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Vers un «surplus» de joueurs étrangers en Swiss League?

Encore une super idée de réforme... Ses instigateurs s’attaquent maintenant au hockey junior. Et c'est grave, parce que la survie du hockey suisse est en jeu.
11.03.2021, 11:5011.03.2021, 20:27
Klaus Zaugg
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traduction: Anne castella / adaptation: yoann graber

À première vue, cette réforme est une simple formalité: rien de spectaculaire. À peine remarquée par le public. Mardi, grâce aux votes des clubs de National League, la formule du championnat élite juniors a été modifiée: il y aura désormais une catégorie moins de 22 ans (U22), alors que les championnats juniors s'arrêtaient jusqu'à présent aux U20. Ce nouveau format devra être appliqué dans deux saisons. Pourtant, les clubs amateurs ont, eux, rejeté cette modification.

En y regardant de plus près, on voit que ce nouveau règlement U22 aura un impact catastrophique pour le modèle, à succès, de formation suisse. Cette réforme pourrait nous faire régresser de plusieurs années.

Dans les grandes nations européennes du hockey, les meilleurs juniors intègrent le hockey adulte dès 18 ans. Lors des championnats juniors les plus importants (Championnat du monde U20), les trois quarts des joueurs ont déjà une place attitrée en première division.

En plus, l’intensité du jeu des ligues juniors nord-américaines de haut niveau est encore plus élevée que celle de la Swiss League (deuxième division helvétique), en raison de leur énorme concurrence: au Canada, il y a 430 000 juniors qui ont une licence, 200 000 aux Etats-Unis et seulement 18 000 en Suisse. Concernant notre pays, pas même la moitié des joueurs en équipe nationale lors du championnat du monde U20 ont une expérience dans le hockey adulte. Et seuls deux ou trois sont sélectionnés pour jouer en National League.

L'attaquant de Fribourg-Gottéron Gaétan Jobin était l'un des rares joueurs sélectionnés avec la Nati lors des derniers championnats du monde U20 à évoluer en National League.
L'attaquant de Fribourg-Gottéron Gaétan Jobin était l'un des rares joueurs sélectionnés avec la Nati lors des derniers championnats du monde U20 à évoluer en National League.Image: KEYSTONE

Le problème de nos juniors

Le problème de nos meilleurs juniors n’est pas leur endurance ou leur technique, mais leur manque d’intensité dans les matchs: ils restent dans le slot et jouent le long des bandes. En Suisse, c’est cette intensité de jeu qui manque aux ligues juniors, et qui ne peut s’apprendre que dans les équipes adultes. Lors du dernier championnat du monde U20 justement, le sélectionneur national Patrick Fischer s’est plaint de ce manque de dynamisme.

La meilleure catégorie de jeu en Suisse pour former des hockeyeurs? De loin la Swiss League. Un modèle de succès dans le monde entier. C’est une ligue «hybride» composée d’équipes de haut niveau et de «clubs fermes». La preuve: les formations de National League qui n’ont pas d’équipes fermes, comme le CP Berne ou le HC Bienne, envoient leurs meilleurs juniors se former en Swiss League. Le gardien de Berne, Philip Wüthrich, ou encore son défenseur Mika Henauer ont été initiés à un plus haut niveau à Langenthal (BE). Ce qui n’aurait pas été possible dans un championnat juniors U22.

Zoug a formé un grand nombre de joueurs dans son équipe réserve de Swiss League (Zoug Academy) et la plupart des éléments suisses des ZSC Lions sont passés par les GCK Lions. Du côté d'Ambri, le directeur sportif Paolo Duca, affirme que l'équipe ferme du club léventin, les Ticino Rockets, a dépassé les attentes: la première équipe d’Ambri compte quatorze joueurs qui ne pourraient pas jouer en première division sans les Rockets.

