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Les Jeunes socialistes ont une limite à ne pas franchir

Julien Berthod, vice-président de la Jeunesse socialiste suisse (JSS):
Julien Berthod, vice-président de la Jeunesse socialiste suisse (JSS):image: watson et keystone

«Les Jeunes socialistes ont une limite à ne pas franchir»

Dans le contexte électrique des émeutes en France, les Jeunes socialistes annoncent une grève de la jeunesse en Suisse en novembre. Des élus socialistes et la direction du parti réagissent à leur activisme. Un expert identifie «deux stratégies».
20.10.2026, 18:4620.10.2026, 23:20

Les Jeunes socialistes suisse (JSS) ont déclenché toutes les alarmes, lorsqu’on a appris leur intention d’organiser une «grève de la jeunesse» le 20 novembre en Suisse. L’émoi suscité par cette initiative, révélée lundi soir par le Tages Anzeiger, tient à l’effroi provoqué par les nombreux saccages qui ont émaillé la journée d’action du 17 octobre en France «contre la vie chère» et au fait que des membres de la JSS, parmi eux le vice-président Julien Berthod, étaient présents à la manifestation parisienne.

Julien Berthod, un Valaisan, l'affirme à watson:

«Notre objectif est de protester sans violence contre les coupes de la Confédération dans la formation, la recherche, la culture et l’aide aux étudiants, au profit du budget de l’armée»
Julien Berthod, vice-président de la JSS

Selon le vice-président de la JSS, l’idée de la journée d’action du 20 novembre n’est pas née à la suite de la mobilisation française de samedi en France, mais en amont de celle-ci, en concertation avec une trentaine d’organisations de jeunesse étrangères. La grève, prévue un vendredi, devrait se dérouler dans une dizaine de pays.

La direction du Parti socialiste suisse a-t-elle été mise au courant de cette «grève de la jeunesse»? Julien Berthod répond du tac-au-tac:

«Nous n’avons pas à demander l’autorisation du PS»
Julien Berthod, vice-président de la JSS

Le vice-président poursuit: «La JSS est une organisation rattachée au PS mais elle indépendante dans ses choix d’action.»

Si indépendante, qu’une quinzaine de «camarades» de la JSS ont pris part à diverses formations doctrinales et pratiques lors des dernières universités d’été de La France insoumise (LFI) du 20 au 23 août à Valence, comme le révélait alors watson.

Interrogé, Julien Berthod ne faisait alors pas mystère de l’adhésion de la JSS aux thèses de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, notamment à celle de la «rupture avec le système capitaliste qui fragilise toujours plus les travailleuses et travailleurs».

Après Valence est venue la manif parisienne du 17 octobre – «nous n’étions pas présents là où les choses ont dégénéré», assure Julien Berthod –, en attendant, dans un mois, la «grève de la jeunesse».

La direction du PS réagit

Sollicitée par watson, la direction du PS a réagi ce mardi, à la fois aux mobilisations récentes en France, comme à celle prévue le mois prochain par la JSS, avec le coucours, entre autres, du Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) et du Syndicat suisse des services publics (SSP).

«Partout en Europe, ces dernières semaines, des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre les politiques d’austérité, le réarmement, l’explosion du coût de la vie et les tendances autoritaires. Ces préoccupations concernent également la Suisse. Le PS se tient solidairement aux côtés de toutes celles et ceux qui défendent pacifiquement leurs revendications.»
Direction du PS suisse

Justement, à propos des dernières violences et du rendez-vous de novembre:

«Nous condamnons le fait qu’une petite minorité en France ait détourné ces manifestations à des fins violentes. Cette violence gratuite est contre-productive et nuit aux revendications légitimes de la majorité pacifique. La jeune génération a le droit d’être prise au sérieux. Une manifestation de jeunes pacifique et largement soutenue en novembre contribuera à faire entendre sa voix.»
Direction du PS suisse

Les Jeunes socialistes suisses ont donc le le feu vert du PS pour leur grève de la jeunesse, même s'ils s’en seraient passé, à les entendre. Mais Julien Berthod et ses troupes sont prévenus: pas de violence. Parti de gouvernement, le PS ne veut pas que son image soit associée à celle de casseurs, qui plus est à un an des élections fédérales.

