Un Romand torpillera-t-il la candidature Amaudruz? Suspense
Céline Amaudruz était prête, les Alémaniques ne l’étaient pas. C’est l’impression qui ressort de la course au ticket UDC en vue de l’élection du successeur de Guy Parmelin au Conseil fédéral le 9 décembre. Le Vaudois avait-il prévu le coup avec la Genevoise? Ce n’est pas tant sa démission, que la date choisie pour sortir du gouvernement, qui a pu prendre de court outre-Sarine. Rien de tout cela à l'Ouest du pays. Une conseillère nationale avec quinze ans d’ancienneté sous la Coupole à Berne et dix à la vice-présidence du parti du patriarche Christoph Blocher, a annoncé sa candidature sans tarder.
Ils se dégonflent
Depuis, ça bouillonne côté alémanique. Dans le même temps, c'est la débandade. Un «tout sauf Amaudruz», mais personne pour se lancer à l'eau. Les femmes pressenties, la Saint-Galloise Esther Friedli et la Zurichoise Natalie Rickli, ont tour à tour renoncé à se porter candidates à la succession Parmelin. La première a dit vouloir privilégier son siège au Conseil des Etats. Quant à la seconde, candidate à sa propre succession au Conseil d’Etat de son canton, en avril 2027, une défaite le 9 décembre prochain devant l’Assemblée fédérale, aurait pu, sinon réduire ses chances ensuite sur le plan cantonal, du moins faire passer un siège au gouvernement zurichois pour un lot de consolation, fait observer un UDC romand.
Un Bernois romand se jette dans la course
Dans les rangs romands, le Vaudois Yvan Pahud s'est retiré de la course sans y être véritablement entré. Le Fribourgeois Nicolas Kolly annoncera sa décision ce vendredi 23 octobre, jour de clôture des candidatures à l'UDC. Toute choses égales par ailleurs, prendra-t-il le risque de se trouver dans la situation inconfortable qu’avait connue le Parti socialiste lors de l’élection manquée de la Genevoise Christiane Brunner au Conseil fédéral en 1993? Elu à sa place, feu le Neuchâtelois Francis Matthey avait décliné son élection, ouvrant la voie à une autre Genevoise, Ruth Dreifuss.
Mais voilà que le Jurassien bernois Pierre-Alain Schnegg, un Romand, donc, mais président du Conseil-exécutif (Conseil d'Etat) du canton de Berne, annonce ce jeudi en début de soirée sa candidature. Le candidat barrage à Amaudruz, francophone dans un canton majoritairement germanophobe, mais surtout rassurant pour les UDC alémaniques? Sachant que le Conseil fédéral compte déjà un Bernois avec Albert Rösti, les chances de Pierre-Alain Schnegg d'être élu sont a priori minces, mais sa candidature, si elle devait être retenue par le parti, pourrait ôter des voix à la Genevoise. L'atout du Jurassien bernois est peut-être d'apparaître comme le candidat du compromis, au sein de l'UDC et par ailleurs situé à la charnière des langues.
Au tour du Tessinois Marco Chiesa
Un troisième latin après Amaudruz et Schnegg se jette dans le bain: l'italophone Marco Chiesa. L'ancien président de l'UDC et actuel conseiller aux Etats tessinois annonce ce jeudi soir sa candidature au ticket UDC, affirmant se mettre à la disposition de son parti.
On attendait un «tout sauf Amaudruz alémanique», pour l'heure, il est semble être latin.
Amaudruz et Parmelin: une longue proximité
Revenons aux liens privilégiés qui unissent Guy Parmelin et Céline Amaudruz. Ils se connaissent. Mieux, ils s’apprécient. Avec le Vaudois Kevin Grangier et le Neuchâtelois Yvan Perrin, la Genevoise faisait partie de l’équipe de campagne qui avait œuvré à l’élection du citoyen de Bursins au Conseil fédéral en 2015. Elle en était même sa porte-parole.
C’est elle qui, un an plus tard, l’appelait sur ton téléphone au lendemain d'un soir d’ivresse au volant pour qu’il la sorte du pétrin. Celui qui dirigeait alors le Département fédéral de la défense avait conseillé à la Genevoise de coopérer avec la police. Cet épisode est l'un des éléments «à charge» que ses opposants, principalement alémaniques, pourraient retenir contre elle au moment du vote.
