Armement américain: une même question se pose un peu partout
Il n'y a pas que la Suisse qui doit prendre son mal en patience pour ses futurs systèmes de défense aérienne Patriot. De plus en plus d’alliés et de partenaires reçoivent de Washington l’annonce d'un retard de livraison sur le matériel commandé.
Les clients n'y peuvent rien, le problème vient bien des Etats-Unis. Avec les combats liés à la guerre avec l’Iran, les Etats-Unis doivent d’abord reconstituer leurs propres stocks. Telle est du moins l’explication officielle avancée par l’administration Trump.
Qui est concerné par les reports?
Selon le média Breaking Defense, Washington a informé ces dernières semaines plusieurs pays de possibles retards de livraison. Voici la liste d’attente pour les équipements militaires américains:
- Taïwan: Le 21 mai, le secrétaire à la Marine américaine, Hung Cao a annoncé devant le Sénat la suspension générale des livraisons d’armes à Taïwan, d’une valeur de 14 milliards de dollars. Elles reprendront lorsque «le gouvernement l’estimera nécessaire». Selon plusieurs médias locaux, Donald Trump considère ce contrat comme un «atout de négociation idéal dans la partie de poker avec la Chine».
- Japon: Selon le Financial Times, le Pentagone a annoncé un «retard sérieux» dans la livraison à Tokyo de 400 missiles de croisière Tomahawk.
- Royaume-Uni et Pologne: Début mai, les deux partenaires de l’Otan ont appris qu'il y aurait probablement du retard dans les livraisons d’armes. Notamment pour les systèmes Patriot et Nasams, ainsi que pour les lance-roquettes Himars.
- Norvège: Début mai également, Oslo a fait état de retards dans la livraison de matériels militaires. La Norvège n’a toutefois pas précisé quelles armes étaient touchées.
- Estonie et Lituanie: L'agence Reuters évoquait dès avril de possibles reports pour l’Estonie et la Lituanie. Dans le cas de l’Estonie, il s’agit principalement de lance-roquettes Himars. Selon les experts, plus d’un millier de missiles Tomahawk ont été tirés lors des opérations américaines au Moyen-Orient. La consommation de missiles de défense aérienne aurait également été astronomique. La reconstitution des stocks pourrait prendre plusieurs années.
Un principe remis en question
Mais ce n'est pas tout. Au début de l’année, l’administration Trump avait annoncé vouloir accorder davantage de poids aux intérêts américains dans les exportations d’armes. Cela reviendrait à privilégier à l'avenir les pays qui augmentent leurs dépenses de défense ou qui présentent une importance stratégique particulière pour les Etats-Unis. Le principe jusqu’ici largement respecté des livraisons selon l’ordre chronologique des commandes s’en trouve fragilisé.
Les experts mettent dès lors en garde contre une perte de confiance. Les pays qui dépensent des milliards pour des armes made in USA se demandent de plus en plus s’ils pourront réellement compter sur ces engagements en période de crise. Le problème est particulièrement sensible pour des systèmes complexes comme le Patriot ou l’avion F-35. Car les utilisateurs restent durablement dépendants de la logistique américaine et de l’approvisionnement en pièces détachées.
Pour l’heure, aucun abandon massif des équipements militaires américains ne se dessine. La demande reste élevée. Les exemples de pays cherchant délibérément des alternatives se multiplient toutefois.
De nombreux pays cherchent des alternatives
Le Danemark a envoyé un premier signal dès la fin de l’année 2025. Copenhague a préféré le système franco-italien SAMP/T au Patriot. Selon les experts, cette décision s’explique notamment par de longs délais d’attente. Depuis lors, la Suisse étudie elle aussi des alternatives.
Les clients font également la queue pour le chasseur suédois Saab Gripen E. Le Canada examine actuellement la possibilité de ne commander que 16 à 30 Lockheed Martin F-35 Lightning II sur les 88 initialement prévus, et d’acquérir en complément environ 60 Gripen E/F. Comme en Suisse, cette perspective a relancé le débat sur la pertinence d’une stratégie plus coûteuse reposant sur deux flottes distinctes.
Selon plusieurs médias, les coûts ne sont toutefois pas les seuls éléments déterminants. La création potentielle de milliers d’emplois dans l’industrie nationale joue également un rôle important. Le gouvernement canadien souhaite réduire sa forte dépendance envers les entreprises américaines de défense.
De son côté, le Brésil a récemment annoncé l’extension de sa flotte de Gripen, avec 20 appareils supplémentaires. Une partie de ces avions est déjà produite localement. Par ailleurs, la Suède et l’Ukraine ont récemment présenté des projets d’acquisition auprès de ce même fabricant.
Ces évolutions montrent qu'une multitude d'Etats diversifient désormais leurs stratégies d’approvisionnement. La Suisse ne se confronte donc pas seule aux difficultés de livraisons d’armes américaines. Une même question se pose aujourd’hui un peu partout: Jusqu’où peut aller la dépendance envers un fournisseur qui, en cas de doute, appliquera en premier lieu le «America First» de Trump? (adapt. vz)
