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Immobilier

Ce projet immobilier des CFF résiste mal à la canicule

Central Malley, le complexe immobilier des CFF, est un réel thermos, selon des locataires.
Les locataires de Central Malley vivent un été compliqué.Image: Montage Watson

Ce projet ultramoderne des CFF résiste mal à son premier été caniculaire

Dans le tout nouveau complexe de Central Malley, aux abords de la gare de Prilly-Malley, des locataires étouffent. La relation avec CFF Immobilier est tendue, mais cette colère révèle un défi qui dépasse largement ce seul immeuble.
14.08.2026, 05:3014.08.2026, 14:16

«Un projet résolument contemporain», «représentatif des techniques et des tendances actuelles», doté de «bâtiments à haute efficacité énergétique»: le complexe immobilier Central Malley, posé au pied de la gare de Prilly-Malley, se présente en vidéo promotionnelle comme une promesse d'habitat moderne. Kathya Voeffray, responsable acquisition locataires, en fait la démonstration avec l'assurance de qui vend du rêve en béton, et à un certain prix: les loyers s'échelonnent d'environ 1200 francs pour un studio à quelque 3400 francs pour un 5,5 pièces. Les habitants ont emménagé dans ce complexe flambant neuf à 250 millions en mars 2026.

Sur le papier, le projet rassure. A l'intérieur, l'ambiance est moins triomphale. «C'est décevant par rapport à ce que les CFF promettaient», lâche Eric*. «Dans tous les posters et la pub, on parle de meilleur confort qu'un bâtiment moyen, on avance le certificat Minergie comme si c'était une garantie, alors que ça ne l'est pas du tout.» Un label qui est, au demeurant, encore en cours d'obtention, confirment les CFF.

Eric enfonce le clou:

«Avant, j’habitais au centre-ville de Lausanne, dans un bâtiment qui avait passé 100 ans, il y avait un meilleur confort thermique l’été»

La chaleur, donc. Et avec elle, une série de dysfonctionnements qui s'accumulent, selon les locataires interrogés. A commencer par la seule commande centralisée du bâtiment: la protection contre le vent. Un dispositif automatique, relativement sensible, qui se déclenche dès que les rafales atteignent un seuil suffisant.

34°C dans une pièce

Eric en a fait l'expérience à ses dépens. Parti deux semaines en vacances en juillet, il avait laissé tous ses stores fermés. Moins de 24 heures plus tard, ils étaient grands ouverts. Le vent nocturne, un peu plus soutenu qu'en journée, avait suffi à enclencher le dispositif. Personne pour les rabaisser. Son appartement est resté exposé en pleine canicule pendant deux semaines. La température dans sa chambre a grimpé jusqu'à 34°C. Nous avons pu consulter les relevés: les graphiques de variation thermique parlent d'eux-mêmes.

Lorsqu'Eric évoque le problème à la direction des CFF Immobilier, on lui montre une photo de sa façade au soleil, stores relevés. Sous-entendu: c'est lui le responsable. «Ils me disaient: "vous vous plaignez, mais on voit les stores levés"», persifle-t-il.

Un graphique d'un locataire avec des températures pouvant monter à 34 degrés.
Ce graphique montre que dans l'appartement d'Eric, la température a atteint 34°C.Image: dr

Alexandre Boireau, chef de projet général chez CFF Immobilier, reconnaît le problème. Une correction est actuellement à l’étude pour fin août: pour un déploiement dans les semaines qui suivront: automatiser la descente des stores en périodes estivales en fonction de l’ensoleillement.

«C'est comme un thermos»

Christophe*, lui, est arrivé en mars 2026 dans son appartement. Il nous a contactés, fataliste, en colère contre une gestion qu'il qualifie d'«exécrable». Ce qui l'épuise, c'est la chaleur. «Le mardi 22 juin, il faisait 30,9°C à 23h. A 00h55, il faisait encore 29,4°C.» Des chiffres consignés nuit après nuit, avec la méticulosité de qui ne veut pas qu'on lui dise qu'il exagère.

Lorsque nous pénétrons dans son appartement à 9h43, fin juin, le thermomètre affiche 28,9°C dans les chambres, 28,3°C dans la pièce à vivre. Les stores sont baissés, l'air est lourd. Ce logement vendu comme une vitrine de l'efficacité énergétique ressemble, en cette matinée estivale, à un four bien isolé.

