Cet architecte suisse devient une star à 83 ans
L'architecte suisse Peter Zumthor a passé l'essentiel de sa carrière à diriger un cabinet niché dans les Alpes, pendant que les stars de sa génération sillonnaient la planète. A 83 ans, il prend enfin la lumière.
Après avoir achevé sa plus grande commande - le musée d'art de Los Angeles (LACMA) -, il est le sujet d'un documentaire du réalisateur allemand Wim Wenders. Tourné en 3D, From Inside Out: The Architecture of Peter Zumthor propose une visite immersive de bâtiments construits par cet artiste-architecte, connu pour son travail méticuleux et minimaliste.
Parmi ses projets les plus connus figurent un bâtiment de bains thermaux à Vals, en Suisse, le mémorial des sorcières, dans l'Arctique norvégien, ainsi que l'édifice du LACMA en forme d'amibe, qui a ouvert ses portes cette année après 20 ans d'atermoiements et de controverses.
Lors de la Mostra de Venise début septembre, où le documentaire a été projeté en avant-première, Peter Zumthor relativise sa visibilité:
Peter Zumthor, un architecte intransigeant
Suisse alémanique, l'architecte appartient à la même génération que ses compatriotes stars Jacques Herzog et Pierre de Meuron, ou d'autres poids lourds européens comme Jean Nouvel, Rem Koolhaas et Norman Foster.
Tous âgés aujourd'hui de plus de 75 ans, ils ont construit dans le monde entier, profitant de l'essor immobilier asiatique et ouvrant des bureaux à Hong Kong ou New York. Peter Zumthor, lui, est resté fidèle à son village de Haldenstein, rénovant des bâtiments sur place et agrandissant progressivement son agence, mais résistant à la tentation de s'expatrier.
«Je ne peux faire que ce que je peux contrôler. Je peux travailler avec une équipe de 20, peut-être 30 personnes, c'est le maximum», confie le lauréat du Pritzker Prize en 2009, considéré comme la plus haute distinction en architecture. Avant d'ajouter:
L'architecte dit refuser plus de projets qu'il n'en accepte. «En Corée du Sud par exemple, ils aiment mon travail. Il y a eu trois ou quatre Sud-Coréens riches et cultivés qui voulaient me donner carte blanche pour faire quelque chose de beau, sans fonction. Et j'ai dit: je ne peux pas le faire», raconte Peter Zumthor.
Intransigeant, l'architecte n'accepte que des projets ayant une fonction claire, comme des musées, des chapelles ou des mémoriaux. Il n'a jamais construit de tour ou d'immeuble de bureaux.
Les détails sont la patte de Peter Zumthor
Chaque projet est unique, comprenant jusqu'à 80% d'éléments réalisés sur mesure, du mobilier à l’éclairage, afin de créer un «ressenti» à l'intérieur de chaque bâtiment plutôt qu'une simple esthétique.
Fils d'un ébéniste, l'architecte se montre inflexible sur les détails. «Mon travail se rapproche d'un processus artistique», compare-t-il. Cela le rend cher et ses clients doivent se montrer patients. Il n'est pas rare, dit-il, qu'il change d'avis après avoir eu une soudaine inspiration sous la douche.
«Peter avait déjà la réputation d'être l'architecte le plus lent qu'on puisse imaginer», s'amuse dans le documentaire le directeur du LACMA, Michael Govan.
Le film de Wim Wenders, dont la sortie est prévue en novembre en Suisse et en Allemagne, montre Peter Zumthor se confier sur son enfance, ouvrir les portes de sa maison et inclut un hommage à sa femme, victime d'un AVC il y a plusieurs années.
«C'était plus personnel que je ne le pensais», a reconnu ce père de trois enfants après avoir vu le film. En ajoutant:
Pour Wim Wenders, «Peter est un perfectionniste, et aucun de ces architectes stars ne peut se permettre d'être un perfectionniste».
