«Il faut arrêter de croire que tous ceux qui ont voté pour Trump sont des crétins»
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
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Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
Montana. Une sorte de Suisse XXXL. Des massifs montagneux, des forêts à perte de vue, des routes et des fleuves sinueux, sublimés par les couleurs de l’automne. Des cow-boys, aussi. Et un certain nombre clichés qu’on a déjà pu apercevoir dans Yellowstone, la série diffusée entre 2018 et 2024. C'est dans cet Etat conservateur que se trouve la petite bourgade d'Alberton. Population: 498 habitants.
Une unique route droite, ponctuée de chaque côté par de petites bâtisses. On y trouve une école primaire, un bâtiment administratif à moitié en ruines, deux pubs, The Tavern et The Trax, ou encore une épicerie proposant des denrées alimentaires de base (macaronis au fromage prêts à l'emploi et gaufres surgelées).
Et, au milieu, une librairie. Un bâtiment un peu décati aux fenêtres poussiéreuses, derrière lesquelles des rayonnages croulent sous les bouquins de seconde main. Au comptoir, une petite femme mince aux cheveux blancs et au sourire avenant nous ausculte avec curiosité. «Puis-je vous aider? Vous cherchez quelque chose en particulier?»
Il ne lui a pas fallu deux secondes pour savoir que les deux bobos en vadrouille qui viennent de franchir le seuil ne sont pas du coin. Il faut dire que, depuis des décennies qu’elle est installée à Alberton, Keren connaît tout le monde.
Et une chose est sûre: elle ne quitterait son coin de pays pour rien au monde. «Le Montana, c’est d’abord une nature. Un paysage. Un état d'esprit», définit-elle. «C’est un Etat tout simplement magnifique».»
«Ici, les gens aiment travailler, faire quelque chose de leurs mains. On pratique aussi beaucoup de loisirs en pleine air: la pêche, la randonnée, le camping... Un sentiment de liberté très ancré, lié aux grands espaces», décrit cette femme de 68 ans qui se définit comme conservatrice et croyante.
Alors que les élections de mi-mandat approchent, nous demandons à cette fière Montanienne quels sont ses espoirs pour l’avenir proche de son pays. La libraire se fend d'une phrase surprenante:
Le discours de Keren tranche naturellement avec celui de résidents de l'Etat beaucoup plus à gauche de Washington, que nous avons récolté quelques heures avant de franchir la frontière.
La libraire développe: «Depuis que Donald Trump est de retour au pouvoir, le pays va mieux. L’administration a vraiment réussi à faire bouger les choses, sur le plan économique, tout d’abord, mais aussi à l’international. Il fallait quelqu’un qui protège ce pays, sa population, son territoire, ses frontières. J’ai aussi l’impression que c’est le cas chez vous en Suisse, non?»
Keren rêve d’un l’Etat réduit au strict minimum et qui ne se mêle pas des affaires des citoyens. «Tant que je respecte les lois, laissez-moi tranquille, par pitié! Si les gens sont trop assistés, ils deviennent de moins en moins capables. Il faut pouvoir se débrouiller», affirme-t-elle, en désignant un sticker posé sur le mur derrière elle, avec une citation souvent attribuée à Thomas Jefferson.
Au-delà d'une certaine satisfaction, Keren ne cache pas non plus son admiration envers son président: «A 80 ans, il est dans une forme incroyable. Ce que j’aime chez lui, c'est qu'il est complètement hors-sérail. Ce n'est pas un politicien de carrière, comme Joe Biden. On devrait interdire d’ailleurs aux gens de faire une carrière politique toute leur vie, car ils perdent complètement pied avec la réalité des citoyens.»
«Ses détracteurs disent qu’il est fou, car c’est commode. Mais c’est un homme d’affaires avisé. Il a étudié l’économie à l’université de Pennsylvanie, exactement comme mon père. Je sais à quel point c’est difficile d’obtenir ce diplôme», poursuit Karen, qui ne voit pas en Trump le menteur et le manipulateur constamment dépeint par ses détracteurs.
C’est le moment que choisit Lilian, une cliente et habituée, pour se greffer à la conversation, avec six ou sept ouvrages sous le bras. Cette professeur d’anglais d’une cinquantaine d’années vit dans la région depuis 1992. Après nous avoir glissé que son fils a étudié deux ans à Genève, elle se décrit, pour sa part, comme «un peu plus à gauche» que son amie. Ce n'est pas pour autant que cette Californienne d’origine vote démocrate.
L'enseignante regrette surtout que les «gens ne puissent plus se parler». «Aujourd’hui, le débat est tellement polarisé. C’est devenu presque impossible d’avoir une conversation avec quelqu'un qui a une opinion différente. Tout le monde se braque. Je suppose que c’est en partie à cause des réseaux sociaux. Chaque propos doit choquer pour faire du clic.»
«Alors qu’il faudrait se concentrer sur ce qui nous rassemble, renchérit Keren. On peut être fortement en désaccord sur 5% des choses, un peu en désaccord sur 20%, et d’accord sur tout le reste! Ce n'est pas grave. Il faut qu’on soit indulgent les uns avec les autres.»
On ne peut s’empêcher de demander à cette femme curieuse et cultivée son avis sur le cliché qui colle à la peau des pro-Trump, à savoir celui d’être peu instruits, voire carrément stupides. «Eh bien, je répondrais que tous les démocrates ne sont pas allés à l’université. Et ceux qui sont allés à l’université ne sont pas tous démocrates. J’en suis la preuve», glisse-t-elle, avec une douce provocation dans la voix.
Cette mordue de bouquins et de mathématiques nous livre une anecdote: «J’adore les chiffres. Lorsque Trump a été élu en 2016, je m’étais amusée à compter les comtés les uns après les autres, ceux qui avaient voté pour lui et pour Hilary Clinton. Je l'ai fait d'abord pour le Montana, puis pour d’autres Etats. Il était évident qu’il avait gagné, et de loin. Nous verrons ce qu’il en est pour les élections de mi-mandat.»
Quand nous lui confions venir de Suisse, ses yeux s’illuminent. «Oh! J’ai quelque part des ouvrages qui viennent de chez vous. Je les tiens de mon père, qui était déjà libraire. Il venait souvent en Suisse dans les années 60 et 70. Il prenait son vélo, sautait dans le train et voyageait dans chaque ville pour acheter des livres», se souvient-elle.
Avant de reprendre la route, la libraire nous glisse dans les mains l’un de ses ouvrages préférés, un recueil de textes et de poèmes, ainsi qu'une carte en papier de son Etat bien-aimé du Montana. Pour ce qui est de nous abandonner avec nos idées toutes faites, ça, c’est une autre histoire.
