Pourquoi le PLR est prêt à sacrifier un siège romand au Conseil fédéral
Lorsque Guy Parmelin a été élu au Conseil fédéral en 2015, le président de l'UDC de l'époque, Toni Brunner, s'est réjoui. Car avec lui, l'Union démocratique du centre serait enfin perçue comme un parti de gouvernement en Suisse romande. «Guy Parmelin nous apportera 4% de voix supplémentaires en Romandie», avait-il alors estimé.
Près de onze ans plus tard, l'UDC romande revendique avec véhémence le siège qui se libérera après la démission de Guy Parmelin. Le coordinateur de l'UDC pour la Suisse romande, Kevin Grangier, a ainsi confié à la NZZ:
Il faut donc, selon lui, une locomotive au Conseil fédéral. La vice-présidente Céline Amaudruz, elle-même considérée comme une candidate sérieuse, a elle aussi plaidé pour une représentation romande de l'UDC au gouvernement.
La commission de sélection du parti n'exclut toutefois pas un ticket exclusivement alémanique, ce qui ne plaît pas de l'autre côté de la barrière des rösti. L'ancien conseiller national UDC Jean-Pierre Grin a assuré lundi à la RTS qu'une «gifle» se profilait.
Un probable virage vers la Suisse alémanique
Pourtant, l'effet Parmelin annoncé par Toni Brunner s'est peu fait sentir ces dernières années. Certes, l'UDC a dépassé le PLR dans les cantons romands lors des élections au Conseil national de 2023. Mais sa part de l'électorat, à 20%, reste toutefois au niveau de 2015, soit environ 10 points de pourcentage de moins qu'en Suisse alémanique.
Les tentatives de conquérir des sièges au Conseil des Etats et dans les gouvernements cantonaux ont elles aussi échoué. Le politologue Michael Hermann n'en est pas surpris:
Il ne faut donc pas s'attendre, selon lui, à ce que l'UDC place un Romand à la suite de Guy Parmelin pour des raisons de tactique électorale. D'autant que le parti avait déjà voulu, en 2015, faire entrer au gouvernement le chef du groupe UDC Thomas Aeschi plutôt que Parmelin.
Le directeur de l'institut de recherche Sotomo, Michael Hermann, croit plutôt que la direction de l'UDC souhaite récupérer le deuxième siège pour la Suisse alémanique:
Chose qui serait plus difficile à mettre en place avec des représentants romands.
La stratégie du PLR
Si un Alémanique devait succéder à Guy Parmelin, seuls deux représentants de la Suisse latine siégeraient encore au sein du Conseil fédéral: le Tessinois Ignazio Cassis et la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider. La région francophone devrait alors se contenter d'un seul siège.
Le conseiller national PLR Daniel Ruch pourrait s'en accommoder. A ses yeux, la Romandie mérite deux sièges au Conseil fédéral en raison de sa part de 25% de la population. Mais ce ne serait toutefois «pas si grave si, pour une fois, nous n'avons qu'un siège pendant un an, pour autant que cela change à nouveau lors de la prochaine vacance.»
Celle-ci pourrait survenir fin 2027, après les élections fédérales, si Ignazio Cassis devait démissionner au terme de son année présidentielle. Daniel Ruch affirme:
Il évoque un calcul tactique que beaucoup font actuellement dans son parti, car la succession de Guy Parmelin est liée au siège d'Ignazio Cassis. Ce dernier sera, dès 2027, le conseiller fédéral le plus ancien en fonction. Parallèlement, on prête des ambitions au Neuchâtelois Damien Cottier, chef du groupe PLR.
Deux questions ouvertes et décisives
«Le PLR a plutôt intérêt à ce qu'aucun UDC romand ne soit élu successeur de Guy Parmelin», analyse Michael Hermann. Ainsi, le parti, solidement ancré en Romandie, pourrait un jour remplacer Ignazio Cassis par un Romand. Le calcul comporte toutefois deux inconnues:
- Premièrement: le PLR restera-t-il devant le Centre aux élections fédérales de 2027? C'est la condition de sa revendication d'un deuxième siège au Conseil fédéral.
Au Centre, les intérêts sont exactement inverses. Le parti dispose en effet en Romandie de peu de figures pouvant prétendre au titre de conseiller fédéral. Michael Hermann ajoute:
- Deuxièmement: Ignazio Cassis démissionnera-t-il fin 2027? Jusqu'ici, il ne s'agit que de spéculations.
Certains PLR croient que le Tessinois restera en fonction jusqu'à ce que le peuple se soit prononcé sur les nouveaux accords avec l'Union européenne. Pour que cela ait lieu avant les élections nationales, le Conseil des Etats et le Conseil national devraient éliminer les divergences bloquant le dossier cette année encore.
Une tâche herculéenne que la démission de Guy Parmelin ne facilitera pas, car l'élection de remplacement engloutira au moins une demi-journée supplémentaire de la session d'hiver, déjà bien chargée. (trad. ysc)
