DE | FR
Birmanie répression

Les proches d'une personne tuée lors des manifestations anti-coup d'Etat, pendant son enterrement. Image: Keystone

Interview

Face aux massacres de civils en Birmanie, que peut faire la Suisse?

Depuis le coup d'Etat, les militaires birmans ont tué 745 civils parmi lesquels de nombreux ados. Un homme, en Suisse, essaie de faire bouger les choses. C'est Carlo Sommaruga. Le conseiller aux Etats genevois sait que la lutte sera rude. Trop d'intérêts sont en jeu.



Carlo Sommaruga, watson a publié des témoignages qui font état d'exactions de la part de l'armée birmane qui tire dans la tête de manifestants. Votre réaction?
Je suis profondément choqué par les faits que vous relatez et les récits qui me parviennent du Myanmar. Ces atrocités commises par la junte militaire rappellent tragiquement les actes ignobles lors des coups d’Etat des militaires au Chili et en Argentine.

«Il y a une volonté délibérée d’écraser toute résistance de la société et de semer la peur en tuant, torturant, blessant, tabassant et en emprisonnant toute personne»

Le militant pacifiste avec qui je suis lié virtuellement Wai Moe Naing a d’ailleurs été arrêté, torturé et maintenant inculpé de manière totalement infondée et arbitraire de meurtres de policiers. Je salue le courage de la société civile qui maintient sa résistance contre l’arbitraire.

Wai Moe Naing a été torturé et inculpé sans fondement par l'armée

Comment appréciez-vous la situation sur place?
Malheureusement, les militaires sont déterminés dans leur action. L’impossibilité de prendre des sanctions et mesures d’embargo en raison du blocage de toute résolution par la Chine et la Russie, confortent les militaires birmans dans leur stratégie de virulente répression.

Dans la mesure où les militaires contrôles des pans entiers de l’économie birmane, il est essentiel d’imposer un embargo total et un blocage de toutes les importations de ce pays. Cette démarche s’impose à toutes les Etats démocratiques qui veulent réellement défendre nos valeurs démocratiques.

Quel rôle joue la Suisse? Quelle est sa marge de manoeuvre?
La Suisse s’est beaucoup investie pour accompagner le processus démocratique. D’une part en contribuant au dialogue de paix interne entre le pouvoir central et les groupes ethniques du nord et en accompagnant la transition démocratique avec une coopération au développement très active. Malheureusement, ce fort investissement a été balayé en un clin d’œil par les militaires revanchards souhaitant conserver à n’importe quel prix le leadership politique et économique du pays.

«La Suisse doit exiger haut et fort le respect des droits humains et pousser avec des Etats like minded des mesures de pression sur ce pays»

Comment expliquer l’inaction de la communauté internationale alors que l'armée viole clairement la convention de Genève ?
L’ONU est bloquée en premier lieu par la Chine, mais également la Russie. La Chine a des intérêts économiques très important au Myanmar. Elle compte sur les militaires birmans pour les protéger contre les revendications sociales et environnementales internes et la concurrence internationale.

La Chine, voisine de la Birmanie, y a de nombreux intérêts

Carte de la Birmanie

Image: Datawrapper

La communauté des Etats démocratiques est incapable de dépasser ses intérêts économiques pour faire valoir ses valeurs de démocratie et des droits de l’Homme. En Suisse, récemment encore, le Conseil des Etats s’est opposé à l’introduction d’un mécanisme d’interdiction d’importations de biens produits par du travail forcé ! On est donc loin de la cohérence entre discours et la mise en œuvre de la défense des valeurs.

Aung San Suu Kyi

1 / 8
Aung San Suu Kyi
source: epa / david van der veen
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Plus d'articles «Actu»

L'Afrique du sud veut attaquer des réseaux sociaux en justice

Link zum Artikel

On a enfin une date pour le nouvel épisode de «Friends»!

Link zum Artikel

Voici pourquoi les Allemands se ruent sur l'Astrazeneca

Link zum Artikel

Harry règle ses comptes avec son père

Link zum Artikel

Aung San Suu Kyi accusée d'avoir importé... des talkies-walkies

La justice birmane a inculpé l'ex-dirigeante pour plusieurs infractions, pour le moins extravagantes.

L'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi comparaît, ce lundi, devant la justice. Alors que le pays sombre dans la répression, elle a été poursuivie pour avoir violé une loi sur les télécommunications et pour «incitation aux troubles publics».

Elle était déjà inculpée pour avoir importé illégalement des talkies-walkies et pour ne pas avoir respecté des restrictions liées au coronavirus. Ces motifs sont jugés extravagants pour les observateurs internationaux.

Arrêtée lors du coup d'Etat du premier …

Lire l’article
Link zum Artikel