Les Républicains paniquent
Dans quatre semaines, les Américains voteront pour renouveler le Congrès. Tous les deux ans, l’ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat sont renouvelés. Les midterms donnent souvent aux électeurs l’occasion de rappeler à l’ordre le président en exercice et son parti. Cette année, le message pourrait être particulièrement cinglant.
La cote de popularité de Donald Trump est en chute libre. Selon la moyenne des sondages du New York Times, seuls 37% des Américains approuvent son action à la présidence, contre 60% qui la désapprouvent. Dans certaines enquêtes, il tombe même autour de 30%. Donald Trump rejette ces chiffres en bloc et les dénonce comme «fake». Mais chez les Républicains, l’inquiétude monte.
Des responsables républicains ont parlé à Politico d’un «incendie généralisé» ou encore d’un «accident de voiture au ralenti» à propos des midterms. Les perspectives sont très mauvaises pour les Républicains, tandis que la dynamique en faveur des Démocrates s’est encore renforcée ces dernières semaines. A moins d’un miracle, Donald Trump et son parti risquent de prendre une sévère raclée le 3 novembre.
Le piège de l’économie
Il y a deux ans, Donald Trump avait largement profité du mécontentement suscité par la forte inflation sous Joe Biden pour reconquérir la Maison-Blanche. A première vue, la conjoncture actuelle devrait donc plutôt jouer en faveur des Républicains: l’économie américaine est en bonne santé, la croissance reste solide, le chômage est faible et les salaires progressent, y compris chez les bas revenus.
Mais dans leur vie quotidienne, beaucoup d’Américains ne ressentent aucune amélioration. C’est même plutôt l’inverse. L’inflation reste durablement supérieure à 3%, les taux hypothécaires grimpent et la hausse des prix de l’essence et du diesel, conséquence de sa guerre en Iran, a fait disparaître l’un des rares points positifs dont Donald Trump pouvait encore se prévaloir.
Certains Républicains pressent ouvertement Donald Trump de mettre fin à la guerre. C’est notamment le cas de Mike Rogers, candidat au Sénat dans le Michigan, qui accuse un retard de plus en plus net sur le Démocrate Abdul El-Sayed. Même chose pour Ashley Hinson, au coude-à-coude avec son adversaire démocrate dans l’Iowa.
En 2024, Donald Trump avait remporté cet Etat rural avec 13 points d’avance. Mais les agriculteurs souffrent aujourd’hui de la hausse des carburants et de l’instabilité de sa politique douanière. Le président tente donc de séduire les électeurs à coups de promesses: il promet à chaque ménage un «dividende Trump» de 5000 dollars si les Républicains conservent le contrôle du Congrès.
Le Sénat peut basculer
A la Chambre des représentants, les perspectives sont sombres pour les Républicains. Même des militants du parti reconnaissent en privé que leur très courte majorité est sans doute perdue. Et voilà que leur majorité au Sénat est elle aussi menacée, alors que les sièges en jeu cette année devraient en principe leur être favorables. Ils pourraient malgré tout en perdre plusieurs.
Selon le modèle de prévision du New York Times, sept sièges sont très disputés. Si les Démocrates en remportent quatre, ils atteindront les 51 sièges nécessaires pour obtenir la majorité au Sénat. Cinq de ces sièges sont actuellement détenus par les Républicains. Même certains bastions «rouges», comme l’Alaska et le Texas, sont menacés.
Le statisticien Nate Silver se montre encore plus optimiste pour les Démocrates. Il a revu et affiné son modèle de prévision pour les midterms. D’après ses projections, les Démocrates sont en tête dans les sept scrutins sénatoriaux évoqués plus haut, même si leur avance est trop faible pour être significative dans certains Etats. S’ils remportaient les sept sièges, le bouleversement serait majeur.
Money, money…
Pas étonnant que les Républicains commencent à paniquer. Ils ont beau disposer de moyens financiers nettement supérieurs, cela ne leur sert pas à grand-chose pour l’instant. Ils doivent désormais dépenser massivement dans des campagnes où ils ne pensaient pas avoir à le faire. Résultat: ils réduisent la voilure ailleurs. En Caroline du Nord, ils ont ainsi quasiment cessé de financer la campagne de leur candidat au Sénat.
