Faire ses courses jusqu’à 22h30? Migros a un plan pour contrer Coop
Les clients de Migros ont depuis peu davantage de temps pour faire leurs achats, surtout dans la région zurichoise. La Coopérative Migros Zurich (CMZ) a en effet prolongé, depuis le 1er octobre, les horaires d’ouverture de 24 filiales, 21 autres suivront au 2 novembre. Les filiales concernées ouvrent ainsi plus tôt le matin ou restent ouvertes plus longtemps le soir, ou les deux.
L'une d'elles, située près de la gare principale de Zurich, ouvrira, par exemple désormais à 7h au lieu de 8h les samedis et dimanches, et fermera chaque jour à 22h30 au lieu de 22h. Parallèlement, de nombreux autres supermarchés de la ville de Zurich sont désormais ouverts jusqu’à 21h au lieu de 20h, et ouvrent le matin déjà avant 8h.
La CMZ ne met pas en œuvre ces adaptations seulement en ville, mais dans toute sa zone, qui englobe des parties des cantons de Zurich, de Saint-Gall et de Schwytz ainsi que le canton de Glaris.
Une réaction à la concurrence
La porte-parole de Migros, Annabel Ott, explique qu’il s’est avéré que les clients souhaitaient, par endroits, des horaires d’ouverture plus longs. Migros Bâle a elle aussi élargi cette année les horaires d’ouverture de deux de ses filiales, et elle compte le faire dans une troisième au mois de novembre.
Avec cette offensive sur les horaires d’ouverture, Migros réagit à la concurrence. A Zurich, Coop propose depuis longtemps des horaires d’ouverture étendus, avec beaucoup de supermarchés qui ferment à 21h ou 22h, non seulement dans les gares, mais aussi dans les quartiers résidentiels. De plus, de nombreuses filiales de Lidl, Aldi et Spar sont elles aussi en activité le matin, en partie avant 8h, et ferment à 21h ou 22h.
Les longs horaires d’ouverture coûtent cependant cher. Car les supermarchés, contrairement aux petites filiales de proximité comme Migrolino ou Coop Pronto, mobilisent beaucoup de personnel. En contrepartie, ils stimulent la consommation. De plus, des horaires plus longs jouent sur les parts de marché, surtout là où plusieurs fournisseurs se font concurrence.
Et pour cause: les clients qui font régulièrement leurs achats tard le soir et ne trouvent qu’un seul magasin ouvert choisissent souvent ce dernier. Une habitude qui se répercute également sur leur choix d'établissement durant la journée.
Pas autorisé dans tous les cantons
Migros a besoin de davantage d’adhésion. Depuis plusieurs mois, ses magasins ainsi que ceux de sa filiale discount Denner perdent des parts de marché, tandis que Coop et Lidl en gagnent. Le patron de Migros, Mario Irminger, s’attend à ce que cela change au plus tôt en 2028, comme il l’a dit en mars. Outre l’offensive sur les prix bas, le détaillant mise sur la rénovation de ses filiales.
Le géant orange prépare également une transformation majeure de son organisation. Lundi, Migros a présenté son projet de fusionner ses dix coopératives régionales en une seule entité. Une réforme historique qui devra encore obtenir l'accord des sociétaires en 2027.
Des horaires d’ouverture plus longs seraient un autre atout pour attirer davantage de clients. Chez Migros, ce sont les coopératives qui en décident. Mais des garde-fous sont fixés par le droit du travail fédéral, qui interdit l’emploi de personnel dans le commerce de détail entre 23h et 6h ainsi que le dimanche, avec des exceptions, par exemple, pour les gares, les aéroports ou les shops de stations-service.
En Suisse romande, on s'interroge
Ces restrictions freinent les ambitions de certaines coopératives romandes. Contactée par watson, Migros Neuchâtel-Fribourg affirme ainsi vouloir prolonger les horaires de ses magasins fribourgeois:
La coopérative, qui indique que tous ses horaires «ont été analysés ce printemps avec plusieurs adaptations», estime qu'un élargissement est «absolument nécessaire». Elle constate notamment une progression des ventes du dimanche dans son magasin de Morat et dans ceux situés dans les gares. Dans celles de Bulle et Fribourg, les magasins affichent déjà des horaires allant de 6h à 21h, avec des horaires différents le dimanche.
En Valais également, Migros reçoit régulièrement «des demandes de clients souhaitant des horaires plus étendus», nous indique-t-on. Certains magasins ouvrent dès 7h, tandis que les plus grands ferment à 20h le vendredi. Dans les stations touristiques comme Verbier ou Zermatt, les horaires peuvent également être prolongés en haute saison, indique le service communication, mais précise que, là aussi, un changement de loi serait nécessaire pour aller plus loin. Aucun élargissement n'est prévu à ce stade.
Migros Genève se montre en revanche plus réservée: «Nous recueillons régulièrement les retours de notre clientèle sur de nombreux sujets, dont les horaires d'ouverture. Nous n'avons toutefois pas de commentaire particulier à formuler sur ce point», nous indique la coopérative, qui rappelle que ses horaires dépendent de la législation cantonale, dont aucune modification n'est prévue à sa connaissance.
Une décision impopulaire auprès des syndicats
On le comprend, les horaires d'ouverture restent toutefois largement tributaires des législations cantonales. Pour contourner certaines de ces restrictions, des détaillants misent ponctuellement sur des magasins automatisés, qui fonctionnent sans personnel la nuit ou le dimanche. Migros Suisse orientale exploite, par exemple depuis juillet, un tel magasin ouvert 24h/24 et 7j/7 à Herisau (AR). Les retours seraient «bons», souligne un porte-parole.
De fait, il serait envisageable d’introduire ce modèle à d’autres endroits. Rien n’est toutefois arrêté. D’autres détaillants, comme Valora et Spar, ont récemment abandonné des concepts similaires, notamment pour des raisons de vandalisme et de fréquentation trop faible.
L’offensive sur les horaires d’ouverture de Migros Zurich concerne les supermarchés servis par du personnel. Le géant orange ne croit par ailleurs pas que cette mesure détériore les conditions de travail des employés impactés. La planification du personnel se fait «avec soin et anticipation», abonde la porte-parole Annabel Ott. Migros indique attacher une grande importance à tenir compte, dans la mesure du possible, des souhaits de ses collaborateurs concernant leurs horaires de travail. Les 41 heures hebdomadaires fixées par contrat ne changent ainsi pas.
Mais le fait est que, pour de nombreux employés de Migros, la journée de travail finit désormais plus tard et commence plus tôt. Cette évolution est régulièrement critiquée par les syndicats.
Des horaires d’ouverture plus longs accroîtraient la pression sur les employés, a communiqué récemment l’Union syndicale suisse. Ils altèreraient la conciliation entre vie professionnelle et privée. Aujourd’hui déjà, de nombreux employés du commerce de détail travailleraient sous une forte pression de temps et de performance. (trad. ysc)
