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Voici qui possède et contrôle réellement l’eau en Suisse

Des vaches dans un champ asséché à Zurich (d) et l'îlot de la centrale électrique asséché et entouré par le Rhin dans le canton de Bâle-Campagne (g).
Des vaches dans un champ asséché à Zurich (d) et l'îlot de la centrale électrique asséché et entouré par le Rhin dans le canton de Bâle-Campagne (g).Image: Keystone

Voici qui possède et contrôle réellement l’eau en Suisse

Cet été a été marqué par la sécheresse. La Confédération prépare parallèlement une stratégie nationale, alors qu’aucune règle commune ne fixe encore les usages à restreindre en premier.
23.08.2026, 18:5023.08.2026, 18:50
Linda Leuenberger

Cet été, une certitude vacille en Suisse: jusqu'ici, l'eau a toujours été disponible en quantité suffisante. Avec la sécheresse actuelle, elle devient une ressource rare, ce qui révèle à quel point le pays est mal préparé à une telle situation.

A qui appartient l'eau en Suisse?

En principe, l'eau est un bien public: elle appartient à tout le monde. Sur le plan légal, ce sont les cantons qui ont la souveraineté sur l'utilisation de l'eau, explique Christos Bräunle, de l'Association pour l'eau, le gaz et la chaleur (SVGW). Les lacs, rivières et ruisseaux sont des eaux publiques, de même que les nappes et les grands réservoirs d'eau souterraine.

Les étendues d'eau plus modestes peuvent, en revanche, appartenir à des particuliers. Les eaux souterraines peuvent être considérées comme privées lorsqu'elles ne s'étendent que sous quelques parcelles et qu'elles sont négligeables pour l'approvisionnement en eau d'une région. Il appartient au canton de trancher au cas par cas.

L'Untersee, dans le canton de Thurgovie, été 2026. Les niveaux des lacs et des cours d'eau sont très bas en raison de la canicule et de la sécheresse.
Les niveaux des lacs et des cours d'eau sont très bas en raison de la sécheresse, comme ici en Thurgovie. image: benjamin manser

Les sources sont soumises aux mêmes règles. Elles appartiennent généralement au propriétaire du terrain où elles jaillissent. Selon leur débit, le canton peut toutefois les déclarer publiques.

Qui décide des prélèvements d'eau?

Ce sont les cantons qui réglementent les conditions d'utilisation de l'eau, explique Christos Bräunle. Ils accordent les concessions et les autorisations qui déterminent notamment qui peut exploiter une nappe d'eau souterraine et quelles quantités peuvent être prélevées pour la production d'eau potable ou l'agriculture.

Des viticulteurs de Mendrisio (TI) remplissent des citernes d'eau pour irriguer leurs champs et leurs vignes.
Des viticulteurs de Mendrisio (TI) remplissent des citernes d'eau pour irriguer leurs champs et leurs vignes.Image: Keystone

C'est du moins le principe, car les cantons peuvent déléguer aux communes l'octroi de ces autorisations et la législation varie d'un canton à l'autre.

Qui est responsable de l'approvisionnement?

En Suisse, 80% de l'eau potable provient des eaux souterraines et des sources, et 20% des lacs et des rivières. Si les cantons gèrent les ressources en eau, ce sont généralement les communes qui se chargent de leur distribution. Ce sont elles qui veillent à ce que nous disposions en permanence d'une eau potable de qualité au robinet.

Les communes peuvent déléguer cette tâche à des entreprises à but non lucratif, précise l'expert. La Suisse compte quelque 2500 services des eaux, dont la plupart sont publics. Le prix de l'eau permet de financer l'ensemble du système d'approvisionnement, des frais de personnel aux investissements dans les infrastructures.

En Suisse, il s'élève en moyenne à 2,30 francs pour 1000 litres. L'an dernier, les communes ont investi 1,7 milliard de francs dans le réseau d'eau. Notons encore que le réseau d'eau potable suisse s'étend sur 97 000 kilomètres, soit deux fois et demie la circonférence de la Terre.

Quel volume d'eau est consommé en Suisse?

Il est impossible de savoir quel volume d'eau est consommé en Suisse. En cause: la Confédération ne recueille aucune donnée là-dessus, ce que dénoncent notamment les spécialistes qui réclament une stratégie nationale de l'eau. Leur raisonnement est simple: pour gérer une ressource limitée et la répartir judicieusement, il faut disposer de données fiables.

Il n'existe donc aucune statistique à l'échelle nationale. Quant aux cantons et aux communes, ils tiennent, au mieux, des statistiques qui ne sont pas harmonisées.

On sait, en revanche, quelle quantité d'eau est utilisée pour produire de l'eau potable, indique Christos Bräunle. Chaque année, l'Association pour l'eau, le gaz et la chaleur interroge des centaines de services des eaux sur les volumes qu'ils distribuent et établit une estimation représentative à l'échelle du pays. Ce volume dépasse 915 millions de mètres cubes, soit un peu moins que le volume du lac de Bienne.

Les communes suisses stockent l'eau dans ce type de réservoir. Ici, le plus grand réservoir d'eau du canton de Zoug.
Les communes stockent l'eau dans ce type de réservoir. Ici, le plus grand réservoir d'eau du canton de Zoug. image: Stefan Kaiser

Que se passerait-il en cas de pénurie d'eau?

