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Johan Djourou: «Je me suis presque demandé pourquoi tu vis»

Johan Djourou a quitté les terrains de football et anime un podcast dans lequel des anonymes racontent des vécus extraordinaires. Pour assurer la transition, nous lui avons fait une interview «dernière fois». Et les confidences ont jailli.



La dernière fois que vous avez porté le maillot de la Nati. Si je ne dis pas de bêtises, c’était en Angleterre, en septembre 2018. Je ne savais pas que c’était ma dernière fois. J’étais bien, content. Je ne pouvais absolument pas imaginer que je ne reviendrais plus.

Bio

Johan est né le 18 janvier 1987 à Abidjan de l’union entre Angéline et Joachim Djourou. Il est arrivé à Genève un an plus tard pour y rejoindre Danièle, la deuxième épouse de son père. Après la séparation du couple trois ans plus tard, Johan est resté vivre avec Danièle, qui l’a adopté en 1993.

La dernière fois que vous vous êtes extasié devant un sportif.
Si je ne devais en choisir qu’un, ce serait LeBron James. Pour sa longévité, son éthique de travail. Je pense même que des gens comme lui ont été un moteur dans ma carrière. J’ai toujours bossé mais quand je voyais des athlètes de ce niveau travailler sans relâche, je me disais: mais tu es qui, toi, pour ne pas en faire autant?

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LeBron James.

La dernière fois que vous avez eu envie d’embrasser votre entraîneur.
Embrasser comment?

Congratuler, remercier.
Accolade? J’ai envie de répondre: tous mes entraîneurs. Tous ceux qui m’ont porté vers le haut quand j’étais jeune. Au sommet, ça devient plus simple, tu te forges ta propre opinion. Mais quand tu es jeune et qu’un mec te dit «toi, tu as la capacité de devenir un grand joueur», c’est là que tout se joue.

Arsène Wenger a prononcé cette phrase quand vous aviez 16 ans…
Et j’aurais tellement voulu donner cette accolade-là! J’aurais voulu lui sauter dessus et crier: Merci, boss!

Mais il n’était pas très câlin, Wenger.
Si, détrompez-vous. Il avait ses moments vulnérables. Dans le foot, il y a toujours un peu de pudeur, de virilité. Mais avec Arsène, il y avait aussi des câlins.

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Arsène Wenger.

La dernière fois que vous avez eu envie de massacrer votre entraîneur.
Sans aller jusque-là, j’ai eu des différends avec Markus Gisdol, à Hambourg. Autant je ne suis pas bagarreur, autant lui, par moments… Mais en fait, je ne nourrissais aucune haine car je ne voulais pas m'abaisser à son niveau. Il était un peu manipulateur. Un peu coincé. Pas très confiant. Et quand tu mets des gens pas très confiants au pouvoir, tu vois vite arriver les problèmes.

Fußball: Bundesliga, Hamburger SV - Werder Bremen, 7. Spieltag, am 30.09.2017 im Volksparkstadion in Hamburg. Hamburgs Trainer Markus Gisdol steht vor dem Spiel am Spielfeldrand. (Wichtiger Hinweis: Aufgrund der Akkreditierungsbestimmungen der DFL ist die Publikation und Weiterverwertung im Internet und in Online-Medien während des Spiels auf insgesamt fünfzehn Bilder pro Spiel begrenzt.) (KEYSTONE/DPA/Christian Charisius)

Markus Gisdol. Image: DPA

La dernière fois que vous avez fêté quelque chose.
Les 6 ans de ma fille, Julia. Les anniversaires de mes filles, c’est sacré. On les anticipe 364 jours à l’avance.

Papa gâteaux?
Je suis fan de mes filles. Totalement fan. Et en même temps, je ne les protège pas. J’essaie de leur expliquer ce qu’est la vie. Je n’évite aucun sujet. On parle de tout.

La dernière fois que vous avez pleuré?
L'autre jour, en pensant à ma mère en Afrique. En pensant à tout le chemin parcouru, aux choix qui lui ont été imposés.

La dernière fois que vous vous êtes senti vieux.
Au FC Nordsjaelland. La moyenne d’âge était de 20 ans et j’en avais 33. Mais j’ai envie de dire: l’âge, c’est quoi? Je me sens jeune, moi! Je me sens respirer la vie! Je cours encore vite et longtemps. Pourquoi je serais différent des gars de 20 ans?

Parce que le football a énormément évolué, dit-on souvent.
Sur ce plan, c'est vrai, les jeunes ont accès à des données, à une connaissance, que nous n’avions pas il y a quinze ans. L'affirmation de soi, aussi. On attend désormais d’un footballeur qu’il exprime ses opinions et sa personnalité. A l’époque, c’était tabou. Tu devais être d’accord avec le coach. Tu en avais peur, même.

La dernière fois que vous vous êtes dit que vous aviez de la chance?
Tous les jours. Je le pense tous les jours.

C'est votre nature positive?
Oui, mais parce que j’ai du vécu. Je connais ma chance. Quitter ta mère jeune, te faire adopter, ça te fait voir la vie autrement.

La dernière fois que vous avez eu envie de fuir?
Je ne suis pas un fuyard, ce n’est pas du tout moi. J’essaie de vivre dans le présent, toujours. D’aller voir en dessous, derrière les évidences. Je veux être là et comprendre, créer une connexion avec les gens en face de moi.

