«Marine Le Pen a gagné haut la main samedi soir»
Quel regard portez-vous sur la casse et les pillages qui n'ont pas épargné votre quartier samedi soir à Paris?
Pascal Bruckner: Les banlieues se déversent sur Paris. Les émeutes, autrefois confinées à la périphérie, sont maintenant dans le centre. C’est une aggravation de la menace, malheureusement. Il n’y a rien de politique, dans ces pillages, juste l’envie de se servir, de faire ses emplettes.
Cela vous inquiète-t-il?
Il n’y avait aucun policier samedi soir dans mon quartier, situé dans le Haut-Marais, entre Hôtel-de-Ville et Place de la République. Des riverains ont appelé à plusieurs reprises la police, mais elle n’est pas venue. Les pillards avaient la rue pour eux. C'était le chaos.
Avez-vous vous-même appelé la police?
Non, je n’avais pas de raison de le faire personnellement. Je vous parle ici de commerçants, de cafetiers. Le café du Progrès, bien connu des habitants du quartier, a été pris pour cible (réd: appelé, un salarié de cet établissement confirme à watson que les vitrines ont été brisées, sans que les casseurs aient pu pénétrer à l’intérieur, protégé par la grille métallique). Nous sommes un pays qui n’a plus d’Etat, plus d’autorité. J’ai vu dimanche soir Macron. Il était inconsistant. Quand il n’y a pas d’autorité, toutes les forces de désagrégation en profitent.
Avez-vous parlé aux commerçants de votre quartier?
Oui, tout le monde se parle dans le quartier. Les gens sont horrifiés.
Puisque la police n’est plus capable de défendre les Français, les Français vont se protéger eux-mêmes.
L'action de ces jeunes pillards, qui viennent se servir, comme vous le dites, a-t-elle un lien avec le discours politique ambiant, celui de La France insoumise, entre autres?
Oui, ils sont encouragés à agir par la rhétorique de l’extrême gauche en général et par les déclarations de La France insoumise en particulier, qui appelle à la désobéissance civile et à l’insurrection citoyenne. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a pour ambition de semer le chaos en France, mais cela peut se retourner contre lui.
Pourquoi?
Parce que ces pillards ne sont pas tout à fait d’ultra-gauche. Il y a parmi eux plusieurs groupes, dont certains ne pensent qu’à faire du business en tirant profit du capitalisme
Dans votre quartier, devenu haut de gamme et touristique, où les électeurs, plutôt bobos, votent à gauche, on redoutait que des pillards viennent un jour y commettre leur forfait. Cet électorat peut-il à présent envisager de voter Marine Le Pen à la présidentielle?
Vous qui venez de la gauche, pourriez-vous voter Marine Le Pen?
Ah non, pas du tout. Je vais faire en sorte, comme beaucoup de Français, de ne pas mettre Mélenchon au second tour face à Marine Le Pen, qui aurait alors vraiment toutes les chances de gagner. C’est pourquoi il va falloir voter utile au premier tour. Maintenant, qui? On verra le moment venu.
On a vu cet été à Paris des incivilités commises par des adolescents de la périphérie aux abords du canal Saint-Martin, non loin de la Place de la République et de chez vous. Voyez-vous un lien entre ces incivilités et les actes plus graves d’aujourd’hui?
Je n’ai pas bien suivi cette affaire d’incivilités cet été, mais, oui, il y a un lien.