En période de sécheresse comme cet été, une question se pose: qui est privé d'eau en premier si l'approvisionnement atteint ses limites? Il n'existe aucune règle nationale ni aucun ordre de priorité contraignant qui prévoirait, par exemple, que les ménages passent systématiquement avant l'industrie. Les cantons tranchent en fonction de leur législation et évaluent les intérêts au cas par cas.

L'Office fédéral de l'environnement (Ofev) recommande aux cantons de déterminer, lorsqu'ils élaborent leur législation, quels usages devraient être restreints en premier si la situation l'exige. Il cite notamment les piscines et l'arrosage des jardins.

Les cantons ont-ils leur propre stratégie?

Selon un rapport de l'Office fédéral de l'environnement (Ofev), en décembre 2025, dix cantons n'avaient pas de stratégie globale de l'eau. Seuls deux cantons ont une stratégie à jour. Ailleurs, elle est en cours d'actualisation ou encore au stade de projet.

La piscine en plein air d'Uzwil a déjà fermé ses portes à la mi-août, deux semaines plus tôt que d'habitude. Les sources de la commune risquent en effet de se tarir.
La piscine en plein air d'Uzwil a fermé ses portes mi-août, deux semaines plus tôt que d'habitude. Les sources de la commune risquent en effet de se tarir.Image: Keystone

Cela ne signifie pas non plus que certains cantons n'ont aucun plan pour gérer leurs ressources en eau. La plupart ont par exemple établi une planification de l'approvisionnement à l'échelle régionale et cantonale. Mais il n'existe aucune approche uniforme.

Les conséquences de l'absence de coordination dans la gestion des crises sont actuellement visibles dans le canton de Berne. Des agriculteurs risquent de perdre leurs récoltes parce qu'ils n'ont plus le droit d'utiliser l'eau du réseau pour les irriguer, rapporte la SRF. Une situation qui fâche, alors que d'autres peuvent continuer à utiliser cette même eau pour laver leur voiture. Le canton travaille donc à une «Stratégie de l'eau 2040», afin de mieux anticiper ce type de situation.

Début août déjà, le niveau de l'Emme était bas à Schangnau (BE).
Début août déjà, le niveau de l'Emme était bas à Schangnau (BE).Image: Keystone

Pour la Confédération, une stratégie de gestion de l'eau doit couvrir tous les aspects liés à cette ressource, de sa disponibilité à la planification de l'approvisionnement.

Vers une stratégie nationale?

La Confédération veut mieux faire face aux périodes de sécheresse et aux fortes précipitations, garantir l'approvisionnement en eau et préserver les milieux aquatiques, indique l'Office fédéral de l'environnement (Ofev) à watson. Elle entend également identifier suffisamment tôt les conflits d'usage et assurer une gestion durable des ressources en eau.

«Des travaux sont en cours à de nombreux niveaux», précise l'Ofev. Il s'agit par exemple de déterminer quelles données sur l'utilisation de l'eau doivent être collectées, par qui et dans quel but. La Confédération associe à ces travaux les acteurs concernés, notamment les cantons ainsi que les fournisseurs d'eau potable et d'énergie.

Le Conseil fédéral devrait se prononcer sur cette stratégie fin 2027.

Une stratégie déjà réclamée en 2014

«Si nous gérons les ressources de manière raisonnable, nous aurons suffisamment d'eau à l'avenir», déclarait en 2014 l'hydrologue Manfred Stähli lors d'une conférence de presse. Il venait de participer à un programme de recherche de quatre ans mené sur mandat de la Confédération. Dans leur rapport final, les chercheurs réclamaient déjà une stratégie nationale de gestion de l'eau.

Pour eux, imposer une gestion uniforme de l'eau à l'ensemble de la Suisse fédérale n'avait pas beaucoup de sens. Il fallait en revanche des lignes directrices communes et une meilleure concertation entre communes, cantons et Confédération. Les chercheurs préconisaient donc des structures plus efficaces et harmonisées, ainsi que des mesures favorisant la collaboration entre les différents acteurs.

Qu'est-ce qui a changé depuis?

Aujourd'hui, l'hydrologue Manfred Stähli se dit satisfait des progrès accomplis ces dernières années. Il explique:

«Beaucoup de travail a été réalisé en coulisses, sans que la population s'en aperçoive. Et c'est logique: maintenant que l'eau se raréfie en Suisse, considérée comme le château d'eau de l'Europe, les médias et la population commencent à s'y intéresser.»

Après 2014, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a fait étudier différents scénarios climatiques. En collaboration avec MétéoSuisse et l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), il a également développé une plateforme nationale sur la sécheresse. Ce système d'alerte précoce a joué un rôle central durant la sécheresse de cet été.

«Il y a clairement une volonté de renforcer la collaboration à l'échelle nationale», poursuit Manfred Stähli. Depuis 2014, les différents acteurs échangent davantage. A ses yeux, une stratégie efficace devrait avant tout intégrer des données officielles permettant de savoir quelle quantité d'eau est disponible, où et à quel moment, ainsi que l'usage qui en est fait. Pour répartir au mieux cette ressource, il est essentiel de trouver un bon équilibre entre les différents secteurs, notamment l'hydroélectricité, la protection de la nature, l'agriculture et l'approvisionnement en eau potable. (trad.: mrs)

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source: 2erpack identity, behruz tschaitschian und veronika kieneke
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