Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
Sur le plan sportif, les Suissesses sont dans une position confortable: après leur victoire 7-3 en Hongrie, elles abordent le match retour des barrages pour le Mondial contre Israël, à Sion, avec quatre buts d'avance. «Nous devons néanmoins rester concentrées», prévient la défenseuse de la Nati Viola Calligaris. Les Suissesses ont beaucoup réfléchi à la dimension politique de cette rencontre en amont. Calligaris affirme:
Sur le plan politique, la rencontre reste toutefois sensible. Avant le match aller, des débats avaient éclaté sur l'éventualité d'un boycott de la rencontre par les Suissesses. L'Association suisse de football (ASF) avait laissé à chaque joueuse la liberté de renoncer à affronter Israël. Mais aucune n'a fait usage de cette possibilité. En portant un brassard noir lors du match aller et en observant une minute de silence pendant leur dernier entraînement, les Suissesses ont rendu hommage aux victimes des guerres dans le monde entier.
Alors que les joueuses souhaitent se concentrer sur le football, les responsables de la sécurité évaluent la situation en permanence. «Le dispositif de sécurité peut être adapté jusqu'au jour de la rencontre», explique Daniel Imboden, porte-parole de la police cantonale valaisanne. Il ne précise pas si le match est considéré comme une rencontre à haut risque:
La police ne précise pas non plus si les mesures de sécurité seront renforcées par rapport à d'autres matchs internationaux féminins. L'Association suisse de football reste tout aussi évasive.
Le traumatisme des JO de Munich 1972
La protection des délégations sportives israéliennes s'inscrit dans un contexte historique particulier. Lors des Jeux olympiques de Munich, en septembre 1972, des membres de l'organisation terroriste palestinienne «Septembre noir» avaient attaqué les quartiers de l'équipe israélienne. Deux membres de la délégation avaient été assassinés, neuf autres pris en otage, puis tués lors de l'opération de libération. Un policier allemand avait également perdu la vie.
Comme l'a rapporté l'émission allemande «Sportschau», diffusée sur ARD, l'attentat de Munich a durablement marqué l'organisation de la sécurité israélienne. Depuis, Israël ne compte plus uniquement sur les forces de sécurité du pays hôte pour protéger ses athlètes. Selon le média allemand, ceux-ci sont donc accompagnés par des agents de sécurité de leur propre pays.
Avant les Jeux olympiques de Paris en 2024, The Times of Israel avait écrit que des membres du service de sécurité intérieure israélien, le Shin Bet, assureraient la protection de la délégation. Ces agents seraient armés et collaboreraient avec les forces de sécurité françaises, avait expliqué Lior Akerman, ancien membre du Shin Bet.
Les autorités concernées ne souhaitent pas confirmer, malgré les sollicitations, si des agents de sécurité israéliens assurent également la protection de l'équipe nationale lors de cette rencontre internationale féminine. Daniel Imboden déclare:
Si des agents de sécurité officiels israéliens souhaitaient introduire des armes en Suisse dans le cadre de leur mission de protection, l'Office fédéral de la police (Fedpol) serait l'autorité chargée d'examiner les demandes et de délivrer les autorisations d'importation d'armes. «Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer que des permis de port d'armes ont été délivrés dans un cas particulier», écrit sa porte-parole Berina Repesa. Le Service fédéral de sécurité de Fedpol protège notamment les personnes envers lesquelles la Confédération a des obligations de protection en vertu du droit international. Berina Repesa précise:
L'ambassade d'Israël à Berne refuse elle aussi, par principe, de s'exprimer sur les mesures de sécurité. Le chef de mission adjoint Ronen Medzini se limite, dans sa réponse, à l'aspect sportif de l'événement:
Les drapeaux d'autres nations sont interdits
Le match international masculin entre l'Autriche et Israël, disputé le 24 septembre à Linz, a montré à quel point les mesures de sécurité peuvent être importantes lors d'une rencontre face à la sélection de l'Etat hébreu. Le match avait été classé à haut risque, ce qui avait conduit la police à renforcer sa présence, à tenir une unité spéciale en alerte et à déployer des chiens détecteurs d'explosifs ainsi que des drones.
Les spectateurs avaient été soumis à des contrôles plus stricts. Selon la police, tant le match que les deux manifestations propalestiniennes s'étaient déroulés sans incident particulier.
Les autorités ne précisent pas si les mesures prises à Sion seront aussi importantes. Une consigne est toutefois claire. L'ASF indique:
Les drapeaux palestiniens seront donc interdits dans le stade. Sur son site internet, la fédération adresse également cet avertissement aux supporters: «Veuillez noter que des contrôles aléatoires seront effectués à l'entrée et que les drapeaux non autorisés seront confisqués.» Les quatre buts d'avance de la Nati ne changent rien au caractère politiquement sensible de cette rencontre.
Adaptation en français: Yoann Graber
