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Cette ex-star du sport suisse raconte «sa descente aux enfers»

Die Schweizer Schwimmlegende Dano Halsall posiert mit einer Omegauhr Modell Planet Ocean in einem Schwimmbad, undatierte Aufnahme. Auf den Tag genau vor 20 Jahren - am 20. Juli 1985 - stellte Dano Hal ...
L'image que tout le monde garde de Dano Halsall: belle gueule, superbe nageur.Image: PHOTOPRESS

Dano Halsall raconte son calvaire: «Je suis devenu une sorte de zombie»

Pour tout le monde, Dano Halsall est un modèle de réussite, belle gueule et grande carrière. Mais à quelques jours de ses 60 ans, la réalité est bien différente: l’ancienne star de la natation lutte contre des douleurs violentes et quotidiennes.
13.02.2023, 18:3416.02.2023, 13:31
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Les échanges ont duré plusieurs mois avant que Dano Halsall n’accepte une interview. D’un texto décidé, il nous donne rendez-vous dans un café populaire de Lausanne. C’était le bon moment. Le moment de raconter. Les rumeurs disent qu’il ne va pas très bien mais l’ancienne star de la natation n’en montre rien, buste fier et teint hâlé, tchatche genevoise, toujours ce sourire qui a fait couler tant de mascara. Il insiste: ça va. Il y a pire. Il ne veut «pas tomber dans le pathos».

Pendant cinq heures, avec des mots choisis et une grande pudeur, Dano Halsall a raconté sa souffrance quotidienne, son dos cassé, sa vie brisée, sa gueule de junkie bourrée de médics du matin au soir, des mois entiers complètement paumés, «prisonnier de la douleur et du mental». Une douleur violente, prenante, permanente.

«J’ai perdu ma légèreté, ma confiance en moi et ma joie de vivre. Ça m’a coûté mon mariage, mon job, mes amis et ma vie sociale»

«Pour en sortir, j’ai tout essayé. Puis j’ai décidé de n’écouter que moi-même. La maladie est toujours là mais j’ai enfin appris à l’accepter.»

Par instants, l’histoire de Dano Halsall paraîtra tragique. Tout ce qu’il ne voulait pas: du pathos à la douzaine. Mais c’est une histoire vraie, sincère, extraordinairement inspirante pour des milliers de grands éclopés. C’est l’histoire d’un homme qui était doué en tout, facile, tranquille, et qui a surmonté avec des valeurs de ténacité, un peu miraculeusement, ce qu’il finit tout de même par appeler «ma descente aux enfers».

Bio

Dano Halsall est né le 16 février 1963 à Genève, d'un père jamaïcain et d'une mère suisse. Sur 50 m nage libre, il est vice-champion du monde et participe aux Jeux olympiques de Barcelone. Le 21 juillet 1985, à Bellinzone, il bat le record du monde en 22''52.

L'après-carrière: encore des succès rapides

A sa retraite sportive, Dano Halsall devient personal trainer pour VIP. «J’étais assez réputé. Quand tu entres dans ces cercles, les gens se passent ton nom.» Il coache des stars du showbiz et des affaires. «Avec l’activité physique, on crée vite des liens intimes. On échange des confidences. J’ai eu la chance de vivre des rencontres extraordinaires.»

Dans la foulée, il lance une chaîne de fitness avec un associé. «Avec ma notoriété et son expérience, on a eu rapidement beaucoup de succès, les ventes d’abonnements ont explosé. J’ai poursuivi dans le monde du wellness en participant à la création d’une marque de compléments alimentaires.»

Avec les Rita Mitsouko.
Avec les Rita Mitsouko.

En 2011, une entreprise générale de construction lui propose une reconversion dans l'immobilier. «Je n’y connaissais rien mais j’ai appris. Je vendais tous les objets que cette entreprise construisait. De fil en aiguille, j’ai ajouté des clients privés. Là encore, j’ai été efficace au niveau des contacts et de la communication. Je me suis bien débrouillé et j’ai commencé à additionner les mandats. C’est là que les problèmes ont commencé.»

Le choc: «J’ai le dos d’une personne de 80 ans»

«Comme j’avais moins de temps pour faire du sport, j’ai pris un abonnement de fitness juste à côté du bureau. J’y allais trois fois par semaine. Mais au bout d’un moment, j’ai ressenti de violentes douleurs dans le dos. Quand je restais assis plus d’une heure, je me relevais comme un petit vieux. Sur les conseils d’un ami médecin, j’ai passé un scanner au CHUV. Cet ami était désemparé: “Je ne sais pas que te dire. C’est la catastrophe.” Il m’a expliqué que j’avais le dos d’une personne de 80 ans. De l'arthrose lombaire. Plus de disque. Des vertèbres mal empilées. Des nerfs coincés.»

