Il manque 130 000 tonnes de pommes de terre à la Suisse
Les Suisses adorent les pommes de terre, que ce soit en rösti, en robe des champs, en purée, en gratin ou sous forme de frites et de chips. La population helvétique consomme environ 45 kilos de patates par personne et par an. Mais cette année, les récoltes ne sont pas au beau fixe. La faute à l’été caniculaire.
Christian Bucher, de l’organisation de branche Swisspatat, explique:
La faute à l'été caniculaire
En raison des nombreux jours de forte chaleur en été, mais aussi en septembre, les plantes ont cessé de croître et n’ont souvent pas atteint leur taille habituelle. Lara Stamler, de l’Association suisse des producteurs de pommes de terre, ajoute:
Jamais aussi peu de pommes de terre n’ont été récoltées que cette année. Sur la base des estimations actuelles, Lara Stamler table sur des rendements inférieurs d’environ 25% à la normale. Cette année, seules quelque 30 tonnes de pommes de terre par hectare sont tirées du sol, contre 38 tonnes ces cinq dernières années. Selon Swisspatat, il manque ainsi 130 000 tonnes de pommes de terre, qu’il faudra importer pour satisfaire l’appétit des Suisses.
Le rôle capital de l'eau
Le taux d’autosuffisance de la Suisse en pommes de terre tombe de ce fait entre 70 à 75%, alors qu’il atteint normalement 85% avec une surface cultivée totale de 11 000 hectares.
Cela va aussi se faire sentir dans les rayons et sur les prix, explique Swisspatat. Les pommes de terre pourraient devenir plus chères et provenir plus souvent de l’étranger. Une crise généralisée de la pomme de terre n’est toutefois pas à craindre. La qualité des tubercules n’est pas non plus moins bonne à cause de la chaleur. «On peut dire, en tendance, que les rendements sont meilleurs cette année en Suisse orientale qu’en Suisse romande», souligne par ailleurs Lara Stamler.
En principe, toutes les variétés de patates ont été négativement impactées cette année par les records successifs de températures, qu’il s’agisse de pommes de terre de table ou de celles destinées à la transformation en chips et en frites.
L’eau disponible est également déterminante. Environ la moitié des champs, irrigués, ont ainsi livré cette année plus de 55% de pommes de terre en plus que les champs non irrigués. De fait, les apports en eau gagneront en importance dans cette culture à l’avenir, estime Christian Bucher.
La recherche de nouvelles variétés
Cette année sèche a en outre montré qu’il existe des types de patates qui supportent mieux la chaleur que d’autres. La recherche travaille donc sur des variétés plus résistantes et plus robustes. Christian Bucher, de Swisspatat, affirme:
L’objectif prioritaire est d’accroître la résistance aux maladies, ainsi qu’à la chaleur et à la sécheresse, afin de réduire le recours aux produits phytosanitaires.
Les variétés robustes actuelles résistent surtout au mildiou, la maladie la plus grave de la pomme de terre. Une telle caractéristique est cependant plus facile à obtenir par la sélection qu’une tolérance aux épisodes météorologiques extrêmes. Christian Bucher ajoute:
Comme la sélection de pommes de terre est un processus de longue haleine, le portefeuille de variétés ne pourra pas être converti du jour au lendemain à des variétés plus résilientes, explique Christian Bucher:
Aujourd’hui déjà, ces variétés représentent 20% des surfaces de culture de pommes de terre.
La question centrale du goût
Mais les variétés robustes ne doivent pas seulement résister davantage à la sécheresse, à la chaleur, aux pathologies et aux ravageurs, elles doivent aussi avoir bon goût. C’est ce qu’a testé la Haute école spécialisée bernoise (BFH-HAFL).
Car sans de bonnes qualités gustatives, les variétés n’ont, malgré toute leur durabilité, aucune chance sur le marché. Mandatée par Swisspatat et avec le soutien de Denner et d’IP-Suisse, la haute école a comparé trois variétés à chair ferme et trois farineuses à une conventionnelle.
Les résultats sont réjouissants. Il existe en effet des variétés de pommes de terre robustes qui ont une réelle chance sur le marché, affirme le responsable de l’étude, Stefan Vogel:
Deux des variétés farineuses en particulier ont plu aux participants à l'étude, tandis que le goût de celles à chair ferme doit encore être amélioré. Dans les filiales Denner, les clients pourront tester les nouveautés dès début 2027.
Les autres légumes également impactés
D’autres légumes ont aussi pâti de l’été caniculaire 2026. Les salades, les fenouils, les brocolis et les oignons ont été particulièrement touchés. Markus Waber, de l’Union maraîchère suisse, explique:
Chez le fenouil, la chaleur a en partie entraîné une floraison précoce, et chez les oignons, des problèmes de qualité sont apparus. La sécheresse a aussi laissé des traces sur d’autres cultures, comme celle du céleri-rave, où les rendements ont été plus faibles et les légumes plus petits.
Selon Markus Waber, la mesure dans laquelle chaque culture a souffert durant la période estivale de cette année a varié d’une région, d’une variété et d'un mode d’irrigation à l’autre. Il n’y a toutefois eu aucun gagnant. De fait, la culture maraîchère suisse doit mieux se préparer aux phénomènes météorologiques extrêmes, grâce à des méthodes d'arrosage efficaces, à des variétés plus robustes et à une planification adaptée. (trad. ysc)
