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Terrorisme

Terrorisme d'ultra-droite à Trappes: un avocat crée la polémique

Le suspect de l'attentat de Trappes, Kevin T. Des policiers sur les lieux du drame.
Le suspect de l'attentat de Trappes, Kevin T. Des policiers sur les lieux du drame.image: watson

«C'est une contrevérité grave»: la justice française accusée après Trappes

L'avocat de la famille du jeune homme tué dans l'attentat de Trappes suscite un tollé en dénonçant un traitement judiciaire différent des terrorismes islamiste et d'ultra-droite. Qu'en est-il vraiment? Gilles Kepel parle d'un «terrorisme raciste d'atmosphère».
26.10.2026, 18:5026.10.2026, 20:49

Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille de Pengo Bossio Wango, le jeune homme de 26 ans tué vendredi dans l’attentat de Trappes, a provoqué un tollé en laissant entendre que la justice française aurait tendance à psychiatriser les crimes d’extrême droite pour éviter d’avoir à nommer l’idéologie derrière de tels actes. Le point le plus polémique de sa déclaration, transmise dimanche à l’Agence France Presse, est lorsqu’il affirme que:

«La question (réd: de la psychiatrie) ne se pose pratiquement jamais avec la même insistance lorsque l’attentat est de motivation islamiste»
Me Yassine Bouzrou

Les propos de l'avocat font suite à la décision, samedi, du Parquet national anti-terroriste (PNAT), de suspendre la garde à vue de Kevin T., 39 ans, le suspect de l’attaque, qui a fait un mort et cinq blessés par balles, dont une enfant de 12 ans, atteinte grièvement. Cette suspension, qui a pris fin ce lundi après-midi, la garde à vue reprenant, a été ordonnée à des fins d’expertise psychiatrique sur l’auteur présumé de l’attentat, sous traitement pour schizophrénie, a indiqué à l’AFP une source proche de l'enquête.

«C'est une contrevérité grave»

Deux poids, deux mesures? «C'est totalement inexact», «c'est une contrevérité et c'est une contrevérité grave», a réagi ce lundi sur Franceinfo l’ancien patron du PNAT, Jean-François Ricard. «En aucun cas il y a une manière de traiter les affaires de terrorisme de manière différente selon le type de terrorisme auquel on a affaire», assure-t-il.

«La loi est exactement la même et elle est appliquée de la même manière pour tout le monde»
Jean-François Ricard, ex-responsable du PNAT

L'ancien magistrat affirme avoir rencontré «à de nombreuses reprises» des situations similaires dans des affaires de terrorisme djihadiste, rapporte Franceinfo. «Toutes les semaines ou, en tous les cas, tous les quinze jours», des affaires se présentaient comme des attentats djihadistes, mais impliquaient des individus «dont le discernement était très altéré».

Jointe par watson, une avocate française, qui a défendu des prévenus islamistes ces dernières années, condamne les déclarations de Me Bouzrou:

«Il veut faire le buzz, ce n’est pas bien»
Une avocate française

Elle ajoute:

«Je ne vois pas derrière la suspension de la garde à vue de Kevin T. une volonté de dissimuler les choses. J’ai une certaine confiance dans l’institution judiciaire. Je n’imagine pas que les médecins de l’unité médico-judiciaire aient reçu un coup de fil d’un procureur leur ordonnant de suspendre une garde à vue.»
Une avocate française 

L’avocate explique l’intérêt, du point de vue de l’enquête et accessoirement des droits de la défense, d’une telle suspension, qui, par définition, est appelée à être temporaire. «Cela permet de ne pas gaspiller des heures de garde à vue, 96 heures au total dans les affaires de terrorisme. La garde à vue est suspendue durant l’expertise psychiatrique. Cette dernière peut certes déboucher sur un internement, mais elle peut surtout faire en sorte de placer le suspect dans de meilleures dispositions psychiques, de manière à reprendre sa garde à vue, chose fréquente.»

Interviewé par Franceinfo, Me Bouzrou a en quelque sorte enfoncé le clou en comparant le cas de Kevin T. à celui du seul survivant du commando du Bataclan, l’attentat islamiste du 13 novembre 2015, condamné à la prison à vie:

«Vous imaginez si à l’époque Salah Abdeslam avait vu sa garde à vue levée?»
Me Yassine Bouzrou

«Une analogie complètement absurde»

Pour l’avocate jointe par watson, cette analogie est «complètement absurde, pour la raison que Salah Abdeslam n’a jamais été considéré comme atteint de troubles mentaux, sa défense n’ayant en outre jamais fait part d’une telle éventualité».

«Ce rapprochement entre Kevin T. et Salah Abdeslam n’a qu’un seul but: faire accroire qu’il y aurait un traitement distinct du terrorisme islamiste et du terrorisme d’extrême droite visant des personnes racisées.»
Une avocate française 

Sur Franceinfo toujours, Me Bouzrou a cité le cas du meurtrier d’Aboubacar Cissé, un jeune homme de 22 ans tué de plusieurs dizaines de coups de couteau dans une mosquée du sud de la France le 25 avril 2025. L’avocat a fait observer que non seulement le PNAT ne s’était pas saisi de ce crime, mais que son auteur a été déclaré pénalement irresponsable – une deuxième expertise est en cours.

«Bouffées délirantes»

Ce que Me Bouzrou ne dit pas, c’est que plusieurs auteurs d’attaques, certaines mortelles, où le motif islamiste est en jeu, ont été déclarés pénalement irresponsables. C’est le cas du meurtrier de Sarah Halimi, en 2017, à Paris ou de l’assassin d’un médecin militaire, en 2022, à Marseille. Les psychiatres ont parlé dans les deux cas de «bouffées délirantes» dues à la consommation de cannabis. La qualification d’antisémitisme n’en avait pas moins été retenue pour la mort de Sarah Halimi.

A ce propos, ce n’est pas parce que la garde à vue de Kevin T. a été suspendue pour motifs médicaux que l’acte meurtrier qui lui est reproché ne relève pas du terrorisme à motivation raciste.

Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a d'ailleurs dénoncé, ce lundi, sur BFMTV:

«Ce qui s’est passé à Trappes, c’est très grave. C’est un attentat terroriste raciste»
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez

Doit-on pour autant écarter l’intérêt, pour la préservation de la paix civile, qu’il y aurait à déclarer irresponsables pénalement pour raisons psychiatriques des auteurs d’attentats, quelque obédience à laquelle ils appartiennent?

Réponse du spécialiste du djihadisme Gilles Kepel, joint par watson:

«Il est certain qu’en décrétant une altération de la conscience au moment de l’acte, on contribue à dépolitiser l’acte, quand bien même il présenterait toutes les caractéristiques du terrorisme.»
Gilles Kepel 

Gilles Kepel, dont le dernier essai, Pèlerinage français: comprendre les failles de notre identité, vient de paraître aux éditions Albin Michel, affirme, à la suite du drame de Trappes:

«De la même façon qu’il existe un djihadisme d’atmosphère, il existe un terrorisme raciste d’atmosphère, qui se nourrit de ce qui se dit»
Gilles Kepel
Ce robot super-héros est prêt à se battre pour vous
Video: watson
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