«Ma mère a énormément d’arthrose et j’en ai hérité. L’activité physique intense a accéléré le processus de dégradation. Je suis allé voir plusieurs chirurgiens réputés qui m’ont dit: “Désolé mais selon nous, ce n’est pas opérable”. Je l’ai mal vécu. J’ai pensé qu’ils ne voulaient pas m’opérer. Puisque personne n’avait de solution, j’ai fait le tour des pseudos spécialistes. Et pendant ce temps, la douleur a atteint une intensité insupportable.»

«Je dois l’avouer, je n’ai tenu que grâce aux médicaments. J'ai commencé par des antalgiques mais assez vite, ils ne faisaient plus effet. Je suis passé au stade supérieur: opiacés, codéine, morphine, etc»

Il sourit. Mais un sourire n’est parfois que le début d'une grimace: «Je ne crois pas être une personne douillette. Je n’ai jamais eu peur de la souffrance physique. Mais mon mal de dos était tout simplement invivable sans médicaments.»

Deux ans après, il retourne voir un des médecins qui avaient refusé de l’opérer. «La situation s’était aggravée. A ce stade, nous pouvions envisager une opération mais il n’y avait qu’une chance sur trois pour que mon état s’améliore. Donc autant de risques que ce soit pareil ou pire. J’ai choisi de continuer les médics....»

Avant ses problèmes, il a fréquenté tous les milieux, du sport au showbiz en passant par la télévision et les affaires.
Avant ses problèmes, il a fréquenté tous les milieux, du sport au showbiz en passant par la télévision et les affaires.

Dans le même temps, l’entreprise générale avec laquelle il collaborait fait faillite. Dano Halsall ne «se laisse pas démonter» et développe ses activités immobilières auprès d’autres constructeurs et particuliers. «Je suis entré dans une sorte de frénésie. Le job prenait tout mon temps. Dans l’immobilier, il faut aller vite. Si tu es en concurrence avec d’autres agences, tu sais que les gens iront souvent vers le premier courtier qui répond à leur mail. J’étais toujours connecté. Je faisais tout moi-même: le marketing, la communication, les dossiers, le secrétariat, les visites, les contrats, l'administratif…»

«Alors oui, j’ai bien gagné ma vie. Oui, j’avais une belle maison, une grosse voiture, de jolies vacances au soleil, des belles années avec de beaux revenus. Oui, mais… J’avais la tête dans le guidon et je me battais contre une grosse concurrence sans foi ni loi.» Ce qui n’a pas arrangé ses problèmes de dos.

«Ma santé a commencé à sérieusement décliner. Pas seulement le dos: on a découvert que j’avais l'aorte fendue sur six centimètres. Sur les trois parois qui constituent ce “tuyau”, deux étaient fissurées. Le sang coulait entre les couches. J’ai donc été opéré en urgence mais j’ai très mal supporté l’opération sous fentanyl. Plus je souffrais, plus ils augmentaient la dose. Je vomissais sans arrêt. J’étais aux soins intensifs et je suis resté quelques jours en observation.»

Avec Pascal Richard.
Avec Pascal Richard.

Pour autant, il n’arrête pas de bosser. «J’étais indépendant. J’avais des objets et des promotions à vendre. A chaque fois, il y avait une agence concurrente juste à côté.» Alors il fait le nécessaire:

«Sur mon lit d’hôpital, entre deux vomissements, j’étais déjà en train de téléphoner pour fixer mes rendez-vous. Ce qui devait arriver arriva: j’ai fait un gros burnout»

Dano Halsall ne dit pas qu’il était stupide mais son regard suggère qu’il le pense. «Le jour où je suis sorti de l’hôpital, mon agenda était plein. En fin de journée, j’ai fait visiter un projet à un couple avec une poussette. Au bout d’un moment, la femme m’a signalé une grosse tache de sang sur mon pantalon. J’avais dû déplacer une barrière pour accéder au terrain et sur les huit points de suture que j’avais à l’aine, trois avaient pété. Le sang avait gouté toute la journée sans que je m’en aperçoive.»

Dano Halsall en rit presque d’autodérision et commande une petite bière. On pensait avoir atteint le point culminant de ses malheurs quand il lance: «A partir de là, ma réelle descente aux enfers a commencé.»

