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Alain Berset, chef du Département fédéral de l'intérieur. Berne, 11 août 2021.
Alain Berset, chef du Département fédéral de l'intérieur. Berne, 11 août 2021.
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Victime de chantage, Berset a-t-il abusé des moyens de l'Etat?

L'hebdomadaire alémanique Die Weltwoche insinue que le ministre de la santé Alain Berset, victime d'une tentative de chantage, a abusé des moyens de l'Etat pour se protéger. Qu'en est-il?
18.09.2021, 10:0721.09.2021, 17:36

Alain Berset a-t-il commis un abus de pouvoir? C’est l’un des reproches adressés par la Weltwoche au ministre de la Santé. Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire alémanique, assurant produire de nouveaux éléments, revient sur une affaire de tentative de chantage ayant visé le chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI) en 2019. Dans un article plutôt à charge, quand bien même Alain Berset a été reconnu comme la victime dans l’affaire, la Weltwoche laisse à penser que le ministre aurait abusé de sa position en mobilisant des moyens disproportionnés pour contrer l’attaque dont il était la cible.

Usage abusif des ressources publiques?

A quelle occasion Alain Berset aurait-il usé exagérément de son pouvoir? En plusieurs occasions, selon l’hebdomadaire.

  1. En demandant à l'ancien secrétaire général du DFI son aide dans ce dossier.
  2. En mobilisant des policiers de Tigris (une unité d’élite de la Police fédérale) pour procéder à l'interpellation du maître chanteur, en l’occurrence une femme réclamant au ministre 100 000 francs pour prix de son silence dans le cadre d’une ancienne relation intime, par ailleurs tout à fait légale.

Sont-ce là des moyens disproportionnés? Sous-entendu: pour une affaire intéressant la vie privée d’un ministre? Le débat, si débat il doit y avoir, est lancé.

«Je ne suis pas un allié politique de M. Berset. Il est socialiste, je suis libéral-radical. Mais en aucun cas, les moyens déployés pour mettre fin à cette tentative de chantage, ne me paraissent disproportionnés», affirme le conseiller national valaisan Philippe Nantermod, joint par watson en sa qualité d'élu et d'avocat.

«Tout élu doit résoudre de manière privée un problème privé»

Tous ne partagent pas cet avis sur un usage non-disproportionné, en l'espèce, des moyens de l'Etat. Cité par 24 Heures, le conseiller national vaudois Olivier Feller, diplômé en droit et libéral-radical comme Philippe Nantermod, apporte plus qu'une nuance au propos de son camarade de parti. Estimant que la vie privée ne regarde pas l’opinion publique et que les médias sortent de leur rôle s’ils enquêtent sur la vie sentimentale d’un élu, il ajoute: «Mais quel que soit son rang, tout élu doit alors, en cas de problème dans sa relation, le résoudre de manière privée, sans avoir recours à des ressources de l‘Etat.»

«Une atteinte à la sécurité de l'Etat»

Philippe Nantermod insiste. Il s'explique. «Contrairement à ce que la Weltwoche veut laisser croire, cette tentative de chantage contre un conseiller fédéral n’est pas de nature privée. Etant donné la fonction occupée par Alain Berset, c’est une atteinte à la sécurité de l’Etat et ce n'est pas moins préoccupant que des menaces de mort. La Police fédérale était dans son rôle en protégeant le ministre de la Santé».

Pourquoi envoyer une unité spéciale de police pour arrêter l'ex-maîtresse?

Porte-parole de la Police fédérale, Cathy Maret précise à watson les conditions dans lesquelles l’auteure de la tentative de chantage, condamnée pour ses actes, a été interpellée. «Les policiers de Tigris étaient en appui des deux enquêteurs ayant procédé à l’interpellation, affirme la porte-parole. Ils étaient chargés du transport de la personne appréhendée. Ils n’étaient nullement équipés comme ils peuvent l'être lors d'une intervention dans une situation potentiellement dangereuse. L’interpellation s’est par ailleurs déroulée sans heurt».

Nomination d'un procureur extraordinaire

Le Ministère public de la Confédération a communiqué vendredi sur cette affaire. Il annonce la nomination d’un procureur extraordinaire, chargé de faire la lumière sur une possible violation du secret de fonction. En effet, l’article de la Weltwoche sur Alain Berset a probablement bénéficié d’une ou plusieurs fuites. Au moins trois instances ont pu avoir accès au dossier d'enquête relatif à la tentative de chantage exercée contre Alain Berset: les commissions de gestion du Parlement, l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (AS-MPC) et la Police fédérale.

Alain Berset: No comment

Interrogé à deux reprises sur le sujet, vendredi, lors de la conférence de presse hebdomadaire du Conseil fédéral en période de session parlementaire, Alain Berset a refusé de répondre, affirmant avoir déjà tout dit (lors de la procédure d'enquête).

La Weltwoche a-t-elle bien fait?

La question, à présent, sur laquelle les citoyens se feront un avis: la Weltwoche a-t-elle eu raison ou tort de publier des informations relatives à une affaire jugée? «La Weltwoche, c’est la Weltwoche, c’est un hebdomadaire engagé qui ne se cache pas de faire de la politique, déclare Philippe Nantermod. Elle n'aurait jamais fait un coup pareil aux conseillers fédéraux UDC Ueli Maurer et Guy Parmelin. Mais là, contre un ministre socialiste, elle s'est lâchée.»

Roger Köppel: «La Weltwoche n'épargne pas les personnalités affiliées à l'UDC»

Rédacteur en chef de la Weltwoche, Roger Köppel s'inscrit en faux contre les propos de Philippe Nantermod: «Dans notre hebdomadaire, nous critiquons toutes les formations politiques lorsque nous le jugeons nécessaire et nous ouvrons nos colonnes à l'ensemble du spectre politique, de la droite à la gauche. Par ailleurs, la Weltwoche n'épargne pas les personnalités affiliées à UDC.»

Et Roger Köppel de citer plusieurs exemples à l'appui de sa dernière affirmation, entre autres: la ministre de la Santé zurichoise Natalie Rikli, «en vacances aux Maldives au moment où elle voulait fermer les stations de ski en Suisse»; il y a deux ans, «nous avons qualifié Ueli Maurer de "Demi-conseiller fédéral UDC", parce qu'il était favorable à une réforme de la taxation des entreprises».

Justement, à l'UDC, la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz, vice-présidente du parti, est d’avis que la Weltwoche, réputée proche de l’Union démocratique du centre, «a le droit d’écrire ce qu’elle veut, et l'on peut penser que des médias de sensibilité de gauche n'auraient pas hésité à publier des informations semblables à celle visant Alain Berset, s'il s'était agi d'une personnalité de droite».

«Maintenant, à titre personnel, je n’aime pas les articles sur la vie privée»
Céline Amaudruz

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