Tim Ulmann des GCK Lions (maillot noir au centre) à la lutte avec des joueurs du HC Davos (National League) lors d'un match de Coupe de Suisse en 2016.
Tim Ulmann des GCK Lions (maillot noir au centre) à la lutte avec des joueurs du HC Davos (National League) lors d'un match de Coupe de Suisse en 2016.Image: KEYSTONE

Qu’en est-il des conséquences de cette réforme?

La (brillante) idée née dans les bureaux du responsable de la formation, Markus Graf, va totalement à l’encontre de la tendance internationale. Dans deux saisons, les ligues juniors de haut niveau devront aller jusqu’aux U22. Nos meilleurs éléments devront donc attendre deux ans de plus avant d'évoluer dans les catégories adultes.

Conséquence: les meilleurs jeunes vont décamper en Suède ou en Amérique du Nord dès que possible. Ceux d’entre eux qui n’auront pas réussi à intégrer le hockey adulte (National League et Swiss League) à la fin de leurs années de juniors en U22 devront se contenter d'une carrière dans le monde amateur ou alors d’une transition dans la vie active hors sport professionnel. Et quasiment aucun junior qui restera ici ne connaîtra l’intensité du hockey adulte au moment de disputer les championnats du monde U20 avec la Suisse.

Les clubs de National League affirment que les meilleurs parmi les juniors pourront profiter de leurs excellentes infrastructures et aussi s’entraîner avec la première équipe. Mais rien ne vaut la pratique en adulte, là où chaque match compte, où l'opposition de l'adversaire est plus forte. En plus, les résultats n’ont pas d’importance en ligues juniors. Alors même si un joueur survole ces catégories, il n’a pas l'opportunité de progresser.

D’où sort cette idée?

Selon la National League, la création de ce championnat U22 permettrait d’élever le niveau de la plus haute catégorie juniors. Mais en réalité, elle est totalement en défaveur de la Swiss League: la National League et la Swiss League deviendront deux organisations indépendantes, qui feront leur publicité et leur couverture médiatique chacune de leur côté et qui seront concurrentes sur le marché économique. Les représentants des clubs de National League veulent affaiblir la Swiss League. Pour la première fois dans l’histoire, les deux plus hautes ligues travailleront l’une contre l’autre, au détriment du hockey.

A cause de ce règlement U22, les clubs de Swiss League seront privés de plus de 100 joueurs: tous ceux appartenant aux catégories U22 et plus jeunes. Un passage envisagé dans le règlement stipule que, pour un joueur, un retour dans la catégorie U22 ne sera plus possible après avoir évolué en Swiss League.

Le championnat U22 marquera à coup sûr la fin des Ticino Rockets et de la Zoug Academy, puisque ces équipes sont composées en grande partie de joueurs U22, qui vont donc être utilisés pour ce championnat. Seuls les GCK Lions resteront plus ou moins en Swiss League: Zurich, qui s’oppose à cette idée de réforme, maintiendra dans tous les cas son équipe ferme en Swiss League et continuera d'y former ses meilleurs juniors pour le hockey adulte.

Le rapport avec le «surplus» d’étrangers?

Entre-temps, les stratèges de la Swiss League ont mis au point en cachette un plan d’urgence assez spécial: les jeunes joueurs qu’on aura perdu à cause de la formule U22 devront être remplacés par des joueurs étrangers U22. Les deux étrangers qui sont déjà dans l’équipe, sans restriction d’âge, pourront rester. Voilà ce qui nous conduira à un «surplus» d’étrangers en Swiss League.

Les conséquences de cette réforme sautent aux yeux: nos meilleurs juniors partiront en Scandinavie et en Amérique du Nord et le niveau de notre meilleure ligue juniors baissera encore plus. Qu’est-ce qu’on obtient en contrepartie? On va devoir s’occuper de former des jeunes joueurs slovaques, tchèques, autrichiens, anglais, français, polonais, danois et slovènes bon marché.

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