Les médics: «Je suis devenu un vrai junkie»

«Le mal de dos est devenu terrible. Terrible.» Il passe d’un spécialiste à un autre: «Parfois, j’obtenais un sursis de deux ou trois semaines, mais rien de plus.» Puis il entre, comme il dit, «dans le cercle vicieux des infiltrations». Très exactement, «29 infiltrations de cortisone dans le dos en moins de deux ans».

Il l’avoue humblement, avec un petit air contrit: «Je suis devenu un junkie. Le vrai junkie qui a besoin de sa dose de cortisone ou de morphine pour tenir, pour supporter la souffrance. On me prescrivait des petites bouteilles de Tramal qui devaient durer un mois mais en réalité, elles tenaient tout juste une semaine.»

Dano Halsall en 2022, sur Canal 9.
Dano Halsall en 2022, sur Canal 9.

Il s’est imaginé la douleur que pouvait ressentir une femme à l’accouchement et s’est dit avec l’ironie du désespoir qu’il était en train d’accoucher tous les jours depuis deux ans. Tout n’était que douleur. «J’avais huit pas à faire de mon lit à la salle de bain mais quand j’arrivais devant le miroir du lavabo, j’étais couvert de sueur. Forcément, je ne pouvais pas dormir. J’ai donc commencé les somnifères, en plus du reste. D’un demi, je suis passé à un. Puis deux, puis trois.»

Au pensum médical a succédé le déclassement social: «J’ai décliné toutes les invitations à des événements, chez des amis ou au restaurant, car il était impossible de rester assis. Petit à petit, je me suis isolé. C’était… Oui, l’enfer.»

«Il m'est arrivé d’appeler le médecin en pleurant pour le supplier de m’infiltrer, pour gagner juste quelques jours de répit. J’en étais à pleurer, moi, pour une piqûre»

«Je sentais qu’avec la douleur, mon mental commençait à s’affaiblir. Je le sentais très bien. Petit à petit, les somnifères assuraient tout juste trois heures de sommeil. J’en reprenais pour prolonger la nuit. Puis encore un. Puis encore un. La journée, je passais à la codéine et la morphine. Pour finir, forcément, je suis tombé en dépression sévère.»

«J’avais 57 ans. J’ai dit à mon épouse que je ne pourrai pas vivre comme ça pendant encore 20 ans. J’en suis venu à penser que seule la mort pourrait me délivrer de cette douleur»

«Je ne supportais plus tous ces médics. J’étais suivi par un psy et voilà que je devais encore ajouter des antidépresseurs. Un beau jour, j’en ai eu assez. J’ai décidé d’arrêter les antidépresseurs du jour au lendemain. J’ai appris plus tard, trop tard, que c’était dangereux, qu’il fallait suivre un sevrage progressif. J’ai sombré encore plus et j’ai commencé à envisager de mettre fin à tout ça.»

L'abîme: «J’en suis venu à croire que je devais payer»

«Je ressentais aussi une forme d’injustice. Je ne fumais pas, je ne picolais pas, j’achetais et je cuisinais des produits sains. J’essayais de maintenir un minimum d’activités physiques. Qu’avais-je fait de mal pour mériter tout ça? Je commençais à croire au châtiment divin. C’est vrai, quoi: j’avais beaucoup reçu. Du talent dans le sport, de la facilité à l’école, de l’aisance dans le relationnel. Les choses m’étaient tombées dessus sans la moindre impression d’effort. Peut-être que c’était trop pour une seule personne et que je devais payer.»

Les souvenirs remontent et permettent de mesurer combien Dano Halsall est tombé de haut (plus on tombe de haut, plus ça fait mal). Mesurer la force morale qu’il a fallu à ce talent inné pour affronter des difficultés aussi inhabituelles, irrationnelles - injustes. Il faut imaginer ce Dano Halsall-là, champion du monde, recordman du monde, grand homme du monde. Magnifique nageur. Beau gosse. Belle gueule. Un surdoué qui vivait de glamour et d’eau fraîche. Puis un jour, comme il dit: «Une sorte de zombie.»

