Pourquoi l'UDC zurichoise redoute une «Parmelin bis»
C'est la petite passe d'armes dont l'UDC se serait bien passé. Ou qui, bien au contraire, est utilisée pour faire passer un message? Juste avant l'annonce de candidature de Céline Amaudruz au Conseil fédéral, son ancien collègue UDC au Conseil national, le journaliste Roger Köppel, l'a critiquée sur son podcast Weltwoche daily. Selon lui, la Genevoise n'a pas l'influence nécessaire et fait figure de «poids plume» à Berne.
Celle qui est vice-présidente du parti peine-t-elle à ce point-là, quinze ans après son entrée au Conseil national, à convaincre la bande de l'UDC zurichoise et blochérienne, qui entourent notamment le chef de groupe Thomas Aeschi? «Ce n'est pas nouveau que des politiciens alémaniques prennent de haut les Romands», note l'historien et observateur de la politique, Olivier Meuwly.
«C'était déjà le cas en 2015, quand Guy Parmelin faisait face à Thomas Aeschi sur le ticket pour le Conseil fédéral. Une élection plus tard, c'est le même schéma», note-t-il.
Un porte-drapeau en Suisse romande
Céline Amaudruz a bien reçu le soutien du président du parti, le Schwytzois Marcel Dettling. Pas de quoi ébranler Roger Köppel, pour qui elle se contenterait de jouer un rôle de «généraliste» à Berne et n'aurait pas de connaissance profonde de certains dossiers. Il lui accorde son importance en tant que porte-drapeau en Romandie, mais c'est un peu tout.
Le «visage» de l'UDC en Suisse romande, ce n'est pas un argument à côté de la plaque, juge Olivier Meuwly. Par ailleurs, «du côté romand, on a bien compris que s'il faut se rallier derrière une seule personne pour avoir une chance, ce doit être elle». La question de la ligne politique de Céline Amaudruz, plus progressiste sur les questions sociétales — mariage, féminisme, homosexualité — pourrait aussi jouer un rôle. «Elle n'est pas sur la ligne zurichoise à 100%». Un élément également critiqué par Roger Köppel, pour qui cela «est au goût des partis et de la presse de gauche».
De fait, les Romands doivent se battre pour avoir leurs chances, «mais leur position d'outsider leur ouvre souvent les portes du Conseil fédéral», indique Olivier Meuwly. C'était le cas pour Guy Parmelin et Elisabeth Baume-Schneider.
Natalie Rickli en embuscade
Pour l'historien, il est possible qu'il se passe quelque chose à l'intérieur du clan Blocher. «La conseillère aux Etats saint-galloise Esther Friedli, 49 ans, sans enfants et mariée à la star du parti, l'ancien président Toni Brunner, avait toutes ses chances et peu de raisons de ne pas y aller», note Olivier Meuwly. «C'est dangereux, alors que certains voudraient voir leur deuxième siège revenir en Suisse alémanique», note-t-il.
Christoph Blocher a recommandé le conseiller national thurgovien Pascal Schmid. Quant à la conseillère d'Etat zurichoise Natalie Rickli, on attend sa décision. «Elle serait une concurrente redoutable pour Céline Amaudruz: une femme, du même âge, mais qui siège au Conseil d'Etat du plus puissant canton de Suisse, et qui permettrait à Zurich de retrouver sa place au Conseil fédéral.»
