La défense antimissile suisse a de nouveaux problèmes
Le renforcement prévu de la défense aérienne suisse va connaître un nouveau retard. Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a besoin de plus de temps que prévu pour acquérir le système «Bodluv GR2». C'est ce que rapporte Blick.
Les deux fournisseurs restants, l'un français et l'autre israélien, ont ainsi été informés que la procédure pourrait se prolonger de plusieurs mois. Ils doivent désormais indiquer si leurs offres actuelles restent valables ultérieurement.
A l'origine, le Conseil fédéral voulait encore décider de cette acquisition d'ici fin 2026. En mars, le DDPS avait souligné que la Suisse devait être en mesure, le plus rapidement possible, de repousser des attaques menées à longue distance.
Un manque de protection qui inquiète
Ce retard pose un problème délicat en matière de politique de sécurité. Selon Blick, la Suisse ne dispose actuellement pas d'une protection suffisante contre les missiles balistiques. En cas d'attaque de ce type, des infrastructures centrales, telles que le Palais fédéral, l'aéroport de Zurich ou des pans importants de l'infrastructure électrique du pays pourraient ainsi être touchés.
Ce sont précisément ces lacunes que doivent combler des systèmes de défense aérienne supplémentaires, comme le «Bodluv GR2» et, à l'avenir, d'autres systèmes.
Les Patriot américains et leurs années de retard
L'urgence tient aussi aux retards du système américain Patriot, déjà commandé. Il devait initialement être livré à partir de fin 2028. Mais, comme les Etats-Unis donnent la priorité aux livraisons à l'Ukraine dans leur production, la Suisse devra probablement attendre de cinq à sept ans de plus. L'acquisition devrait en outre devenir nettement plus chère. Jusqu'à l'arrivée de ces systèmes, la Suisse ne disposera donc toujours pas des capacités de défense contre les missiles balistiques.
Selon Blick, l'évaluation du «Bodluv GR2» par l'Office fédéral de l'armement Armasuisse est déjà terminée. Le financement de cette acquisition pose toutefois des difficultés.
Le DDPS renvoie aux délibérations politiques portant sur des moyens supplémentaires pour l'armée. Comme le Conseil national n'a pas accepté de traiter l'objet concerné en urgence lors de la session d'hiver, «le calendrier initialement prévu n'est plus réalisable», indique-t-il.
Israël ou la France?
Le choix du système recèle une fracture politique supplémentaire. D'après des informations de Blick, Armasuisse préférerait une solution israélienne. Aucune décision officielle n'a toutefois encore été prise.
Un achat en Israël se heurte à des résistances en raison de la situation en Palestine. Le conseiller national UDC, Jean-Luc Addor, rejette une solution israélienne pour des raisons de neutralité. Il craint en outre qu'Israël puisse reporter ses livraisons à la Suisse s'il en avait lui-même besoin.
La conseillère aux Etats PS Franziska Roth, elle, remet fondamentalement en question l'utilité d'un tel système de défense. Parallèlement, Franziska Roth met aussi en garde contre des coûts plus élevés en cas de nouveaux retards.
Un système français est proposé comme alternative. Une décision contre la France pourrait toutefois aussi être délicate sur le plan diplomatique: lors de l'acquisition des avions de combat, la Suisse avait déjà choisi l'américain F-35 plutôt que le Rafale français. La stratégie de sécurité du Conseil fédéral prévoit en outre un renforcement des achats d'armement en Europe.
Le DDPS rejette les craintes que la procédure puisse nuire à la réputation de la Suisse auprès des fabricants d'armement. Les fournisseurs connaîtraient les processus politiques helvétiques. La date à laquelle le Conseil fédéral décidera de l'acquisition reste pour l'heure inconnue. (mke)
