Une star de la politique genevoise lance un parti et tacle Pierre Maudet
A Genève, les nouvelles formations politiques continuent de pousser sur des décombres ou des déceptions. La dernière s’appelle Horizon Genève. Lancé ce mardi 18 août, ce mouvement réunit des dissidents de Libertés et Justice sociale (LJS), le parti du conseiller d'Etat Pierre Maudet. Nicolas Aubert, élu de Vernier, en prend la présidence. Le député indépendant Djawed Sangdel et Luc Barthassat figurent parmi les fondateurs. Horizon annonce déjà quatre sections, à Genève ville, Vernier, Meyrin et Satigny.
La présence de Sangdel ne passe pas inaperçue. Candidat LJS à Vernier lors du scrutin municipal de 2025, son nom reste associé à une élection entachée d’irrégularités et finalement annulée. Une procédure pénale avait été ouverte. Sangdel a ensuite été exclu du groupe LJS au Grand Conseil. Quant à Luc Barthassat, les changements d’étiquette, il connaît. Ancien poids lourd du PDC, conseiller national, puis conseiller d’Etat entre 2013 et 2018, il a ensuite rejoint le MCG avant de le quitter et de cofonder Civis en 2022.
Pourquoi vous lancer, à 65 ans, dans cette nouvelle aventure?
Luc Barthassat: Je ne me lance pas, je n’ai jamais arrêté. Il y a deux ou trois ans, nous avions déjà fondé Civis et d’autres petits mouvements sont apparus. On disait déjà à l’époque que les partis traditionnels étaient devenus un peu mous.
Aujourd’hui, beaucoup de gens ne se retrouvent plus vraiment à gauche ou à droite. Personnellement, j’ai toujours été à droite économiquement et plutôt à gauche socialement. Il faut pouvoir faire de la politique au cas par cas, tout en ayant bien entendu une vision globale.
Tout cela ressemble singulièrement au discours tenu par Pierre Maudet lorsqu’il est revenu en politique avec son propre mouvement...
Pierre Maudet, c’est la copie de Civis, qui était sorti presque six mois avant! Donc, à ce niveau-là, nous avons la conscience tranquille. Quand on lance un nouveau parti, on se rend compte que le problème, c’est toujours le financement. Avoir 100 ou 200 membres ne suffit pas. Il faut une organisation et c’est beaucoup de travail.
Et surtout, il y a beaucoup de jeunes et beaucoup de gens issus de cette Genève internationale, des «secondos», qui vivent ici depuis des années et veulent s’engager. Dans les partis traditionnels, on va parfois chercher des personnes de certaines communautés, mais sans forcément leur donner des responsabilités ou la possibilité de se mettre en avant.
Qui vous dit que ces jeunes vont adhérer à Horizon? Aubert, Sangdel, Barthassat... Quand on regarde les principales figures annoncées, ça ne respire pas la prime jeunesse genevoise…
Non, mais c’est justement l’expérience qui nous donne envie de nous impliquer différemment, sans rentrer dans des carcans trop structurés. Les jeunes aujourd’hui peuvent être très à droite sur certaines questions et très à gauche sur d’autres. Mais ils demandent surtout que les cartes soient redistribuées de manière plus équilibrée.
Mon fils travaille dans les transports: en quatre ans, ils ont perdu presque 1000 francs de salaire. On engage des gens de Marseille, Rouen, Nantes ou Montpellier. Cela devient pénible. On va avoir des jeunes payés au niveau du SMIC européen dans un pays où Genève est l’une des villes les plus chères du monde.
Vous n’avez pas eu de réticences pour rejoindre Horizon? Le nom de Djawed Sangdel reste associé au scandale des élections de Vernier...
C’est la première chose que je lui ai demandée. Djawed Sangdel m’a montré les formulaires qui l’innocentent totalement de toutes les pressions et accusations qu’on a pu entendre dans les médias. LJS, Civis, l’Elan radical et d’autres mouvements sont aussi nés de gens qui se sont dit qu’il fallait faire de la politique différemment, arrêter de rester enfermés dans des structures qui empêchent les choses de bouger.
Justement, qu’est-ce qui vous différencie du MCG ou de Pierre Maudet? Sur les entrepreneurs, la bureaucratie ou l’Etat, ils tiennent un discours similaire au vôtre...
Il y a énormément de petits entrepreneurs, dont je fais toujours partie, qui en ont marre de cette technocratie. On n’est même plus gouvernés par les technocrates: on est surveillés et épiés par eux. Entre les demandes de l’Etat et celles de la Confédération, je passe bientôt une journée au bureau uniquement à m’occuper de l’administratif.
Quand j’étais au Conseil d’Etat, je disais toujours aux fonctionnaires: nous sommes là pour rendre service aux gens. Pas pour commencer par leur dire: «Ça, c’est interdit, ça, vous n’avez pas le droit.» Il faut leur expliquer comment avancer, créer leur entreprise, la reprendre, la développer et engager localement.
Une de vos grosses échéances politiques sera-t-elle celle des élections fédérales de 2027?
Oui. Ce seront les premières. Il faut qu’on se fasse connaître, qu’on se fasse voir. Nous avons un potentiel avec des gens qui viennent de tous les horizons.
