s'en sont pris aux manifestants, dont plusieurs ont été blessés.
Après l'incident, de nouvelles mobilisations ont eu lieu dans la capitale, Tirana, où des milliers de personnes se sont rassemblées trois soirs de suite pour demander l'annulation du projet touristique et la reconnaissance des titres de propriété des anciens propriétaires.
Poussé par la rue, le parquet spécial anticorruption (SPAK) a ouvert une enquête, qui porterait selon des médias locaux sur les changements de statut de la zone protégée de Vjosa‑Narta et sur la manière dont le cadre légal a été modifié pour permettre la signature de contrats sans appel d'offres, ainsi que sur l'origine des fonds utilisés pour acheter les titres de propriété des terrains concernés par le projet.
La manifestation en images:
Interrogé par l'AFP, le SPAK a confirmé l'existence d'une enquête, mais a refusé de donner des détails sur son contenu. Une nouvelle manifestation doit avoir lieu jeudi soir à Tirana, et une autre samedi à Vlora.
(sbo avec l'AFP)