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«Enfant, mon idole était Mohammed Ali. Le sportif, mais surtout, l’homme et ses combats en dehors des rings. Je l’aimais pour son côté fonceur, parce qu’il n’avait peur de personne. Mais aussi pour sa façon d’annoncer ses exploits à l’avance. Alors un jour, j’ai fait comme lui… Peu avant mon record du monde du 50 m nage libre à Bellinzone, sur le plateau de la télévision tessinoise, j’ai pointé la caméra du doigt et j’ai lancé: “Venez tous à la piscine dimanche, il va se passer quelque chose.” »

«J’ai baissé mon bas de training, j’ai montré mes jambes toutes épilées et j’ai dit: “Regardez, je suis prêt”»

«A cette époque, je me sentais bien, capable de tout. C’est une sensation difficile à décrire. En quelque sorte, j’ai vécu dans une espèce de flow pendant des semaines. Peu avant mon record du monde, j’ai sauté d’un pont de 18 m dans une eau glacée. Deux jours avant, j’ai bu une bière en terrasse et j’ai traîné tard avec des hôtesses qui vendaient des cigarettes. Le jour J, après mon numéro à la télé, il y avait une foule immense à la piscine. La passerelle et les tribunes étaient pleines à craquer. Je me suis mis dans ma bulle, j’ai plongé, et j’ai battu le record du monde. J’ai traversé tout ça avec une facilité et une décontraction étranges.»

Des victoires écrasantes et faciles.
Des victoires écrasantes et faciles.

«Battre un record du monde et réaliser que jamais aucun être humain n’avait traversé une piscine aussi vite, c’était un grand accomplissement, une grande fierté, une jubilation intense.» Il y repense, il oscille entre sourire et grimace. Encore une fois, il ne peut réprimer un léger frémissement: «Je ne suis pas croyant mais quand je pense à ma descente en enfer, j’ai l’impression qu’on m’envoie l’addition. Que je dois payer pour le talent, la facilité, la réussite, la notoriété et la reconnaissance.»

Il y repense encore, comme un enfant prodige que son créateur aurait renié. «Nager, ce n’était pas un rêve de petit garçon. J’ai commencé car il y avait une piscine dans mon école primaire. A ma première compétition, les entraîneurs du Genève natation sont venus vers ma mère et nous ont poussés dans cette voie. Je n’ai pas eu à me poser beaucoup de questions car j’ai enchaîné les succès très vite.»

Il ne le dit pas trop mais son succès auprès des femmes est venu dans un temps tout aussi record. Dano Halsall est devenu l’ami des stars, parfois leur petit ami. Il a posé pour de grands photographes, souvent nu, et a défilé pour de grands couturiers. Il a eu ses entrées à Hollywood, à Monaco, partout. Il avait tous les attributs de la réussite, sauf l’argent: «Je faisais de la natation», s’esclaffe-il de bon cœur.

Dano Halsall, une vie de star

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Dano Halsall, une vie de star
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«Quand on s’entraînait, on devait payer notre entrée à la piscine et il n’y avait même pas un couloir réservé aux nageurs, pros ou amateurs. Aux Championnats du monde de Perth, on nous a demandé une participation aux frais. J’avais la réputation de l’ouvrir tout le temps mais quand tu vas aux JO et que tu ne peux même pas emmener ton coach, alors que la fédération débarque avec des membres que tu n’as jamais vu de ta vie, tu es forcément tenté de râler.»

Dano Halsall confesse un rejet de son sport, comme de nombreux autres tritons fatigués par la vie en vase clos. «Après ma carrière, quand j’approchais une piscine et que je sentais les effluves de chlore, j’avais instinctivement un mouvement de répulsion. Je ne sais pas s’il existe un sport aussi rébarbatif que la natation. Tu as toujours la tête en bas et tu suis une ligne noire. Pas de son, pas d’image. Pas d’odeur. Tu enchaînes les allers-retours pendant des heures. Même champ de vision. Même décor. Même température. Demande à un jogger de courir toute la journée dans un couloir sombre entre un mur et un autre…»

Les thérapies:«J’ai perdu la mémoire»

Une amie qu’il n’avait pas revue depuis longtemps entre dans le café. Elle semble stupéfaite d’apprendre que «ça ne va pas super», comme Dano Halsall le glisse pudiquement. Comment ne pas être surpris? L’ancien champion fête ses 60 ans ce jeudi 16 février et il en paraît quinze de moins. «Le problème avec moi, c’est que “ça” ne se voit pas. Je n’ai aucune blessure visible. Les gens pensent que tout va bien. D’un côté, tant mieux. Mais évidemment que j’ai connu des temps meilleurs…»

Il a fallu chercher longtemps. Souffrir inutilement. «Sur les conseils de certaines personnes, j’ai essayé l’électrocirconvulsivothérapie. Nous avions convenu de huit séances et j’en ai fait 14 sous anesthésie générale. Pour résumer, des électrochocs sont envoyés dans le cerveau, ce qui provoque une crise d’épilepsie. Après ça, normalement, on retrouve goût à la vie. Mais c’est violent et dur. Moi, j’ai mal réagi au traitement. Mon état a empiré et j’ai eu de grosses pertes de mémoire.»

