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Les Pays-Bas s'excusent officiellement pour l'esclavage

Les Pays-Bas s'excusent officiellement pour 250 années d'esclavage

Dutch Prime Minister Mark Rutte, right, apologized on behalf of his government for the Netherlands' historical role in slavery and the slave trade at the National Archives in The Hague, Monday, D ...
Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a qualifié l'esclavage de «crime contre l'humanité». Image: sda
Les excuses ont été saluées comme un «tournant dans l'histoire du royaume» néerlandais.
20.12.2022, 09:4120.12.2022, 11:01
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Le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte a présenté lundi à La Haye les excuses officielles du gouvernement pour le rôle de l'Etat néerlandais dans 250 ans d'esclavage.

«Des personnes ont été transformées en marchandise. La dignité humaine a été foulée aux pieds, d'une manière horrible»
Mark Rutte

Avant de dire «Je suis désolé» en anglais, en sranan (créole surinamien) et en papiamento (créole des Antilles néerlandaises).

Au même moment, plusieurs de ses ministres étaient présents dans sept anciennes colonies, au Suriname et dans les Caraïbes, pour discuter de la question avec les habitants.

«Aujourd'hui, je présente des excuses au nom du gouvernement néerlandais pour les actions de l'Etat néerlandais dans le passé: à titre posthume à tous les esclaves du monde entier qui ont souffert de cet acte. À leurs filles et fils et à tous leurs descendants. Nous ne pouvons que reconnaître et condamner l'esclavage dans les termes les plus clairs comme un crime contre l'humanité.»
Mark Rutte

En parlant d'excuses officielles:

Cependant, le manque d'actions concrètes de la part du gouvernement a été déploré au Suriname. «Je ne remarque pas grand-chose à propos d'actions des Pays-Bas et c'est dommage» a réagi Iwan Wijngaarde, président de la Fédération des Afro-Surinamiens à Paramaribo.

«Ce qui manquait complètement dans ce discours, c'est la responsabilité et l'imputabilité»
Armand Zunder, président de la Commission nationale de réparation du Suriname, tout en relevant que la reconnaissance y était claire.

Le gouvernement a promis plusieurs événements de commémorations majeurs à partir de l'année prochaine, et annoncé un fonds de 200 millions d'euros destiné à des initiatives sociales:

«Nous pensons qu'à terme, il devrait y avoir un fonds qui se comptera en termes de milliards»

Controverse

Evelyn Wever-Croes, Première ministre d'Aruba, petite île des Antilles néerlandaises a salué un «tournant dans l'histoire du royaume» auprès de l'agence de presse néerlandaise ANP. Mais la volonté du gouvernement de présenter des excuses lundi, qui avait fuité dans la presse néerlandaise, suscitait depuis plusieurs semaines une vive controverse aux Pays-Bas et outre-mer.

Les organisations de commémoration de l'esclavage souhaitaient que ces excuses soient présentées le 1er juillet 2023, date marquant les 150 ans de la fin de l'esclavage. Certains demandent également des compensations.

«Mark Rutte détermine quand les excuses seront présentées pour les descendants du passé esclavagiste. C'est douloureux, colonial et dépassé.»
Hannah Belliot, représentante d'organisations

La Première ministre de Sint Maarten, Silveria Jacobs a regretté lundi des «excuses forcées» mais invité les Pays-Bas au dialogue:

«Nous n'en sommes pas au stade où nous pouvons accepter ou rejeter les déclarations/excuses»

«Je pense que des excuses devraient être présentées au Suriname», a également réagi Sangita Kalloe, institutrice à Paramaribo.

«Siècle d'or»

L'esclavage a contribué à financer le «siècle d'or» néerlandais, période de prospérité grâce au commerce maritime aux XVIe et XVIIe siècles. Le pays a procédé à la traite d'environ 600 000 Africains, principalement vers l'Amérique du Sud et les Caraïbes.

A l'apogée de son empire colonial, les Provinces-Unies, connues aujourd'hui sous le nom de Pays-Bas, possédaient des colonies comme le Suriname, l'île caribéenne de Curaçao, l'Afrique du Sud et l'Indonésie, où la Compagnie néerlandaise des Indes orientales était basée au XVIIe siècle.

L'esclavage a formellement été aboli au Suriname et dans d'autres territoires détenus par les Néerlandais le 1er juillet 1863, mais n'a vraiment pris fin qu'en 1873 après une période de «transition» de 10 ans.

Des ministres néerlandais étaient lundi dans les îles des Caraïbes: Bonaire, Sint Maarten, Aruba, Curaçao, Saba et Saint-Eustache, et au Suriname.

Excuses de certaines villes

Ces dernières années, les Pays-Bas ont commencé à regarder en face leur rôle dans l'esclavage. Les villes d'Amsterdam, Rotterdam, Utrecht et La Haye ont officiellement présenté leurs excuses.

Mark Rutte a longtemps émis des réserves quant à la présentation d'excuses officielles, affirmant par le passé que la période de l'esclavage était trop ancienne et que des excuses attiseraient les tensions dans un pays où l'extrême droite reste forte.

«J'avais tort», a-t-il reconnu lundi, même si selon un récent sondage à peine 38% de la population adulte était en faveur d'excuses officielles. «Des siècles d'oppression et d'exploitation affectent le présent, dans les stéréotypes racistes, la discrimination et l'inégalité sociale», a-t-il ajouté. (ats/jch)

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