En revanche, au Texas, ils ont dépensé près de 100 millions de dollars pour soutenir Ken Paxton, candidat au Sénat empêtré dans plusieurs scandales. Malgré cela, il est désormais devancé dans les sondages par le Démocrate James Talarico. Dans un enregistrement audio publié par le New York Times, Paxton a notamment mis en cause la convention républicaine des midterms à Dallas.
La situation difficile de nombreux Républicains se répercute aussi sur les déplacements de campagne de Donald Trump. Il s’est récemment rendu en Alabama et dans le Nebraska, deux Etats où son parti n’a normalement guère de souci à se faire. Mais dans le Nebraska, le sénateur républicain sortant est désormais engagé dans un duel serré face à un candidat indépendant.
Le Kansas pose le même problème. Les Démocrates n’y ont plus remporté de siège au Sénat depuis 1932, mais disposent cette fois d’une véritable chance. JD Vance s’est donc déplacé en personne pour tenter de leur barrer la route. Il devait également soutenir Ashley Hinson dans l’Iowa, mais la candidate républicaine au Sénat a «séché» sa visite, officiellement pour des raisons d’agenda.
L’électorat se retourne
L’argument peut-être le plus solide en faveur d’une «vague bleue», autrement dit d’un triomphe des Démocrates, tient à la mobilisation des électeurs. Elle est forte chez les sympathisants démocrates et les indépendants, tandis que nombre d’Américains qui avaient voté pour Donald Trump il y a deux ans risquent de rester chez eux, par déception, lors des midterms.
Un groupe attire particulièrement l’attention: les Latino-Américains. Donald Trump avait obtenu auprès d’eux un score étonnamment élevé. Nombre d’entre eux espéraient une baisse des prix, tandis que son discours très viriliste avait séduit une partie des hommes hispaniques. Mais deux sondages montrent aujourd’hui un net basculement en faveur des Démocrates.
Deux raisons expliquent ce revirement: l’inflation et la politique très dure de la police de l’immigration, l’ICE, envers les immigrés en situation irrégulière, en particulier latino-américains. Cela pourrait avoir des conséquences dans les circonscriptions de la Chambre des représentants redécoupées pour offrir des sièges supplémentaires aux Républicains dans des Etats comme la Floride et le Texas.
Ces nouveaux découpages reposent toutefois sur l’hypothèse que les latino-américains voteront comme en 2024. Ce «gerrymandering», autrement dit un remaniement territorial destiné à favoriser les Républicains, pourrait donc se retourner contre eux. Même certains sièges qu’ils détiennent déjà sont menacés, comme celui de la députée républicaine Maria Elvira Salazar en Floride, qui a elle-même critiqué la politique migratoire de l’administration Trump.
Le spectre d'un coup d’Etat
Un retournement en faveur des Républicains n’est pas impossible, surtout avec Donald Trump. Mais il tiendrait presque du miracle. Un autre scénario ne peut donc être exclu: une intervention du gouvernement qui pourrait déboucher sur une crise constitutionnelle, voire un coup d’Etat, après l’échec de plusieurs tentatives, notamment celle visant à restreindre le vote par correspondance.
Un scénario catastrophe serait de voir des agents de l’ICE déployés dans les bureaux de vote. Une telle intervention serait contraire à la Constitution, puisque l’organisation des élections relève des Etats. Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a écarté cette éventualité, mais l’inquiétude reste vive, notamment dans l’électorat noir, latino-américain et asiatique.
De nombreuses organisations, de tous bords, prévoient d’envoyer des observateurs électoraux. Les midterms de 2026 pourraient ainsi devenir «l’élection la plus surveillée de l’histoire des Etats-Unis», écrit Axios. Des partisans d’extrême droite de Donald Trump encore vont plus loin: ils appellent le président à instaurer la loi martiale le 3 novembre ou dans les jours qui suivent. (trad.: mrs)
