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Une souris dans un laboratoire de Bar Harbor, aux Etats-Unis.
Une souris dans un laboratoire de Bar Harbor, aux Etats-Unis.image: AP

Le débat sur l’expérimentation animale est loin d’être fini

Le 13 février, les Suisses voteront sur l'initiative visant l'interdiction de l'expérimentation animale. Les chances qu'elle soit acceptée sont faibles. Toutefois, de nombreux éléments laissent présager de fin de cette pratique.
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10.01.2022, 11:4825.01.2022, 14:18
Dennis Frasch
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Des singes attachés qui hurlent, des milliers de souris mortes, tout cela pour tester les effets d’une pilule, voilà qui devrait bientôt appartenir au passé.

Les expériences sur les animaux pour le développement de médicaments ou de thérapies sont en constante diminution, en Suisse, depuis 2015. Il y a 40 ans, la part d’animaux utilisés pour les recherches était bien plus importante:

  • En 1983, cela représentait près de deux millions d’animaux.
  • En 2020, on en comptait 556 000.

Selon l'Office fédéral des denrées alimentaires et des affaires vétérinaires (Osav), près de la moitié de ces animaux ont, par ailleurs, été utilisés pour des études d'observation pures. Aucune douleur ne leur a été infligée, ils n’ont pas été mis en état d’anxiété et leur état général n’a pas été affecté.

Pour de nombreuses organisations de protection des animaux, ces chiffres restent trop élevés. L'initiative «Oui à l'interdiction de l'expérimentation animale et humaine» demande une interdiction complète de l'expérimentation animale ainsi que de la recherche sur l'être humain. En outre, tous les produits testés à l'étranger sur des animaux ou des êtres humains ne doivent plus pouvoir être importés. C'est sur cette question que, le 13 février, les électeurs suisses seront appelés à se prononcer.

L'initiative devrait avoir du mal à passer dans les urnes. C'est ce que montrent les premiers résultats d'un sondage de la SSR publié vendredi dernier. Parmi les personnes interrogées entre le 17 décembre et le 3 janvier 2022:

  • 45% ont indiqué qu'elles déposeraient un «oui» dans l'urne.
  • 7% se sont montrées encore indécises.
  • 48% sont clairement contre.

L'initiative a déjà eu du mal à convaincre le Parlement. Pour le Conseil fédéral, les exigences sont trop radicales. La loi suisse est déjà l’une des plus strictes en matière d'expérimentation animale. De plus, une interdiction limiterait fortement la recherche médicale, ce qui aurait à son tour de fortes répercussions sur la santé publique.

Malgré les chances plutôt minces d'une acceptation, la loi sur l'expérimentation animale pourrait à l'avenir devenir un sujet récurrent. En effet, en plus de l'initiative, d'autres interventions sont déjà en suspens au Parlement.

Recherche alternative

Si le Conseil fédéral et le Parlement rejettent en bloc l'initiative, c'est en grande partie parce qu'il n'existe pas encore suffisamment d'alternatives à l'expérimentation animale dans la recherche médicale. Une interdiction pourrait par conséquent entraîner indirectement des décès et le secteur de recherche suisse en souffrirait énormément.

Cela ne signifie pas pour autant que la politique et l'économie s'opposent catégoriquement à l'abandon de l'expérimentation animale. Au contraire: la Suisse connaît depuis plus de 30 ans les principes dits des 3R (replace, reduce, refine – remplacer, réduire, améliorer), et le Centre de compétence 3R Suisse a été créé en 2018. Les principes 3R ont pour but d'étudier des méthodes alternatives et de réduire les expériences sur les animaux à un strict minimum.

En mai de l'année dernière, le programme national de recherche «Advancing 3R – Research, Animals and Society» a été lancé. Avec un financement de 20 millions de francs, ce programme dure 5 ans et doit permettre de réduire encore le nombre d'expériences sur les animaux.

Image: sda

Pour la conseillère nationale verte'libérale, Katja Christ (c'est elle ☝), cela ne suffit pas: dans une initiative parlementaire, la Bâloise demande que la recherche 3R soit ancrée dans la loi:

«Sinon, nous devrons marchander tous les cinq ans de nouveaux fonds de recherche et de nouveaux programmes.»

Bien qu’elle poursuive le même objectif, Katja Christ s'oppose à l’initiative visant à interdire toute expérimentation animale. «Avec une interdiction, nous porterions un préjudice extrême au site de recherche suisse. Les expériences sur les animaux n'en seraient pas empêchées, au contraire. Comme la recherche elle-même, elles seraient simplement transférées à l'étranger, où les lois sur la protection des animaux sont moins strictes.»

