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Eric Zemmour, lors de sa venue en novembre 2014 dans l'émission <em>Infrarouge </em>de la <em>RTS </em>à l'occasion de la sortie à l'époque de son livre <em>Le suicide français</em>.
Eric Zemmour, lors de sa venue en novembre 2014 dans l'émission Infrarouge de la RTS à l'occasion de la sortie à l'époque de son livre Le suicide français.image: keystone
Commentaire

Non, Eric Zemmour, le référendum suisse n'est pas ce que vous en feriez

Attendu mercredi soir à Genève dans une ambiance tendue, Eric Zemmour, dans une interview au Temps, loue les mérites du référendum suisse. Mais a-t-il bien compris ce que ce mot, ici, veut dire?
24.11.2021, 12:2324.11.2021, 17:12

Comme le chocolat, les montres ou encore le pont de Lucerne, le référendum, vu de l’étranger, participe d’une mythologie suisse tout à fait performante. Le référendum, on se l’arrache comme la dernière cloche miniature encore en vente un samedi à Interlaken avant fermeture des boutiques de souvenirs. La France, qui le pratique si mal, le met régulièrement à l’honneur. Pas plus tard que ce mercredi, Eric Zemmour, dans une interview au Temps à quelques heures de sa venue tourmentée à Genève, loue les mérites de cette arme de démocratie massive qu’est le référendum et rend par la même occasion hommage à la Suisse.

Mais a-t-il bien compris ce que le référendum suisse, dont il dit vouloir s’inspirer, signifie? L’homme étant intelligent, autrement dit intuitif, on ne lui fera pas le reproche de ne pas saisir les enjeux d'un mot et de la chose qu'il recouvre. Lui-même le concède entre les lignes. S’il affirme vouloir consulter plusieurs fois les Français par voie référendaire durant son hypothétique quinquennat, il tempère aussitôt, façon «doucement les basses»:

«Chaque pays doit trouver un équilibre: la France n’est pas la Suisse et nous ne pouvons organiser des référendums tous les ans»

Cette dernière phrase dit bien toute la contradiction entre le référendum à la Zemmour, en réalité à la française et en conformité avec la constitution de la Ve République, et la réalité du référendum à la suisse.

Tout est lenteur

Là où Eric Zemmour, et avant lui François Bayrou, Marine Le Pen ou encore les «gilets jaunes», veulent ou ont voulu faire du référendum un instrument de gouvernance ou de renversement du pouvoir, il est en Suisse le marqueur d’une profonde modestie. Le référendum y sert moins à gagner qu’à réfréner l’ardeur des impatients.

Tout est lenteur, avec le référendum, en particulier celui d’initiative populaire. Il en a fallu, du temps, à la TVA et à l’assurance-maternité, pour «passer la rampe». Le référendum est l’école de la frustration et de l’ouvrage sans cesse remis sur le métier. Enfin, il suppose, certes la mise en œuvre de la chose lorsqu’elle est acceptée, mais, surtout, le respect, par principe, du résultat par le perdant du jour.

Au service du peuple

Le référendum est d’abord un droit populaire. Il s’oppose à l’institution du pouvoir, non à ceux qui en ont la charge. Si ce système fonctionne plutôt bien en Suisse (mais peut-être faut-il s’attendre à un rejet ici ou là de la volonté démocratique si le «oui» à la révision de la loi Covid l’emporte dimanche, comme aux Etats-Unis après la victoire de Biden face à Trump), c’est par ce que le référendum n’influe pas sur la composition du parlement ou du Conseil fédéral. Il n’est qu’un des rouages du système politique suisse, même si, dans la symbolique et dans la pratique, il est celui qui compte le plus.

On peut douter qu’Eric Zemmour (il n’est pas questionné là-dessus par Le Temps) veuille accorder au peuple le droit de référendum. En tout cas, lui-même n’en fait la promotion que pour sa gouverne, dans l’hypothèse où il serait élu président de la République. Ne semblant le concevoir qu’au profit du pouvoir exécutif, il en détourne radicalement le sens qu’on lui accorde en Suisse.

Pour seul maître

Il veut en faire un outil en renfort de l'action gouvernementale. Pour gagner. Sur des thèmes qui lui sont chers: l’immigration, l’insécurité, l’islam. A aucun moment, il ne donne l’impression d’entrevoir une possible défaite pour ses thèses. Or le référendum, encore une fois, c’est avant tout l’apprentissage de la défaite et l’art de ravaler sa salive, sachant que la prochaine tentative sera peut-être la bonne.

Eric Zemmour ne se trompe en revanche pas lorsqu’il assimile le référendum au conservatisme. Cela s’est vérifié en Suisse sur des sujets de souveraineté, politique, économique ou identitaire (Europe, minarets, libre-circulation des personnes, voile intégral). Sauf que c’est bien le peuple, et non les gouvernants cherchant à orienter la voix du peuple, qui, en ces domaines comme en d’autres, était et reste maître du processus démocratique.

Et si on devait porter le masque à vie? Décryptage en vidéo

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