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Emploi: les jeunes Suisses galèrent à cause de l'IA

«J'ai envoyé 300 lettres»: il galère à trouver du travail à cause de l'IA.
L'avènement de l'IA rend le marché de l'emploi plus difficile à pénétrer pour les jeunes suisses.Image: Imago, montage watson

Ces jeunes suisses galèrent à trouver du travail à cause de l'IA

Florian, jeune employé de commerce, a envoyé plus de 300 candidatures en un an et n’a été convoqué qu’à un seul entretien. L’intelligence artificielle vient chambouler le secteur.
12.10.2026, 05:3112.10.2026, 07:59
Céline Zahno / ch media

«Merci pour l’intérêt porté au poste. Malgré vos qualités évidentes, l’entreprise a choisi une autre personne, dont le profil correspond davantage aux exigences.» Florian ne compte plus les mails de ce genre qu'il reçoit. Il y a un peu plus d’un an, ce jeune homme de 22 ans, qui ne souhaite pas que son vrai nom soit publié, a terminé avec succès sa formation commerciale. Depuis, il cherche un emploi.

Florian envoie vingt, parfois trente candidatures par mois. Au total, il en a désormais envoyé plus de 300 et n’a été convié qu’à un seul entretien d’embauche. Pourtant, son parcours scolaire s’est déroulé sans accroc. Il a suivi une formation commerciale dans une école, qu’il a terminée avec des notes comprises entre 4,5 et 5. Il a commencé à postuler alors qu’il effectuait encore son école de recrues. Son objectif était clair: entrer le plus rapidement possible dans la vie professionnelle.

Mais cela ne s’est pas passé comme prévu.

Pas assez d'expérience

En attendant, il structure ses journées comme il peut. «C’est assez monotone quand on n’a presque jamais besoin d’aller quelque part.» Il fait du jogging, joue au foot dans un club et passe du temps dans la nature. Et surtout, il écrit beaucoup de candidatures.

Très souvent, Florian reçoit la même explication lorsqu’on lui refuse un poste: manque d’expérience professionnelle. C'est là tout le paradoxe:

«Comment suis-je censé acquérir de l’expérience si personne ne m'en donne la chance?»

Le jeune homme a suivi un cours consacré à la recherche d’emploi censé améliorer son dossier de candidature. Sans grand résultat. «Je commence à penser que, de manière générale, les entreprises sont réticentes à engager des jeunes qui sortent d’apprentissage», déplore-t-il.

Il n’a pourtant pas l’intention d’abandonner. Il postule dans des secteurs très différents et cherche parallèlement des possibilités de formation continue. Mais cette longue recherche commence à peser sur son moral:

«Après autant de tentatives, on finit forcément par douter de soi»

Le jeune homme vit encore chez ses parents. Quitter le domicile familial n’est pas financièrement envisageable pour le moment.

Les employeurs évoquent le manque d'expérience comme motif de refus – mais refusent paradoxalement d'en donner.
Les employeurs évoquent le manque d'expérience comme motif de refus – mais refusent paradoxalement d'en donner.Image d'illustration: shutterstock

Toujours plus de jeunes chômeurs

Le cas de Florian n'est pas isolé. L'apprentissage commercial reste la formation professionnelle la plus populaire de Suisse et a longtemps été considérée comme une valeur sûre. Cette sécurité est toutefois en train de s’effriter.

Selon la dernière enquête menée auprès des jeunes ayant terminé leur apprentissage par la Société suisse des employés de commerce (SEC Suisse), la proportion de jeunes adultes à la recherche d’un emploi quatre mois après le diplôme atteint 9,6%. Il y a deux ans, cette proportion n’était que de 5,6%. Environ 6% des personnes interrogées ont indiqué avoir reçu plus de 50 réponses négatives.

Les jeunes diplômés se heurtent au même obstacle que Florian: près de 65% des personnes à la recherche d’un emploi ont déclaré que le manque d’expérience professionnelle leur a été indiqué comme motif de refus. Les employeurs ont donc eux aussi leur part de responsabilité, selon l’association. Jana Frischmann, responsable de la formation professionnelle au sein de la SEC Suisse, souligne:

«Les postes junior devraient rester des postes d’entrée dans la vie professionnelle et ne pas déjà exiger plusieurs années d’expérience»

Le phénomène ne touche pas exclusivement les jeunes sortant d’une formation commerciale, précise l’association. Mais une évolution risque de rendre la situation particulièrement délicate pour les jeunes employés de commerce: l’intelligence artificielle (IA). Car les tâches qui permettaient autrefois aux débutants d’acquérir de l’expérience sont précisément celles qui peuvent aujourd’hui être automatisées. La Société des employés de commerce constate ainsi que certains profils professionnels peuvent se retrouver sous pression.

On ne peut toutefois pas en déduire «que l’IA remplace systématiquement les postes d’entrée classiques», nuance Jana Frischmann. Ce sont plutôt les tâches et exigences qui évoluent. Aujourd’hui, en plus des bases traditionnelles du métier commercial, les compétences numériques ont pris davantage d’importance. C’est notamment sur ce point que se concentre la nouvelle formation commerciale, entrée en vigueur en août 2023. Elle accorde davantage de place à l’utilisation de l’IA et à l’esprit critique.

L'IA chamboule le métier

Sibylle Frei observe chaque jour les changements du marché du travail pour les jeunes qui débutent leur carrière. Elle est conseillère au centre d’orientation professionnelle de la ville de Zurich et membre de l’association d'orientation Profunda Suisse. Elle constate notamment davantage de difficultés à entrer dans la vie active dans les métiers qui sont fortement touchés par l’IA, par exemple dans le marketing, l’administration, la finance et l’informatique.

Cette évolution se fait également sentir de manière frappante chez les parents d’élèves qui s’apprêtent à faire leur premier choix professionnel. «Il y a une incertitude générale», constate Sibylle Frei.

Le choix d’un métier est déjà suffisamment difficile en soi, et l’influence de l’IA sur le marché du travail alimente encore cette inquiétude. La conseillère en orientation met néanmoins en garde contre la tentation de rayer trop rapidement certains métiers de la liste:

«La plupart des métiers ne vont pas disparaître, mais leur contenu va changer»

L’essentiel reste de savoir où se trouvent ses propres points forts et de décrocher un premier diplôme. Les personnes qui cherchent déjà un emploi peuvent également agir, selon Sibylle Frei. Elle leur recommande d’examiner attentivement les offres d’emploi afin d’identifier les compétences demandées, de combler leurs éventuelles lacunes et, surtout, de se former à l’utilisation de l’IA.

Pour Florian, une chose est certaine: il veut rester dans le secteur. «Si j'ai fait cet apprentissage, c'est pour travailler comme employé de commerce», affirme-t-il. Il aime ce métier. Et il continuera à envoyer des candidatures, dans l'espoir de pouvoir enfin l'exercer.

Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

Parce qu'elle est partout, voici des images générées par IA
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source: reddit
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