Le processus de recrutement de la Ville de Genève fait polémique
Le rapport présenté mardi devant la presse fait état d'un manque de justification des choix de recrutement, d'une gestion lacunaire des liens d'intérêts et d'un manque de cadrage. Il critique aussi un processus de recrutement trop long: 172 jours en moyenne entre l'évaluation du cahier des charges et la validation de la personne choisie.
La Cour des comptes a émis neuf recommandations, toutes acceptées par la Ville de Genève, qui a remercié dans la foulée la Cour d'avoir clarifié ce qui relèverait d'«une légende urbaine». Le Conseil administratif estime que les soupçons de népotisme n'ont pas été démontrés.
Le président de la Cour des comptes, Pierre Henri Pingeon précise toutefois que si les lignes de défense de la Ville de Genève avaient fonctionné, ces cas n'auraient pas dû finir dans les dossiers de la Cour. En matière de recrutement et de gestion du personnel, la Ville «a pris du retard», relève le magistrat, qui déplore le fait que des recommandations précédentes n'aient pas été suivies.
Incomplets ou incohérents
Le rapport fait suite à un audit lancé en septembre dernier par la Cour des comptes. Le gendarme de l'administration avait reçu une quinzaine d'alertes sur des soupçons de conflit d'intérêts et d'inégalité de traitement. Un nombre suffisamment important pour se pencher sur cette question stratégique pour une municipalité qui comptait 4408 employés en 2025 et qui en a recruté 830 la même année.
Selon la Cour des comptes qui a analysé 64 dossiers de recrutement, tous départements confondus, dans plus de la moitié des cas, la documentation ne permet pas de justifier le choix de la personne retenue pour le poste. Les éléments censés étayer la décision sont inexistants, incomplets ou incohérents. C'est le cas par exemple d'un candidat mal placé au terme d'un premier entretien, qui a finalement été sélectionné.
La déclaration des liens d'intérêts, qui existe actuellement, devrait aussi être formalisée dans un document.
Trop de marge
Le rapport révèle aussi des pratiques de recrutement disparates entre les différentes entités de la Ville de Genève. Le cadre actuel laisse une trop grande marge d'interprétation avec un grand risque d'inégalité de traitement à la clé, selon la Cour.
Autre problème, les mises au concours en interne, qui devraient rester une exception. Or, elles concernent 20% des cas. «On se prive ainsi de certaines compétences», selon le magistrat.
Des candidats de qualité pourraient aussi être tentés de renoncer en cours de route, en raison de la longueur du processus de recrutement. Il y a trop d'allers-retours et de validations de la part du Conseil administratif, déplore Pingeon. L'absence d'outil informatique permettant de suivre le processus de recrutement dans sa totalité est également problématique. Enfin, la Cour constate des faiblesses dans la surveillance du processus de recrutement.
La Ville de Genève a pris acte de ce rapport. Même si le Conseil administratif accepte toutes les recommandations, il nuance quelques critiques. Il précise aussi que des mesures correctives sont déjà en vigueur, à l'instar de la nouvelle directive sur les processus de recrutement. D'autres réglementations doivent passer devant le Conseil municipal. (sda/ats)
