«Les Jeunes socialistes ont une limite à ne pas franchir»
Les Jeunes socialistes suisse (JSS) ont déclenché toutes les alarmes, lorsqu’on a appris leur intention d’organiser une «grève de la jeunesse» le 20 novembre en Suisse. L’émoi suscité par cette initiative, révélée lundi soir par le Tages Anzeiger, tient à l’effroi provoqué par les nombreux saccages qui ont émaillé la journée d’action du 17 octobre en France «contre la vie chère» et au fait que des membres de la JSS, parmi eux le vice-président Julien Berthod, étaient présents à la manifestation parisienne.
Julien Berthod, un Valaisan, l'affirme à watson:
Selon le vice-président de la JSS, l’idée de la journée d’action du 20 novembre n’est pas née à la suite de la mobilisation française de samedi en France, mais en amont de celle-ci, en concertation avec une trentaine d’organisations de jeunesse étrangères. La grève, prévue un vendredi, devrait se dérouler dans une dizaine de pays.
La direction du Parti socialiste suisse a-t-elle été mise au courant de cette «grève de la jeunesse»? Julien Berthod répond du tac-au-tac:
Le vice-président poursuit: «La JSS est une organisation rattachée au PS mais elle indépendante dans ses choix d’action.»
Si indépendante, qu’une quinzaine de «camarades» de la JSS ont pris part à diverses formations doctrinales et pratiques lors des dernières universités d’été de La France insoumise (LFI) du 20 au 23 août à Valence, comme le révélait alors watson.
Interrogé, Julien Berthod ne faisait alors pas mystère de l’adhésion de la JSS aux thèses de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, notamment à celle de la «rupture avec le système capitaliste qui fragilise toujours plus les travailleuses et travailleurs».
Après Valence est venue la manif parisienne du 17 octobre – «nous n’étions pas présents là où les choses ont dégénéré», assure Julien Berthod –, en attendant, dans un mois, la «grève de la jeunesse».
La direction du PS réagit
Sollicitée par watson, la direction du PS a réagi ce mardi, à la fois aux mobilisations récentes en France, comme à celle prévue le mois prochain par la JSS, avec le coucours, entre autres, du Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) et du Syndicat suisse des services publics (SSP).
Justement, à propos des dernières violences et du rendez-vous de novembre:
Les Jeunes socialistes suisses ont donc le le feu vert du PS pour leur grève de la jeunesse, même s'ils s’en seraient passé, à les entendre. Mais Julien Berthod et ses troupes sont prévenus: pas de violence. Parti de gouvernement, le PS ne veut pas que son image soit associée à celle de casseurs, qui plus est à un an des élections fédérales.
Pour l'heure, le thème de la «vie chère» semble profiter au PS. Dans les intentions de vote à douze mois du scrutin national, le parti à la rose sort en tête avec l’UDC, mais à dix points de cette dernière,
Le PS, dont les actuels coprésidents Cédric Wermuth et Mattea Meyer ont été des cadres dirigeants de la JSS, ne semble pas redouter un effet négatif de l’alignement des Jeunes socialistes suisses sur la gauche LFI en France, par exemple. Le socialiste genevois et conseiller national Christian Dandrès, membre éminent de l’Asloca, l’association de défense des locataires, approuve même ce rapprochement:
Christian Dandrès développe:
Lui-même ancien membre de la JSS, Christian Dandrès souligne la vocation internationaliste de la jeunesse socialiste. Il arrivait que la cohabitation avec certains partenaires soit moralement difficile. «Nous nous retrouvions au sein de la Deuxième internationale, où il y avait le dictateur tunisien Ben Ali, qui avait fini par en être exclu», raconte le conseiller national.
«Je n'aime pas Mélenchon, mais...»
Et la cohabitation avec Jean-Luc Mélenchon, décrit comme un «gourou» par ses détracteurs, certains étant d’anciens LFI? En «off», cet élu socialiste romand confie:
En «off» toujours, notre interlocuteur socialiste affirme:
L'«extrême limite»? Il répond: «Laisser penser qu’on pourrait soutenir un mouvement terroriste, mais je suis sûr la JSS n’irait pas jusque-là, le parti lui rappellerait la conduite à tenir.»
«Peut-être le PS le plus à gauche d'Europe»
La chance du PS est de n’être pour ainsi dire nulle part majoritaire, sinon dans les très grandes villes. N’ayant aucun bilan de gouvernement à fournir, il se maintient à un niveau électoral relativement élevé et profite de la polarisation ambiante. On ne s’en rend peut-être pas compte dans le système de concordance helvétique, mais «le PS suisse est peut-être le plus à gauche des partis socialistes en Europe», note Sean Müller, professeur de sciences politiques à l’Université de Berne. «Il est presque autant à gauche que Die Linke, la formation de gauche radicale en Allemagne», observe-t-il.
Moralité: le fait que la JSS «copine» avec LFI ne change pas grand-chose à la donne. Ceci posé, Sean Müller entrevoit deux possibilités opposées l'une à l'autre:
Deuxième possibilité:
«Je ne constate pas de dérive idéologique de la JSS»
On n’en est pas là. Opposé «à toute violence en politique», le conseiller aux Etats socialiste neuchâtelois Baptiste Hurni, également vice-président du PS suisse, estime que «la revendication portée par la grève de la jeunesse du 20 novembre soutenue par la JSS est légitime». «Elle entre dans la logique d’opposition aux coupes budgétaires qui affectent entre autres le monde étudiant pour les besoins de l’armée.» Baptiste Hurni affirme encore:
Comme le dit avec une pointe d'humour un élus socialiste:
Pour l’heure, la radicalité ne lui nuit pas. Au contraire.