«A l’école, je lisais un papier et je le mémorisais instantanément. Après les séances d’électrochoc, ça n’imprimait plus. J’ai effacé six mois de ma vie. Ma femme me parlait de journées dont je n’ai absolument aucun souvenir, rien»

«J’ai tout essayé. Rien n’a vraiment marché. J’ai eu l’impression de m'enfoncer, mais de m’enfoncer vraiment. Avec la douleur et la dépression, je ne faisais plus rien à la maison. Je descendais de ma chambre uniquement pour manger. Je prononçais 12 mots de la journée. Je devenais un poids, une sorte de zombie.»

La rupture: «J’ai jeté tous les médics»

Dano Halsall ne vit plus avec sa femme. Il n’est pas guéri et il ne guérira jamais: «L'arthrose est dégénérative et ne partira pas. Et la dépression vous change énormément. Mais j’ai appris à faire avec.» L’orgueil du champion, de toute évidence. Mais aussi une formidable pâte humaine.

Dano Hasall enfant, métissage helvetico-jamaïcain. «Les gens sont toujours surpris d'apprendre que j'ai un père black.»
Dano Hasall enfant, métissage helvetico-jamaïcain. «Les gens sont toujours surpris d'apprendre que j'ai un père black.»

«Tous ces médics, ces antidépresseurs, je les ai jetés. J’ai arrêté d’écouter ce que les gens me disaient de faire et j’ai essayé de reprendre ma vie en main. Par exemple, j’ai recommencé le sport, y compris ce que les médecins ne recommandent pas: les squats. La douleur n’a pas disparu mais maintenant, je peux envisager de vivre avec. Je trouve des moyens de cohabiter avec la souffrance quotidienne.»

Il s’est mis à la méditation pleine conscience, «non pour apprendre à combattre la douleur mais pour mieux l'accueillir et l’accepter. En changeant son point de vue, on change son état d’esprit.» Il le sait mieux que personne:

«On entend souvent que le sport de haut niveau, c’est 80% de mental. J’étais assez en avance dans ce domaine. Par exemple, je faisais énormément de visualisation avant qu’elle ne devienne une technique d’entraînement. J’ai battu mon record du monde du 50 m grâce à cette méthode. Couché dans l’herbe, j’ai “entendu” le starter donner à chaque fois le même départ et au moment de la course, j’ai gagné un dixième de seconde sur mon temps de réaction. Toute la course a défilé comme dans mes pensées. J’ai vécu ce flow, cet état de grâce. Quand j’ai touché la plaque d’arrivée, je n’ai pas eu l’impression d’avoir fourni un gros effort.»

En décembre 2022, honoré par le CIO.
En décembre 2022, honoré par le CIO.

Ce flow a peut-être duré 30 ans, une grande carrière comme un long fleuve tranquille. «Enfant, je vivais dans une barre HLM à Onex. Mon père jamaïcain avait un diplôme d’ingénieur civil que la Suisse n’a jamais reconnu. Immigré, il a dû travailler comme ouvrier. On mangeait souvent des pâtes et ma mère confectionnait mes habits. Le sport m’a permis de sortir de cette condition, il m’a donné accès à une autre vie. A des moments et des rencontres extraordinaires.»

Alors Dano Halsall n’a pas envie de se plaindre. Il ne veut pas d’une posture victimaire. Il répète qu’il va de l’avant, que ça reste vivable. On suppose que tout n’est peut-être pas aussi supportable, seul dans son appartement, mais les mots et les yeux ne donnent pas la même réponse - alors on passe à la suite.

Récemment, Dano Halsall a reçu une distinction du CIO, des mains de son président Thomas Bach, pour son engagement dans le don d’organes. Il va reprendre les conférences en entreprises qu’il donnait avant le Covid, mais aussi le conseil, le coaching. «Pas pour parler de mes exploits sportifs mais pour partager mon parcours et mes expériences. Comment gérer le stress et éviter un potentiel burnout? Comment adopter le bon état d’esprit pour gérer la pression au travail? Comment augmenter ses performances en préservant sa santé?»

Personne ne pourra dire que c’est de la pure théorie.

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