Il y a aussi la ventilation. Jusqu'au 22 juin, celle des toilettes soufflait de l'air chaud dans la salle de bain. «C'est comme un thermos: ça concentre la chaleur et ça la recrache.» Le problème a depuis été corrigé.

A l'emménagement, personne n'avait parlé de chaleur. «On nous disait de ne pas trop aérer. Aujourd'hui, la gérance nous invite à aérer», lâche Christophe. La contradiction le laisse sans voix, ou presque. «J'attends que la température extérieure baisse. J'ouvre mes stores vers 22h-23h.»

Que disent les défenseurs des locataires?

Du côté de l'Asloca Vaud, le secrétaire général Fabrice Berney est sans concession. Se réfugier derrière la norme Minergie ne suffit pas, selon lui. «Minergie n'interdit pas de faire un puits canadien (réd: système de ventilation géothermique) ou d'ombrager une façade.» Le label encadre l'économie d'énergie et le confort thermique.

Malley Central a coûté 250 millions aux CFF.
Central Malley est un complexe immobilier qui a coûté 250 millions de francs.Image: © CFF

Sur les stores, il est tout aussi direct. Installés au plus près de la vitre, ils chauffent eux-mêmes et transmettent cette chaleur au verre, qui reste, triple vitrage ou non, un très mauvais isolant. «Le store empêche l'effet de serre lié au rayonnement, mais il est moins efficace qu'un vrai système d'ombrage extérieur.» Tout bâtiment offrant de grandes surfaces vitrées sans solution d'ombrage efficace présente, selon lui, un défaut de conception, et celui-ci ne fait pas exception.

La contrainte est réelle: sur un immeuble Minergie, l'isolation périphérique rend difficile l'ajout de toiles d'ombrage en façade. Le bâtiment est conçu pour ne pas être percé - sans que cela puisse être mis au seul compte du label. Une conception qui, aujourd'hui, se retourne contre ses occupants. «Vous avez une construction récente, un loyer élevé - et des logements qui sont, je force le trait, inhabitables deux mois en été», glisse Fabrice Berney.

Olivier Meile, le directeur de l’agence romande Minergie apporte un éclairage mesuré. De grandes surfaces vitrées ne sont pas incompatibles avec le label, mais elles augmentent le risque de surchauffe et «doivent être accompagnées de mesures de protection suffisantes». L'absence d'ombrage extérieur ne constitue pas automatiquement un défaut, nuance-t-il, «si une solution équivalente a été prévue». En revanche, de grandes surfaces vitrées fortement exposées sans protection suffisante «poseraient clairement question». La qualification de défaut technique, précise-t-il, nécessite l'examen du projet dans son ensemble.

Plus largement, un bâtiment doit intégrer dès sa conception une stratégie contre la surchauffe - protection solaire, inertie thermique, rafraîchissement nocturne. La climatisation n'est pas une fatalité. Mais en milieu urbain dense, le bruit et les îlots de chaleur limitent fortement les possibilités d'aération nocturne.

«Si les mesures passives ne suffisent pas, une solution de refroidissement complémentaire peut être nécessaire, et reste compatible avec Minergie»
Olivier Meile

«Pas un été ordinaire»

Deux étages plus bas, François* vit la même réalité. Il concède volontiers que la pièce où tournent ses serveurs informatiques est naturellement plus chaude. Mais le reste de l'appartement? A 4h41 du matin, le thermomètre affichait encore 28,6°C. «Et même si on ferme tout, la température augmente.»

L'isolation, censée être l'atout du bâtiment, se retourne contre ses habitants: elle retient la chaleur aussi efficacement que le froid. «Ce serait bien qu'ils arrêtent de prétendre que tout va bien», fulmine François.

«Ils n'arrêtent pas de se positionner comme des adversaires. Ils continuent d'affirmer des choses que la réalité dément.»
François, locataire de Central Malley.

