Valse avec le président chinois: qui était vraiment Bernadette Chirac
Essentielle toujours, exaspérante parfois... Bernadette Chirac, décédée vendredi à l'âge de 93 ans, a été le pilier indéfectible de l'ancien président mais sa personnalité affirmée lui a permis de conquérir sa place politique et sa liberté à l'ombre du «grand».
Jacques Chirac avait rencontrée Bernadette en Sciences Po à 1954 et l'a épousée deux ans plus tard.
Guerrière en tailleur classique
Guerrière en tailleur classique, rares sont ceux à l'avoir vue en pantalon, un chapelet glissé dans chaque sac à main, grande bourgeoise aussi à l'aise dans les congrès militants que les granges corréziennes, dame d'œuvres vacharde, chiraquienne défendant le sarkozysme: Bernadette Chirac, première dame pendant douze ans, aura été tout cela à la fois. Son motto? Une phrase de sa mère:
Elle a donc serré les dents. D'abord devant la tragédie de se fille Laurence, atteinte d'anorexie et qui pèse moins de 30 kilos quand elle passe l'internat de médecine. «Le drame de ma vie», confiera Bernadette au sujet de son aînée, dont la mort en 2016 la plonge dans une terrible dépression.
Dans les tourments politiques aussi, qui lui ont fait dire: «Les Français n'aiment pas mon mari», notamment après la sévère défaite à la présidentielle de 1988. Mais également face aux échappées de ce séducteur («Les filles, ça galopait», soufflait-elle) dont elle vantait le physique:
Valse avec le président chinois
Bernadette Chodron de Courcel est née le 18 mai 1933 dans une famille de diplomates et d'industriels. Son patronyme fleure l'enfance cossue: la messe dominicale, la jeune fille rangée.
Il ne résume pas celle qui, jeune, ressemble à Orane Demazis (la Fanny de Marius) avant de se muer en grand-mère au casque de cheveux inoxydable, lunettes teintées, sourire rare, parole tranchante. Qui esquisse un bras d'honneur contre un adversaire nommé François Hollande, lors d'une campagne électorale des années 90. Qui valse au son de l'accordéon, rustiques bottes aux pieds, avec le président chinois Jiang Zemin.
La scène en vidéo:
Qui, élue du canton corrézien de Sarran dès 1979, refuse longtemps toute idée de retraite:
Avant de se résigner, affaiblie, à tirer sa révérence en 2015.
«Bernie, le point fixe» de Jacques
Sa liberté de ton dans son couple, elle l'exerce aussi sur les sujets politiques. Là où Jacques, qui jamais ne pardonnera la «trahison» balladurienne de 1995 et s'accroche au «meilleur d'entre nous», Alain Juppé, Bernadette s'affiche conquise par l'énergie de Nicolas Sarkozy.
Et en 2012 «Bernie» (même son petit-fils Martin l'appelait ainsi) ou «Maman» (pour les Guignols de l'Info qui ne l'épargnent pas) lâche que François Hollande n'a pas le «gabarit» pour l'Elysée. A contre-pied de son mari proclamant quelques mois plus tôt qu'il votera pour le socialiste.
N'a-t-elle pas immédiatement pressenti le désastre de la dissolution de 1997 ? Elle ne pardonnera d'ailleurs jamais à Dominique de Villepin, épinglé en «Néron» incendiant la chiraquie. Elle tire aussi la sonnette d'alarme sur la montée de Jean-Marie Le Pen en 2002.
Madame Pièces jaunes
Comme toutes les premières dames, Bernadette Chirac fait dans l'humanitaire, montant et pilotant avec brio l'opération Pièces Jaunes. Restée indissociablement liée à elle, même si elle en a cédé la présidence à Brigitte Macron en 2019, pour sa dernière apparition publique. Lors des obsèques de son mari, en septembre 2019, elle n'assiste qu'à la cérémonie privée, où elle est «très diminuée», selon un proche de la famille.
Les désaccords politiques troublaient-ils les soirées des époux Chirac? Bernadette avait rassuré: «Nous prenons assez rarement nos repas ensemble, parce que mon mari a un peu des horaires de moine. Il dîne très tôt parce qu'il se couche très tôt.»
(dal/afp)
