Détroit d'Ormuz: l’Arabie saoudite a réalisé un «miracle logistique»
Des milliers de camions traversent actuellement le désert saoudien afin de contourner les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et de préserver une partie des chaînes logistiques, rapporte le Wall Street Journal. Selon le quotidien new-yorkais, le groupe minier saoudien Maaden, contrôlé par l’Etat, a récemment mobilisé en l’espace de deux semaines des opérateurs ferroviaires et des transporteurs routiers pour acheminer des engrais par voie terrestre.
«Nous sommes passés de 600 à 1600, puis à 2000, et maintenant nous avons 3500 camions qui circulent entre le Golfe et la mer Rouge», a affirmé le directeur de Maaden, Bob Wilt, au Wall Street Journal. Les camions sont conduits par deux chauffeurs et roulent pratiquement sans interruption.
Si cette initiative ne peut ni remplacer les capacités du transport maritime ni résoudre les pénuries de kérosène et d’autres produits énergétiques, elle contribue toutefois de manière significative à atténuer la pénurie d’engrais, qui menace l’approvisionnement alimentaire mondial.
Un défi colossal pour contourner Ormuz
Des compagnies maritimes comme MSC et Maersk recourent elles aussi au transport routier. Bob Wilt a indiqué au Wall Street Journal que Maaden aurait résorbé son retard à l’exportation d’ici à la fin mai. «Je ne sais pas si je croyais réellement que nous pourrions y arriver», a-t-il confié.
Le petit port de Khor Fakkan, situé dans le golfe d’Oman, connaît lui aussi une forte hausse du trafic depuis que de plus en plus de transports évitent le détroit d’Ormuz en passant par voie terrestre. Selon le journal, environ 100 camions y circulaient chaque jour auparavant; ils seraient désormais près de 7000. Jusqu’ici, l’exploitant du port, Gulftainer, se contentait principalement d’y transférer des conteneurs d’un navire à l’autre.
Mais le port est désormais rempli de camions chargés de marchandises. Le trafic hebdomadaire de conteneurs serait passé de 2000 à 50 000 depuis le début de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis en Iran. Gulftainer a donc recruté 900 nouveaux employés en deux semaines et aménagé une nouvelle zone de tri pour poids lourds afin d’organiser et expédier les cargaisons. Farid Belbouab, le directeur de Gulftainer, explique:
L’Arabie saoudite développe son activité dans les terres rares
Pour le groupe saoudien Maaden, la crise constitue également un test grandeur nature. L’Arabie saoudite a demandé à l’entreprise d’augmenter fortement sa production de phosphate, d’or et d’aluminium, avec des investissements prévus d’environ 110 milliards de dollars. En partenariat avec l’entreprise américaine MP Materials, Maaden construit en outre une raffinerie destinée au traitement des terres rares. Le royaume devient ainsi un acteur central dans les efforts occidentaux visant à réduire la dépendance à la Chine.
Maaden contribue donc grandement à faire de l’Arabie saoudite le troisième exportateur mondial de phosphate, après le Maroc et la Chine.
Un «miracle logistique» de l'Arabie saoudite
Le transport alternatif à travers le désert était encore considéré comme relativement simple à mettre en place. La situation s’est révélée plus complexe dans les ports de la mer Rouge, qui ne sont pas conçus pour le commerce du phosphate. Maaden y a installé des entrepôts provisoires pour les engrais et mis en place des systèmes de conduites permettant de transférer l’acide sulfurique corrosif – un composant essentiel de la production de phosphate – vers des camions-citernes en acier inoxydable.
Mais le transport terrestre reste inefficace, car de nombreux camions repartent à vide depuis les ports, a reconnu Bob Wilt. Toutefois, la forte hausse des prix des exportations compenserait les coûts logistiques supplémentaires. L’entreprise étudie désormais la manière d’adapter ses infrastructures afin de faciliter l’accès aux ports de la mer Rouge, devenus stratégiques.
Au début du conflit, les analystes du cabinet spécialisé CRU doutaient encore de la capacité de l’Arabie saoudite à poursuivre ses exportations. Pourtant, selon les données de l’entreprise d’analyse Kpler, plusieurs cargaisons de phosphate en provenance du port saoudien de Yanbu ont récemment atteint Djibouti, la Thaïlande ou encore l’Argentine. L’analyste de CRU Peter Harrisson qualifie désormais cette réaction de crise de «miracle logistique saoudien». (trad. hun)