Pour Katja Christ, il est clair que les expériences sur les animaux doivent continuer à être réduites de manière drastique et remplacées par des alternatives sans animaux.

«La question essentielle est de savoir comment nous y parviendrons ou quel prix nous paierons si nous interdisons l'expérimentation animale avant d'avoir trouvé des alternatives. L'objectif de soulager la souffrance humaine s'oppose à celui d'éviter la souffrance animale. Mais, l'expérimentation animale reste malheureusement indispensable pour le développement de médicaments et de thérapies sûrs contre des maladies très complexes, comme la sclérose en plaques ou la polyarthrite rhumatoïde.»
Katja Christ

La Bâloise estime donc que l'initiative doit être prise au sérieux et que des bases légales doivent être créées pour développer encore plus rapidement des alternatives. «Sans incitations, le processus ne progressera que lentement et continuera à alimenter les revendications extrêmes.»

Droits fondamentaux pour les primates

Un chimpanzé.
Un chimpanzé.image: shutterstock

Le 13 février, le canton de Bâle-Ville votera également sur l'initiative «Droits fondamentaux pour les primates». L'idée qui la sous-tend est révolutionnaire et ferait de Bâle-Ville la première région au monde à reconnaître aux animaux, en l'occurrence, aux singes, des droits fondamentaux tels que le droit à l'intégrité physique et mentale.

Mais il y a un hic: si l'initiative était acceptée, les droits fondamentaux ne s'appliqueraient qu'aux primates appartenant au canton. Or, Bâle-Ville et ses institutions ne détiennent elles-mêmes aucun primate à l'heure actuelle. Les opposants parlent donc d'un emballage trompeur: l'octroi de droits fondamentaux dans la Constitution cantonale aurait tout au plus un effet indirect sur la détention de singes au Zoo de Bâle.

Les entreprises privées, comme l'industrie pharmaceutique locale, pourraient donc continuer à porter atteinte à l'intégrité physique et mentale des primates par le biais de l'expérimentation animale. Les initiateurs en sont conscients, mais ils espèrent que cela aura un effet indirect sur les tiers. Silvano Lieger, directeur de l'organisation «Sentience», à l'origine de l'initiative, explique:

«Les privés pourraient, par exemple, introduire des règles plus strictes pour la protection des primates»

Pour les faire appliquer, on pourrait imaginer un médiateur nommé par le canton ou un curateur indépendant.

L'initiative a du mal à passer. Le Grand conseil l'a rejetée par 55 voix contre 25. Les membres du comité d'initiative se montrent, toutefois, combatifs: ils ont gagné contre le gouvernement bâlois, qui voulait déclarer l’initiative nulle, devant la Cour constitutionnelle ainsi que le Tribunal fédéral.

Le comité peut compter sur le soutien des partis de gauche et de personnalités connues comme Jane Goodall, la plus grande spécialiste de la recherche sur les chimpanzés. La suite promet d'être intéressante.

Droits fondamentaux pour tous les animaux

Cette dernière idée ressemble à celle des droits fondamentaux pour les primates, à la différence que ces droits devraient s'appliquer à tous les animaux. L'organisation de protection des animaux «Animal Rights Switzerland» a déposé, en octobre 2021, une pétition réunissant environ 5600 signatures.

Un cochon en plein cours de yoga.
Un cochon en plein cours de yoga.image: keystone

La pétition ne demande pas seulement un droit à l'intégrité physique et mentale, elle veut aussi que les animaux soient reconnus comme des personnes juridiques. Cela signifierait que personne ne serait plus autorisé à posséder des animaux et encore moins à les tuer pour un usage humain.

Une revendication radicale – le président de l’association initiatrice Pablo Labhardt en a conscience. «Avec cette pétition, nous voulons déclencher une discussion sur notre relation avec les animaux», explique-t-il. Il est prêt à accepter que ces revendications ne soient que de la musique d'avenir.

En réalité, la pétition est moins radicale que l'initiative pour l'interdiction de l'expérimentation animale. «Les droits fondamentaux ne sont pas non plus absolus chez les humains», explique Labhardt. Par exemple, l’autodéfense peut passer par l’usage de la violence. Il en va de même pour l'expérimentation animale:

«Il n'existe actuellement aucune alternative aux vaccins Covid, qui ont été testés sur des animaux. On ne peut pas dire au centre de vaccination: “Je voudrais la variante non testée sur les animaux.” Actuellement, la production de médicaments et de vaccins indispensables à la survie requiert l’expérimentation animale, car nous n’avons pas d’autre solution. C'est pourquoi nous devons de toute urgence investir davantage dans la recherche d'alternatives à l'expérimentation animale.»

Traduit de l'allemand par Tanja Maeder.

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