DE | FR

11 septembre, château de Chillon, Zelensky est prêt à tout pour séduire

Le président ukrainien s'exprime devant les parlementaires danois, mardi 29 mars.
Le président ukrainien s'exprime devant les parlementaires danois, mardi 29 mars.Image: EPA RITZAU SCANPIX
Le président ukrainien enchaîne les interventions devant les parlements de nombreux Etats, en glissant savamment dans ses discours des références propres à chaque pays. Et ça fonctionne.
31.03.2022, 18:3401.04.2022, 09:20
Suivez-moi

Il y a eu Bruxelles, le premier mars. Puis Londres, une semaine plus tard, et ensuite Varsovie, Ottawa, Washington, Berlin, Tokyo, Paris... Ce jeudi, c'est le tour de Canberra. Ce n'est pas la tournée mondiale d'une rockstar, bien que le principe ne soit pas si différent. Depuis le début du mois, le président ukrainien Volodymyr Zelensky enchaîne les discours devant les leaders du monde occidental, dans l'espoir de les mobiliser autour de sa cause.

En direct vidéo depuis Kiev, le chef d'Etat s'est déjà exprimé devant pas moins de 15 assemblées. D'autres dates sont prévues en avril.

Image: watson/datawrapper

Ses interventions, d'une durée de 10 à 15 minutes, s'achèvent souvent de la même manière: sous une pluie d'applaudissements de la part de parlementaires admiratifs, conquis par les mots du président ukrainien.

Un succès qui s'explique, du moins en partie, par un procédé que Volodymyr Zelensky a développé au cours de ses prises de parole et qu'il applique à l'identique à chaque étape de sa tournée diplomatique. Ses interventions sont à la fois uniques et équivalentes: pour solliciter l'aide dont il a besoin, le président ukrainien glisse dans son discours des références historiques et culturelles propres au pays auquel il s'adresse.

Zelensky a commencé à user de ce mécanisme à partir de son deuxième discours, qu'il a tenu devant le parlement anglais, le 8 mars dernier. Sa première intervention, une semaine plus tôt au parlement européen, était plus classique. «Je n'ai pas des notes, je n'ai pas écrit ce discours à l'avance», avait-il notamment affirmé. Une déclaration révélatrice, qui suggère à quel point les prises de parole suivantes ont été soigneusement préparées. Sélection.

Royaume-Uni

Image: sda

Volodymyr Zelensky a pris la parole à Londres le 8 mars. Lors de son discours, il a cité deux des personnalités britanniques les plus populaires du pays.

«La question pour nous, maintenant, c'est: être ou ne pas être. Tout le monde connaît cette phrase de Shakespeare. Pendant 13 jours, on a pu se poser cette question, mais je peux vous donner notre réponse définitive: nous serons»

Si la référence au célèbre poète est évidente, la suivante peut être plus difficile à identifier.

«Nous nous battrons jusqu'au bout, en mer, dans les airs. Nous continuerons à nous battre pour notre terre, coûte que coûte, dans les forêts, dans les champs, sur les rives, dans les rues»

Ce dernier passage fait référence à un discours prononcé par Winston Churchill le 4 juin 1940, en pleine Seconde guerre mondiale. Voici l'original:

«Nous irons jusqu'au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance, ainsi qu'une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, quel qu'en soit le coût, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains d'atterrissage, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines»
Winston Churchill, Premier ministre anglais (1940)

Etats-Unis

Image: sda

La Seconde guerre mondiale était également présente dans l'allocution prononcée par Zelensky devant le Congrès américain, le 16 mars:

«Rappelez-vous Pearl Harbor, le terrible matin du 7 décembre 1941, quand votre ciel était noir à cause des avions qui vous attaquaient. Souvenez-vous-en»

Après avoir évoqué l'attaque japonaise, le président ukrainien a enchaîné avec l'histoire récente:

«Souvenez-vous du 11 septembre, terrible journée de 2001, lorsque le mal a tenté de transformer vos villes en champs de bataille»

Sans oublier un petit clin d'oeil à une personnalité bien connue, pour demander une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine:

«J'ai un rêve. Ces mots sont connus de chacun d'entre vous. Aujourd'hui, je peux dire: J'ai un besoin, j'ai besoin de protéger notre ciel»

Allemagne

Image: sda

Le 17 mars, alors qu'il s'adressait au Bundestag allemand, Zelensky a parlé d'un moment iconique de l'histoire du pays:

«Cher Monsieur le chancelier Scholz, détruisez ce Mur, donnez à l'Allemagne le rôle de leader qu'elle mérite»

La phrase reprend mot pour mot celle que le président américain Ronald Reagan, lui aussi ancien acteur devenu président, a adressée depuis la porte de Brandebourg à son homologue soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, en 1987: «Tear down this wall». Satisfait de sa trouvaille, Zelensky a ensuite abondé avec les métaphores:

«Ce n'est pas un Mur de Berlin mais un Mur en Europe centrale entre la liberté et la servitude, et ce Mur s'agrandit à chaque bombe»

Et encore, concernant les étroites relations économiques entre Berlin et Moscou:

«Pour certains, c'est de la politique, mais ce sont aussi des pierres, ce sont des pierres pour le nouveau Mur»

Suisse

Image: sda

Lors de sa date suisse, Volodymyr Zelensky n'a pas parlé devant l'assemblée fédérale. Le 19 mars, il s'est exprimé lors d'une manifestation à Berne, événement rendu en quelque sorte officiel par la présence du président de la Confédération, Ignazio Cassis.