Pour l'heure, le thème de la «vie chère» semble profiter au PS. Dans les intentions de vote à douze mois du scrutin national, le parti à la rose sort en tête avec l’UDC, mais à dix points de cette dernière,

Le PS, dont les actuels coprésidents Cédric Wermuth et Mattea Meyer ont été des cadres dirigeants de la JSS, ne semble pas redouter un effet négatif de l’alignement des Jeunes socialistes suisses sur la gauche LFI en France, par exemple. Le socialiste genevois et conseiller national Christian Dandrès, membre éminent de l’Asloca, l’association de défense des locataires, approuve même ce rapprochement:

«Je comprends leur participation aux universités d’été de La France insoumise. Si j’avais leur âge, je m’y serais aussi rendu»
Christian Dandrès, conseiller national (PS/GE)

Christian Dandrès développe:

«La JSS représente le pôle contestataire du PS, c’est important qu’il y en ait un. Les élections fédérales, dans un an, sont certes centrales pour les PS, mais elles ne sont pas le but en soi. Le but, c’est de dégager un projet de société profitable à la classe moyenne et aux plus modestes d’entre nous.»
Christian Dandrès, conseiller national (PS/GE)

Lui-même ancien membre de la JSS, Christian Dandrès souligne la vocation internationaliste de la jeunesse socialiste. Il arrivait que la cohabitation avec certains partenaires soit moralement difficile. «Nous nous retrouvions au sein de la Deuxième internationale, où il y avait le dictateur tunisien Ben Ali, qui avait fini par en être exclu», raconte le conseiller national.

«Je n'aime pas Mélenchon, mais...»

Et la cohabitation avec Jean-Luc Mélenchon, décrit comme un «gourou» par ses détracteurs, certains étant d’anciens LFI? En «off», cet élu socialiste romand confie:

«LFI n’est pas un parti avec un fonctionnement démocratique. Je n’aime pas Mélenchon, il soutient la Russie de Poutine et il a été du côté de dictateur syrien Bachar al-Assad. C’est un trotskyste, un autoritaire. Mais il faut reconnaître une chose à cette ligne politique de gauche: elle forme de très bons cadres de parti.»
Un socialiste romand

En «off» toujours, notre interlocuteur socialiste affirme:

«Il y a un intérêt pour le PS suisse à avoir en son sein toutes les composantes de la gauche, jusqu’à l’extrême limite, c’est payant électoralement»
Un socialiste romand

L'«extrême limite»? Il répond: «Laisser penser qu’on pourrait soutenir un mouvement terroriste, mais je suis sûr la JSS n’irait pas jusque-là, le parti lui rappellerait la conduite à tenir.»

«Peut-être le PS le plus à gauche d'Europe»

La chance du PS est de n’être pour ainsi dire nulle part majoritaire, sinon dans les très grandes villes. N’ayant aucun bilan de gouvernement à fournir, il se maintient à un niveau électoral relativement élevé et profite de la polarisation ambiante. On ne s’en rend peut-être pas compte dans le système de concordance helvétique, mais «le PS suisse est peut-être le plus à gauche des partis socialistes en Europe», note Sean Müller, professeur de sciences politiques à l’Université de Berne. «Il est presque autant à gauche que Die Linke, la formation de gauche radicale en Allemagne», observe-t-il.

Moralité: le fait que la JSS «copine» avec LFI ne change pas grand-chose à la donne. Ceci posé, Sean Müller entrevoit deux possibilités opposées l'une à l'autre:

«Soit l’activisme de la JSS mobilise des électeurs, notamment dans la jeunesse, et c’est alors une stratégie gagnante pour le PS.»
Sean Müller, professeur de sciences politiques à l'Université de Berne

Deuxième possibilité:

«Soit la JSS se voit entraînée dans un activisme violent, et le PS en pâtirait. Il perdrait des électeurs, certains, soucieux des coûts élevés des assurances maladie, partiraient vers Le Centre, d’autres, soucieux du climat, vers les Vertes, d’autres encore, attachés à la relation avec l’Europe, vers les vert’libéraux.»
Sean Müller, professeur de sciences politiques à l'Université de Berne

«Je ne constate pas de dérive idéologique de la JSS»

On n’en est pas là. Opposé «à toute violence en politique», le conseiller aux Etats socialiste neuchâtelois Baptiste Hurni, également vice-président du PS suisse, estime que «la revendication portée par la grève de la jeunesse du 20 novembre soutenue par la JSS est légitime». «Elle entre dans la logique d’opposition aux coupes budgétaires qui affectent entre autres le monde étudiant pour les besoins de l’armée.» Baptiste Hurni affirme encore:

«Je ne constate pas de dérive idéologique de la part de la JSS. Il faut savoir que le dialogue est permanent entre la direction du parti, dont est membre la présidente des Jeunes socialistes, Mirjam Hostetmann, et la JSS.»
Baptiste Hurni, conseiller aux Etats (PS/NE)

Comme le dit avec une pointe d'humour un élus socialiste:

«Le PS réalise l’union des gauches à lui tout seul»

Pour l’heure, la radicalité ne lui nuit pas. Au contraire.

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Video: watson
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