Face à ces témoignages, Alexandre Boireau oppose un argument:

«Nous savons que certains locataires ont chaud, mais cet été 2026 représente des conditions climatiques inédites, selon MétéoSuisse»

Fabrice Berney balaie l'argument d'un revers. «Le premier rapport du Giec date de 1990. Ce qui se réalise aujourd'hui est pire que ce qui était prévu à l'époque. De plus les rapports successifs n'ont cessé de revoir les projections à la hausse.» Dire qu'on ne savait pas, en 2026, relève d'une mémoire sélective, selon le secrétaire de l'Asloca Vaud. «On voit encore des bâtiments sortir de terre entièrement vitrés», observe-t-il. «C'est une bêtise.»

La consigne des CFF reste pourtant simple: aérer le soir, respecter les cycles de ventilation. En théorie, les matériaux, malgré leur inertie thermique, finissent par céder. Mais aérer la nuit, quand la nuit elle-même est étouffante, ne rafraîchit rien: elle déplace simplement la chaleur d'un côté à l'autre des fenêtres.

«Dans la construction, on fait des calculs de coûts», lâche le représentant de l'Asloca. Concevoir un bâtiment économe en énergie l'hiver est une chose louable, mais les grandes chaleurs estivales, elles, ont été ignorées, estime l'Asloca:

«Et aujourd'hui, ils viennent dire qu'ils ne savaient pas»

Pour avancer dans leur analyse, les CFF ont demandé aux locataires de partager leurs données de température. Certains l'ont fait. Pas tous. Une analyse est en cours, rapporte Alexandre Boireau.

Une association de locataires voulait se présenter unie face aux représentants de CFF Immobilier. «Mais ils ne souhaitaient pas le faire. Ils voulaient qu'on aille un à un.» La réunion s'est finalement tenue, dans un climat tendu: les CFF ont accepté de recevoir deux représentants. Entre le 22 juin et le 6 juillet, «neuf rendez-vous ont eu lieu et dix personnes ont été rencontrées», confirment-ils. Depuis, «aucun ticket chaleur» n'a été enregistré dans leur système.

CFF Immobilier demande du temps et propose un départ anticipé

Dans un courrier consulté par watson, envoyé le 16 juin, CFF Immobilier reconnaît des difficultés avec le complexe, tout en proposant aux locataires mécontents une résiliation anticipée de leur bail au 31 juillet 2026, sans exiger de locataire de remplacement. Passé le 30 juin, les conditions ordinaires du bail s'appliqueraient à nouveau. Un délai très serré, sur un marché du logement saturé.

Des locataires y ont vu une forme de chantage. «C'est une pratique digne des pires régies immobilières: "Fermez-la ou partez!"», résume l'un d'eux.

Alexandre Boireau est catégorique:

«Ce n'est pas du chantage. Nous n'avons, à aucun moment, cherché à faire pression sur qui que ce soit. Nous avons proposé cette option de bonne foi: nous ne souhaitons pas faire subir une situation insupportable à nos locataires. Notre objectif prioritaire, c'est qu'ils soient heureux de vivre ici.»

Les CFF confirment que deux locataires sont partis sur les 172 logements. Sans dire clairement si c'était à cause de la chaleur.

L'Asloca accompagne, mais ne tranche pas. «Il appartient aux locataires de décider ce qu'ils veulent faire, le cas échéant, saisir la justice», précise Fabrice Berney. La porte du tribunal est ouverte. Personne n'y est encore entré. Mais une chaleur excessive dans un logement n'est pas sans conséquence juridique: «Cela pourrait engager une discussion sur une réduction de loyer, ainsi que sur les mesures à prendre.»

Ce que le chef de projet général, Alexandre Boireau, trouve difficile, ce sont les plaintes anonymes reçues directement ou lues dans la presse. «Nos bureaux sont sur site, ils sont ouverts», glisse-t-il. «Je n'ai jamais vécu une telle situation. On n'a jamais eu de cas dans un climat aussi crispé et surtout aussi anonyme», ajoute-t-il, avant de conclure, avec humour: «Mais je ne me sens pas menacé pour autant quand je me déplace dans le quartier.»

Il estime avoir «le sentiment qu'on prend des cas isolés pour en faire une généralité». Le directeur de projet admet toutefois que «dans notre manière de communiquer, il y avait peut-être des choses à améliorer». Mais il se dit «fier» de ce projet qui a coûté plus de 250 millions de francs.

*prénom d'emprunt

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source: sda / michel euler
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