Swiss defender Johan Djourou makes a selfie with a fan during the Swiss soccer national team training session, at the Stadium Maladiere, in Neuchatel, Switzerland, Wednesday, May 24, 2017. Switzerland will play Belarus on June 1st in Neuchatel for a friendly soccer match on the side line of the 2018 Fifa World Cup group B qualification. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Image: KEYSTONE

La dernière fois que vous vous êtes senti très fort?
J’ai envie de dire: Très souvent. Sinon tout le temps. Encore aujourd’hui, je me sens très fort. Mais avec moi, ça peut vite tourner... Il suffit qu’une remarque me touche et je bascule. J’ai un côté anxieux. Je suis assez dans les extrêmes. Je peux donner une impression de confiance absolue et, au fond de moi, ressentir une insécurité totale.

La dernière fois que vous avez eu très mal?
Quand je me suis cassé la mâchoire, à 15 ans. C’était un match contre Chênois, j’ai réussi mon tacle mais en voulant sauter, l’autre a planté son genou dans ma figure. J’étais tout seul à la maison, ma mère était partie en vacances. J’ai pensé qu’il fallait quand même manger un truc et j’ai eu la mauvaise idée de croquer dans un Donuts un peu dur. J’ai senti une décharge dans toute la tête. Cela dit, j’ai fait comme si de rien n’était parce que, le lundi, j’étais appelé en équipe nationale. J’ai réussi à me convaincre que je n'avais rien. Mais je n’ai pas dormi de la nuit et ma belle-mère a insisté pour que j’aille à l'hôpital, où on m’a diagnostiqué une triple fracture de la mâchoire.

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De nombreuses heures de vol avec l'équipe de Suisse.

La dernière fois que vous avez regretté vos paroles?
Avec l’une de mes filles. Mais en même temps, faut-il regretter? (Longue réflexion) Pour tout vous dire, j’avais une mère adoptive qui me laissait beaucoup de liberté et un père plus dur qui, lui, n’était pas toujours là. Il y a eu dans ma vie des mots tellement intenses, négatifs, que je me suis demandé, peut-être pas pourquoi tu vis, mais… En clair, si une personne te dit qu’elle ne t’aime pas comme une mère, tu prends beaucoup de distance avec ce qu’est l’amour et l'attachement. Alors mes filles, je leur donne tout. Aucun faux-semblant: Je dis tout ce qui va et ne va pas. Avec ma grande de 12 ans, on a parfois des échanges vifs. Je peux avoir des mots très durs, mais ils ne sont jamais blessants. Et je ne crie pas. Il m’arrive malgré tout de penser que je suis allé trop loin. Et en fait, non: Il faut que ma fille comprenne. Qu’il n’y ait pas d’équivoque entre nous.

Johan Djourou sur le racisme

Vidéo: RTS

La dernière fois que vous avez dit «je t’aime»?
Tous les jours. Demandez à Elio (réd: Elio Sabo, fondateur de Stax Sports, assis à côté, acquiesce). Combien de fois par jour je lui dis: je te kiffe, je t’aime mec, tu es trop fort? Pour moi, il est capital que les gens que j’aime le sachent. Mais la vraie question, c’est: Pourquoi?

Alors pourquoi…?
Parce qu’un jour, ma mère m’a dit qu’elle ne m’aimait pas. J’ai reçu cette phrase à un jeune âge, ça fait mal, mais j’ai pensé que ma mère avait ses raisons. C’était une telle contradiction pour moi, aimer quelqu’un et lui dire qu’on ne l’aime pas, que j’ai toujours évité de reproduire ce schéma. Moi, je veux que ce soit clair. Je veux exprimer ce que je ressens. A 100 %. Les gens que j’aime, ils sont au courant.

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Avec Denis Zakaria et Yvon Mvogo en équipe de Suisse.

La dernière fois que vous avez supporté une équipe qui n’était pas la vôtre?
Le Milan AC. Je suis fan depuis tout petit. Avec Johan Tadeo, un coéquipier à Carouge, on a eu le privilège de visiter San Siro. On était gosses. Là, tu vois, c’est vraiment quand tu rêves. C'est quand tu es gamin et que tu entres dans un stade avec les yeux écarquillés. Même le terrain de la Fontenette, à Carouge, j’ai rêvé de le fouler. Et puis un jour, j’ai joué à San Siro… J’ai revu le petit gamin dans le stade, les marches, le corridor, le musée, les vestiaires.

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Le jour où Johan Djourou (ici avec Mikel Arteta) réalise son rêve de gosse et joue à San Siro.

Avez-vous eu l'occasion de signer au Milan AC?
J’ai eu des offres, oui; du Milan AC et de l’Inter. C’était en 2006, après un Suisse-Italie où j’ai réussi un match extraordinaire. Mais je suis resté fidèle à Arsenal.

La dernière fois que vous avez pris une grande décision? Dernièrement, je pense. Quand j’ai décidé d’arrêter ma carrière. J’ai quand même fait ce sport pendant 17 ans. C’était très intense, comme réflexion. Ma chance, c’est que j’ai toujours eu de l’intérêt pour des milliers de choses. J'ai bifurqué immédiatement vers d'autres activités prenantes.

«Face au Miroir», le podcast de Johan Djourou qui cartonne

Le pitch: Que ressent-on quand on tue quelqu’un accidentellement, qu’on trouve une somme d’argent astronomique dans le tram, ou qu’on qu'on vit une expérience de mort imminente? Un podcast plein de rires, de pleurs, et d'histoires vraies, racontées sans filtre par les invités de Johan Djourou.
Le off: «A mes yeux, la réussite n’a jamais été liée au statut ou à la fortune, mais au bagage de vie. Avec ces rencontres, je veux honorer le vécu.»
Le lien: https://www.youtube.com/channel/UCHOY7GfBRJUPf7F0-fO-82w

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