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Gérald Cohen, le père de la victime, Jérémy, 31 ans.
Gérald Cohen, le père de la victime, Jérémy, 31 ans.image: capture d'écran @BFMTV
Présidentielle 2022

Le «mort juif» qui secoue la dernière semaine de campagne

Les circonstances dramatiques de la mort de Jérémy Cohen, le 17 février en banlieue parisienne, mais aussi la lenteur apparente de l'enquête, nourrissent les soupçons à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française.
05.04.2022, 18:3905.04.2022, 19:33

Jean-Luc Mélenchon a le chic pour maquiller le cynisme en candeur. En juin 2021, à moins d’un an de l’élection majeure, l'actuel candidat de la France insoumise, déclarait, en tout innocence: «Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Cela a été Merah en 2012. Cela a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées (réd: le 20 avril 2017, qui coûta la vie à un policier).» Il en arrivait au but: «Tout ça, c’est écrit d’avance. Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau. Nous aurons l’événement gravissime qui va, une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. Voilà, c’est bateau tout ça.»

Nous sommes dans la dernière semaine de la campagne présidentielle et, si l’on ignore encore l’identité du «petit personnage sorti du chapeau», on connaît celle de la victime. Il s’agit de Jérémy Cohen, 31 ans, de confession juive, décédé après avoir été heurté par un tramway, le soir du 17 février, à Bobigny, en banlieue parisienne.

Portait-il une kippa?

Sa mort fait l’actualité en raison de ses circonstances, portées à la connaissance du public lundi 4 avril, après enquête de la famille, aidée d’un journaliste de Radio Shalom, une station communautaire juive: le jeune homme, qui était atteint d’un handicap mental léger, venait d’être frappé par plusieurs individus, lorsque, prenant la fuite à travers une rue, un tramway l'a renversé mortellement. Une vidéo, tournée par des voisins, récupérée par la famille, atteste de ce déroulement. Une kippa, qui pourrait être celle du défunt, aurait été retrouvée à proximité du drame, mais les enquêteurs ne savent pas si Jérémy Cohen a été aperçu en portant une avant son agression.

Le motif aggravant d’antisémitisme n’est pas retenu à ce stade par le ministère public. Une enquête a été ouverte pour «violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort, sans intention de la donner».

Cette fois-ci, Jean-Luc Mélenchon a fait dans la sobriété, réagissant d’un tweet à la fois banal et digne au décès de Jérémy Cohen:

L’annonce de cette mort, survenue dans des circonstances dramatiques, suscite un malaise général à quelques jours du premier tour de la présidentielle. Pour de nombreux juifs, pour des non-juifs également, elle porte en elle le soupçon que les autorités judiciaires et politiques, peut-être même les organisations juives, n’ont pas voulu faire grand cas de ce fait divers, de crainte que cela ne donne des voix supplémentaires aux candidats d’extrême droite, incarnés par Marine Le Pen et Eric Zemmour. Comment est-il possible que la famille, suspectant sans doute plus qu’un simple accident, ait dû, presque seule, chercher des indices de ce qu’il s’était réellement passé? La question vaut son pesant de sous-entendus.

Plus de 50 000 juifs ont quitté la France

Cette mort, à présent cette affaire, évoque la gêne et parfois le mutisme, voire le déni, face à des meurtres antisémites survenus ces vingt dernières années en France, commis par des Français d’origine maghrébine ou subsaharienne, de culture musulmane, agissant ou non dans un cadre terroriste.

Durant cette même période, se sentant menacés, du moins en insécurité, plus de 50 000 juifs ont quitté la France, la plupart partant s’installer en Israël – certains faisant ensuite le chemin inverse. Et le «vote juif», s’il y en a un, longtemps acquis à la gauche, a bougé vers la droite et même vers l’extrême droite, perçue comme un refuge.

Ce glissement vers l’extrême droite ne plaît pas aux grandes organisations juives comme le Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, dont tout le récit s’oppose à l’extrême droite française, qui s'est compromise avec le nazisme sous le régime de Vichy.

Le rédempteur et protecteur

Et voilà Zemmour! Le rédempteur, juif qui plus est, de ce passé honteux. Les organisations juives, Crif en tête, se sont désolidarisées de lui durant sa campagne, lançant pour ainsi dire des fatwas, des avis religieux en islam, contre les juifs français qui s’aviseraient de voter «Zemmour».

On a donc affaire à un mort peut-être frappé parce qu’il était juif, mais dont les juifs, du moins ceux qui sont hostiles à l’extrême droite, ne peuvent en quelque sorte faire un usage politique, qui consisterait, par exemple, à souligner les failles du «vivre-ensemble».

Les principaux candidats ont réagi au décès du jeune homme, dans sa version étayée du 4 avril. Seuls Eric Zemmour et Marine Le Pen ont politisé l’affaire. Mardi matin sur France Inter, la candidate du Rassemblement national s’est demandé s’il ne fallait pas former une commission d’enquête parlementaire pour savoir s’il y a eu «dissimulation volontaire», par les autorités, de la gravité du cas:

Le père a demandé de l'aide à Eric Zemmour

La veille, Eric Zemmour a été à la fois plus direct et plus allusif en usant du mot «racailles», un terme péjoratif, à la longue même plus codé, désignant de jeunes Noirs et Arabes de banlieue au comportement jugé violent.

Invités lundi soir de TPMP, l’émission de Cyril Hanouna, Gérald Cohen, le père de Jérémy, et l’avocat de la famille ont tenu – surtout l’avocat – à bien faire savoir que le but recherché n’était surtout pas l'instrumentalisation du drame par quiconque.

Mais plus tard dans la soirée, sur Europe 1, le père, toujours accompagné de son avocat qui semblait là pour rectifier la portée de ce qui pouvait être dit, a confié avoir sollicité le candidat de Reconquête!: «J’ai demandé l’aide à ceux qui pouvaient m’aider (…). J’ai demandé effectivement à Eric Zemmour s’il pouvait nous aider dans le cadre de l’enquête (…) pour pas qu’elle soit fermée ou étouffée.»

Dimanche, les Français votent. Pas sûr que leurs compatriotes juifs, ni cette affaire en particulier, dont le caractère antisémite n'est pour l'instant pas établi, occupent beaucoup leur esprit.

Propos d'un représentant de l'ambassade de Russie en France sur LCI.

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