Un profil d'affairiste pour la NZZ
Mais Céline Amaudruz a payé sa dette à la société et elle est devenue, en quelque sorte, une autre femme. Elle s’est mariée en 2021 et a mis depuis deux enfants au monde. Surtout, elle coche les cases qui peuvent compter, rappelle en «off» un UDC romand:
Cet UDC romand voit dans le tir de barrage de la Weltwoche contre Céline Amaudruz, doublé d’un portrait de la NZZ faisant ressortir une personnalité affairiste protégeant ses intérêts financiers, «la crainte qu’inspire la Genevoise aux milieux zurichois, en même temps que le sérieux qu’ils accordent à ses chances de l’emporter le 9 décembre».
Un trop grand risque avant les fédérales de 2027?
Ce même observateur de l'intérieur n’imagine pas que la candidate du bout du Léman ne figure pas sur le ticket que le parti souveraino-conservateur présentera aux grands électeurs du Parlement fédéral.
L’UDC pourrait y perdre des plumes électorales, analyse l’historien de la politique suisse Olivier Meuwly, membre du PLR:
Est-ce à dire que les jeux sont faits? Notre UDC romand ne l’exclut pas:
Il poursuit: «Cela pourrait expliquer les renoncements de femmes et d'hommes réputés puissants en Suisse alémanique, même si certains peuvent encore sortir du bois d'ici le délai de clôture des candidatures. Ceux qui ont renoncé ont peut-être jugé qu’il serait difficile de gagner face à une femme romande.»
Les Romands et Genève dans la balance
Le critère linguistique, dont l’UDC considère qu’il n’en est pas un dans la présente élection, pas plus que celui du genre à ses yeux, pourrait au contraire compter dans une période marquée par une forme de désengagement en Suisse alémanique sur l’enseignement du français dès l’école primaire. De même, les parlementaires fédéraux pourraient estimer important d’arrimer plus fermement Genève, territoire excentré, mais plus gros contributeur de la péréquation financière intercantonale, à la Suisse.
Pour les opposants à Céline Amaudruz au sein du parti, il ne reste plus qu'à sortir de leur chapeau le «profil idéal» qui permettrait d’éviter l’élection de la Genevoise. Pierre-Alain Schnegg est peut-être celui-ci. La candidature, avant lui, cette semaine, du Soleurois Rémy Wissmann, qui se présente comme l’homme du pont entre la Suisse alémanique et la Suisse romande, pourrait participer de cette stratégie.
L'Otto Stich du 9 décembre?
Elu le 9 décembre, sera-t-il l’Otto Stich, un socialiste, soleurois lui aussi, que les Chambres fédérales avaient préféré à la Zurichoise Lilian Uchtenhagen lors d’une élection au Conseil fédéral en 1983? A ceci près que les socialistes de l’époque n’avaient pas mis Otto Stich sur leur ticket.
L’UDC romand cité précédemment croit peu aux chances du conseiller national Rémy Wissmann, qu’il dit bien connaître. Au demeurant, un conservateur affirmé, membre de Pro Suisse, le comité à l’origine de la votation refusée pour un renforcement de la neutralité.
Nicolas Kolly veut se donner du poids
Les voies d’une élection fédérale étant grandement impénétrables, même la plus élaborée des conjectures peut voler en éclats le jour venu. Soit les Chambres fédérales privilégient le scénario «femme romande», et Céline Amaudruz sera élue, soit elles ne peuvent se résoudre à l’élire, la trouvant insuffisamment bâtie pour le poste, et l'UDC devrait alors trouver un moyen de sauver les apparences. Par exemple en présentant un ticket à trois: un Alémanique et deux Romands, dont Céline Amaudruz.
On pensait très fort à Nicolas Kolly jusqu'à la fin d'après-midi de ce jeudi. Il faut désormais ajouter le Jurassien bernois Pierre-Alain Schnegg, 63 ans. Le Fribourgeois Kolly, âgé de 40 ans, se déclarera-t-il candidat? Ou attend-il le dernier moment pour renoncer avec panache et donner du poids, qui sait, à un éventuel soutien à Céline Amaudruz? Réponse ce vendredi à la mi-journée.