Malgré cela, les références mobilisées par le chef d'Etat ukrainien étaient beaucoup plus légères que celles qu'on a pu entendre auparavant.

«Je sais très bien comment vous vivez. Et un jour, alors que je me trouvais près du château de Chillon, j’ai demandé à mes amis – nous étions un groupe – pourquoi nous ne pouvions pas vivre exactement comme ça?»

Israël

Image: sda

La référence au national-socialisme ne pouvait pas manquer. Volodymyr Zelensky, lui-même d'origine juive, a atteint le point Godwin devant les députés de la Knesset, le 20 mars, à Jérusalem.

«Lorsque le parti nazi déferlait sur l'Europe, ils appelaient ça la solution finale de la question juive. Je suis persuadé que vous ne l'oublierez jamais»
«L'Ukraine a fait son choix il y a 80 ans et nous avons des Justes qui ont caché des juifs, il est temps pour Israël de faire son choix. L'indifférence tue»

France

Image: sda

Devant les députés français, le 23 mars, le président ukrainien a confirmé sa passion pour les conflits mondiaux, en choisissant cette fois de citer le premier:

«Les dégâts à Marioupol et dans d'autres villes ukrainiennes rappellent les ruines de Verdun»

Avant de citer la devise de la République française:

«Vous savez ce que sont la liberté, l'égalité et la fraternité. Nous attendons de la France qu'elle fasse en sorte que la Russie cherche la paix, pour mettre fin à cette guerre contre la liberté, contre l'égalité, contre la fraternité»

Danemark

Image: EPA RITZAU SCANPIX

L'allocution tenue au Danemark, mardi 29 mars, ressemblait plus à celle que Zelensky avait prononcée devant les manifestants réunis à Berne, dix jours auparavant: pas de grandes références historiques, juste un clin d'oeil à la culture locale:

«Je sais qu'au Danemark, une bougie est une image du hygge. C'est une vie que beaucoup de gens en Ukraine peuvent à peine imaginer. Je voudrais vous demander d'allumer une bougie en mémoire des vies ukrainiennes qui ont été perdues»

En danois, le mot hygge désigne un sentiment de bien-être, une humeur joyeuse et une atmosphère intime et chaleureuse.

«Un homme de spectacle»

Cette manière de s'adresser aux parlements s'inscrit dans la stratégie de communication que Volodymyr Zelensky a adoptée depuis le début de la guerre en Ukraine.

«Zelensky est un homme de spectacle, il exploite ses armes à lui. Cette communication est sa manière d'avoir le plus d'impact possible», analysait dans nos colonnes Alexandre Eyries, enseignant-chercheur HDR en sciences de l’information et de la communication.

Exploiter ses armes à lui, c'est précisément ce qu'il fait pendant sa tournée diplomatique, affirme l'historienne Galia Ackerman sur BFMTV: «C'est une façon pour lui de montrer ses connaissances, mais surtout de cibler un certain auditoire. Au-delà du parlement, c'est à la population tout entière que son message est adressé.»

Les dates de sa «tournée»

  • Parlement européen, Bruxelles (1er mars)
  • Royaume-Uni (8 mars)
  • Pologne (11 mars)
  • Canada (15 mars)
  • Etats-Unis (16 mars)
  • Allemagne (17 mars)
  • Suisse (19 mars)
  • Israël (20 mars)
  • Italie (22 mars)
  • France (23 mars)
  • Japon (23 mars)
  • Suède (24 mars)
  • Danemark (29 mars)
  • Norvège (30 mars)
  • Australie (31 mars)
  • Irlande (6 avril)
  • Grèce (7 avril)

Zelensky révèle où il se trouve à Kiev

Plus d'articles sur le président Zelensky et la guerre en Ukraine

«Zelensky fait de sa communication un show au service de sa cause»

Link zum Artikel

A Berne, Zelensky remercie la Suisse, mais attaque Nestlé et en demande plus

Link zum Artikel

L’héroïque Zelensky, ce président ukrainien qui joue sa peau face aux Russes

Link zum Artikel

Le discours émotionnel de Zelensky devant le Parlement allemand

Link zum Artikel

Pour aider l'Ukraine, des Suisses lancent la vodka Zelensky

Link zum Artikel

Président de l'Ukraine: qui est cet humoriste qui veut «tuer des Russes»?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Voici les images (sanglantes) de la plus grande réunion de vampires du monde
125 ans après la parution du roman «Dracula», les vampires ont toujours la cote. La preuve: des milliers de participants ont endossé leur cape noire et leurs canines pour une réunion jeudi soir à Whitby, en Angleterre.

Non non, vous ne rêvez pas: ce sont bel et bien 1369 vampires que vous voyez sur cette photo.👇

L’article