La Suisse veut grandir... mais comment?
Tout le monde s’accorde sur un point: la Suisse a besoin de davantage de logements. Mais pas forcément juste devant chez soi. 80% de la population estime que la densification est une bonne idée ou au moins partiellement une bonne idée. Le consensus est donc large. Réalisée en collaboration avec l’institut Gottlieb Duttweiler auprès de plus de 2000 personnes en Suisse alémanique, romande et italienne, cette enquête montre aussi une autre réalité: dès que les choses deviennent concrètes, tout se complique. Seul un tiers des personnes interrogées serait favorable à la construction d’un immeuble d’habitation plus haut dans leur propre quartier. Et à peu près autant accepteraient une surélévation de leur propre bâtiment. Bienvenue dans le paradoxe du «NIMBY»: «Not In My Backyard», autrement dit «pas dans mon jardin».
Ville, campagne… et la majorité silencieuse
La comparaison entre ville et campagne est particulièrement révélatrice. Les habitantes et habitants des villes sont les plus ouverts à la densification dans leur voisinage, mais l’écart avec les régions rurales est moins marqué qu’on pourrait le penser. En ville comme à la campagne, le constat est le même: la croissance doit surtout se faire dans les centres urbains, là où les infrastructures existent déjà.
Il n’y a donc pas de véritable fracture ville-campagne, mais plutôt une boussole commune. Autre élément frappant: les citadines et citadins peuvent plus facilement s’imaginer vivre un jour à la campagne. L’inverse est beaucoup plus rare. Seuls 12% des habitants des zones rurales pourraient envisager de s’installer en ville. La tendance semble claire, mais les aspirations en matière d’habitat restent très diverses.
Ce qui est encore plus intéressant, c’est le groupe important des personnes qui se situent entre les deux: celles qui répondent «oui et non». Elles ne disent pas non. Elles disent: ça dépend. Ça dépend des espaces verts et des lieux de rencontre dans le quartier. D’une meilleure desserte par les transports publics. De bâtiments durables équipés de panneaux solaires et de pompes à chaleur. Bref: d’une qualité de vie visible et concrète. Quand la densification s’accompagne d’une réelle valeur ajoutée, même les plus hésitants adhèrent davantage... bien plus que ne le laisse penser le débat parfois très émotionnel autour du sujet.
Jeunes et moins jeunes: tout le monde a ses limites
Les jeunes générations sont généralement plus ouvertes au changement et cela se vérifie aussi ici. Les moins de 30 ans acceptent plus facilement la densification dans leur quartier que leurs aînés. Mais cette ouverture a une limite très claire: leur propre espace privé. Dès lors que la densification implique de réduire sa propre surface de vie au profit d’espaces partagés, les différences d’âge disparaissent presque totalement. Environ deux tiers des personnes interrogées, toutes générations confondues, rejettent cette idée. Le principe du NIMBY n’est donc pas une question d’âge, mais une question d’espace personnel.
Pas un refus, mais une invitation
Que signifie tout ça? D’abord une chose: la réalité est bien différente de ce que laisse entendre le débat public. La population suisse n’est pas fondamentalement opposée au changement ni à la croissance. Et surtout: elle est satisfaite de sa situation de logement – trois personnes sur quatre le disent explicitement – tout en étant prête à accompagner la croissance. Mais à certaines conditions. Plus d’espaces verts, pas moins. De meilleures infrastructures plutôt qu’une simple multiplication des constructions. Une densification qui ressemble à un progrès, pas à une perte. C’est précisément là que l’urbanisme et la planification doivent intervenir.
Les indécis – et ils sont nombreux – n’attendent pas un argument de plus. Ils attendent un exemple concret. Des projets qui montrent qu’habiter plus densément peut aussi signifier habiter mieux.
Quatre scénarios pour la Suisse de demain
Le Fonds pionnier Migros a développé, avec des experts et l’aide de l’IA, quatre scénarios illustrant à quoi cette Suisse du futur pourrait ressembler: d’une superville densifiée entourée d’une ceinture verte à un réseau de petits et grands pôles urbains parfaitement connectés. ce ne sont pas de pronostics, mais de pistes de réflexion qui montrent ce qui serait possible. Et pour découvrir celles et ceux qui mettent déjà ces idées en pratique aujourd’hui: L’«Action Map» recense des personnes, entreprises et organisations en Suisse qui repensent déjà la manière de construire, d’habiter et de vivre. –
C’est précisément ce type de solutions que recherche le Fonds pionnier Migros avec sa mission «Construire. Habiter. Vivre.» – des concepts intelligents pour faciliter les changements de logement, de nouveaux standards de qualité dans le développement de projets ou encore des approches innovantes en matière de construction durable. 100 projets ont été soumis. Les plus prometteurs bénéficieront d’un soutien ciblé du Fonds pionnier Migros. Car au fond, la question de la croissance de la Suisse n’est plus vraiment de savoir si elle aura lieu. Il s’agit de trouver qui apportera les meilleures réponses pour l’organiser intelligemment.
