F-35: l'ex-chef de l'armée suisse attaqué par le patron des officiers
Il y a encore un an, Thomas Süssli était chef de l'armée. Aujourd'hui, il se lance en politique. Peu après avoir quitté ses fonctions à la tête de l'armée fin 2025, il a adhéré au PLR. En 2027, il entend briguer un siège au Conseil national dans le canton de Lucerne.
Thomas Süssli semble déjà préparer sa campagne électorale. Il participe au débat sur l'initiative pour la neutralité, intervient lors de tables rondes et s'engage au sein de la nouvelle «Alliance Bouclier suisse», qui réclame davantage de moyens financiers et une accélération du développement de la défense contre les drones et les missiles. Mais alors qu'il cherche à se faire un nom dans la politique de sécurité, son passé de chef de l'armée le rattrape.
Thomas Süssli se défend sur le prix fixe du F-35
Un conflit d'une rare virulence a éclaté entre Thomas Süssli et Michele Moor, président de la Société suisse des officiers (SSO). A l'origine de cette querelle, une chronique publiée par ce dernier dans l'Allgemeine Schweizerische Militärzeitschrift (réd. Revue militaire suisse). Michele Moor y soulève une question: que savaient les responsables du prétendu prix fixe des avions de combat F-35 au moment où ils ont annoncé leur démission? Il vise également Thomas Süssli, estimant qu'avec le recul, la situation présente «des éléments qui demandent des explications».
Thomas Süssli riposte dans une réponse publique. Le lien établi entre sa démission et les événements entourant le prix fixe est «factuellement faux». Il rejette fermement ces «insinuations sans fondement». L'ancien chef de l'armée renvoie au rapport de la Commission de gestion: le commandement de l'armée n'a pas participé aux négociations contractuelles. Il affirme, en outre, avoir remis sa démission par écrit près de quatre semaines avant le 24 février 2025, date à laquelle les Etats-Unis ont pour la première fois évoqué un «malentendu» concernant le prix fixe.
Négociations terminées?
Interrogé, Thomas Süssli précise qu'il n'a pris la responsabilité de la supervision du programme d'acquisition qu'au début de l'année 2024. Les négociations contractuelles étaient alors terminées depuis longtemps et le nouveau chef de l'armement avait confirmé le prix fixe après des vérifications supplémentaires. Il assure avoir été informé des éventuels problèmes liés à ce prix en même temps que les autres responsables du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).
Ces arguments ne convainquent pas Michele Moor. «Thomas Süssli était chef de l'armée et, à mon avis, il ne peut pas simplement se dégager de toute responsabilité», déclare le président de la SSO. Selon lui, affirmer que l'acquisition ne relevait pas du commandement de l'armée ne suffit pas:
Michele Moor juge, par ailleurs, présomptueux que Thomas Süssli lui demande, dans sa réponse, s'il doit vraiment, en tant que président de la SSO, se pencher sur un sujet «dont le traitement politique est déjà bien engagé». Il dénonce ainsi:
Un futur spécialiste de la politique de sécurité?
La conseillère nationale socialiste Priska Seiler-Graf, spécialiste des questions de sécurité, prend la défense de Thomas Süssli. «Au regard des procédures d'acquisition, il était totalement étranger au processus, il n'avait pas accès aux contrats», affirme-t-elle.
Les parlementaires se montrent, toutefois, plus sceptiques quant à son éventuel engagement dans la politique de sécurité au Parlement. «Je trouverais délicat qu'il intègre la Commission de la politique de sécurité s'il était élu», estime néanmoins Priska Seiler-Graf. Thomas Süssli devrait notamment y collaborer avec son successeur et avec des personnes qu'il côtoyait directement lorsqu'il dirigeait encore l'armée. Le conseiller national du Centre Reto Nause voit lui aussi un risque de conflits d'intérêts.
«Je comprends ces inquiétudes», répond Thomas Süssli. En cas d'élection, c'est de toute façon son groupe parlementaire qui déciderait de son affectation dans une commission. Avant de prendre la tête de l'armée, il a longtemps travaillé dans le secteur privé et affirme donc avoir des centres d'intérêt variés. Il se dit ainsi ouvert à rejoindre différentes commissions. Mais il devra d'abord parvenir à se faire élire au Parlement lors des élections du 24 octobre 2027. (trad. hun)
