International
ukraine

Ukraine: les bombardements russes cachent un aveu de faiblesse

Notre journaliste Kurt Pelda (d) sur le terrain en Ukraine. La réalité ne correspond parfois pas à ce que l'on pense.
Notre journaliste Kurt Pelda (d) sur le terrain en Ukraine. La réalité ne correspond parfois pas à ce que l'on pense.Image: keystone/watson

Ce que j'ai vu en Ukraine contredit ce qu'on vous raconte

Sur le front, Moscou est en difficulté. Le Kremlin tente de compenser en intensifiant ses frappes aériennes contre les villes ukrainiennes.
08.10.2026, 17:1508.10.2026, 17:15
Kurt Pelda / ch media

De nombreux médias occidentaux évoquent les «superdrones» russes face auxquels Kiev n’aurait pratiquement plus aucune chance. Equipés de moteurs à réaction, ils seraient désormais trop rapides pour la défense antiaérienne ukrainienne et le rapport de force menacerait donc de basculer. A les écouter, le moral serait en train de s’effondrer à Kiev.

Pourtant, je suis récemment rentré d’un voyage de trois semaines en Ukraine, jusque dans les zones de combat. Et ce que j’y ai constaté ne correspond absolument pas à cette image. Depuis plus de quatre ans et demi, beaucoup multiplient les prédictions alarmistes. A les entendre, l’armée de Poutine aurait depuis longtemps traversé tout le pays pour se retrouver aux frontières de la Pologne et de la Roumanie.

Contourner les difficultés

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que les frappes contre Kiev et d’autres villes se sont fortement intensifiées. La Russie produit depuis peu beaucoup plus de missiles balistiques et de drones. Certains de ces appareils s’en prennent même aux autocars qui s’apprêtent à quitter le pays aux postes-frontières ukrainiens. La Russie a par ailleurs recommencé à viser le réseau électrique et les installations de chauffage. Tous les Ukrainiens savent qu’un nouvel hiver difficile les attend.

Encore ce jeudi, un bombardement russe contre deux bus a fait au moins 30 morts à Kramatorsk, ville clé du front de l'Est ukrainien. Il s'agit d'une des attaques les plus meurtrières des dernières semaines, selon un bilan provisoire des autorités.

Ces attaques causent d’importants dégâts aux infrastructures. Des entrepôts, des stations-service et des centres de distribution sont touchés et partent en fumée. Il arrive ainsi qu’un colis envoyé d’Odessa à Kharkiv, dans l’est du pays, mette aujourd’hui trois jours à arriver, contre un seul auparavant. Comparé à la Poste suisse, qui dessert un pays bien plus petit et, qui plus est, en temps de paix, cela reste tout à fait honorable.

Les prophètes de malheur oublient aussi que les Ukrainiens ont depuis longtemps appris à contourner bien des difficultés. J’ai ainsi vu de nombreuses stations-service incendiées continuer à vendre de l’essence et du diesel aux prix du marché, alors même que leur boutique avait été bombardée et que leurs pompes semblaient hors d’usage.

Il est probable que les Russes ne prendront l’avantage que pour quelques semaines ou quelques mois grâce à leurs «superdrones». Le temps que la défense antiaérienne ukrainienne rattrape son retard avec de nouveaux drones intercepteurs et d’autres armes. Une scène vécue récemment sur une plage d’Odessa donne une idée de ce qui pourrait suivre.

Les sirènes d’alerte aérienne se sont mises à retentir à l’approche de drones. La plupart des baigneurs n’y ont pas vraiment prêté attention. Certains ont tout de même levé les yeux lorsqu’un canon invisible a tiré une salve vers le ciel. Manifestement guidé par radar, le canon a atteint le drone qui, jusque-là invisible à l’œil nu dans le ciel, a soudain pris feu. Traînant derrière lui un panache de fumée noire, il s’est écrasé avant d’exploser.

Revers pour l'armée russe

Les frappes contre les villes et les infrastructures sont la réponse du Kremlin à trois batailles perdues cette année en Ukraine: à Koupiansk, dans l’est du pays, dans la région de Dnipropetrovsk, plus au sud, et maintenant près de Lyman, dans le Donbass, où les troupes russes ont dû battre en retraite dans des conditions humiliantes. Ce dernier revers pourrait tourner à la débâcle: les Ukrainiens menacent à présent aussi l’avancée russe vers les dernières «villes forteresses» encore tenues par l’Ukraine dans le Donbass.

Un camion de la défense antiaérienne ukrainienne équipé d’un canon antiaérien bitube de 23 mm, en position d’alerte.
Un camion de la défense antiaérienne ukrainienne en position d'alerte.Image: AP

Même le canal Telegram Rybar, bien connu et favorable au Kremlin, a dû reconnaître que la situation des Russes autour de Sloviansk, l’une de ces villes, devenait de plus en plus difficile. Et même si les troupes russes continuent de progresser légèrement sur certains secteurs du front, l’initiative est passée aux Ukrainiens sur de larges portions du front.

Ces derniers mois, le président américain Donald Trump a lui aussi dû se rendre à l’évidence: les frappes aériennes ne suffisent pas à gagner une guerre contre l’Iran. Il en ira de même pour Poutine en Ukraine, à moins que ses troupes au sol ne reprennent l’avantage.

Les prédictions alarmistes de certains médias occidentaux donnent l’image de villes ukrainiennes en grande partie dévastées. De quoi rappeler au public l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais la comparaison ne tient pas. En 1945, les Alliés ont largué quelque 7000 tonnes de bombes sur Dresde, qui comptait alors environ cinq fois moins d’habitants que Kiev aujourd’hui.

Pour provoquer des destructions comparables, Moscou devrait tirer quelque 14 000 missiles balistiques ou plus de 70 000 drones lourds sur la capitale ukrainienne. Un scénario qui n’a évidemment rien de réaliste. (trad.: mrs)

Parmelin dans tous ses états!
1 / 13
Parmelin dans tous ses états!

Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
partager sur Facebookpartager sur X
Il recrée les Alpes suisses à l’échelle 1:1 dans «Minecraft»
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Nicolas Maduro et son épouse font face à de nouvelles accusations
Le président incarcéré aux Etats-Unis et sa femme sont poursuivis pour torture par la justice américaine.
La justice américaine a engagé jeudi de nouvelles poursuites, pour torture, contre l'ancien président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, détenus à New York depuis janvier.
L’article