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Engagé pour chauffer une salle (très) à droite, l'humoriste suisse, Gaspard Proust, a enchaîné les gifles.
Engagé pour chauffer une salle (très) à droite, l'humoriste suisse, Gaspard Proust, a enchaîné les gifles.capture d'écran
Présidentielle 2022

Un humoriste suisse défonce Zemmour et Pécresse, voici ses punchlines

Engagé pour chauffer la salle avant un grand débat de la droite goupillé mardi soir par le magazine conservateur Valeurs Actuelles, l'humoriste suisse, Gaspard Proust, a enchaîné les gifles sur Zemmour, Pécresse et les autres. Ambiance: «Dans ma loge, c’était gênant: pas de photo d’Hitler ou de Pétain, pas de "Mein Kampf" posé sur la table.»
23.03.2022, 20:2627.03.2022, 18:37
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Les électeurs de droite ne savaient plus où donner de la tête mardi soir. Alors que Marine Le Pen avait «La France dans les yeux» sur BFMTV, le magazine (très) conservateur Valeurs Actuelles et Les Eveilleurs (association issue de la Manif pour tous) organisaient leur «Grand débat des valeurs» au Palais des Sports de Paris.

Au programme: toute la droite, ou presque, en confrontation comme sur un ring. Avec la présence d'Eric Zemmour, Valérie Pécresse ou encore Marion Maréchal.

Engagé pour chauffer une salle (très) à droite, l'humoriste suisse, Gaspard Proust, a enchaîné les gifles. Un peu à la manière de Thomas Wiesel lorsqu'il étrille la banque UBS sur son propre terrain. Nous, on a décidé de zapper les débats pour se concentrer sur ce petit moment «stand-up politique». Et voici le résumé des punchlines balancées sur scène mardi soir:

Une intro généraliste pour démarrer:

«Vu ce qui se passe dans le monde en ce moment, d’ici une à deux semaines, il y a un type chauve et un peu bouffi par la cortisone qui va appuyer sur un bouton rouge dans le but de mettre un sérieux coup de boost au réchauffement climatique. Clairement, je pense que ce sera la fameuse 5e dose.»

Pourquoi Proust a-t-il accepté de fricoter avec la droite?

«Avant que Poutine nous fasse tous joyeusement disparaître, je me suis dit que c'était important, dans la carrière d’un humoriste qui se veut subversif, de faire un truc un peu marquant»

Mais encore?

«Ce serait extrêmement malvenu de se pointer au Jugement dernier en ayant rien à se reprocher»

Et donc?

«Comme brûler un billet de 500 balles, ça a déjà été fait, il me restait deux solutions: faire une vidéo TikTok où je détrousse des cadavres au Donbass ou venir faire l’imbécile ce soir»

C'est tout, vraiment?

«Bon, j’ai eu des scrupules à venir ici. Je n'ai pas pu m’empêcher de penser à notre Saint-Pierre de l’humour, l’immense Pierre-Jean-Michel Aphatie Desproges qui disait: "Mais enfin, est-ce qu’on peut rire de tout avec tout le monde?"»

Et la réponse...

«est évidente: ça dépend du chèque»

Ah! Et il n'a pas honte, Proust?

«Certains diront que ce n’est pas glorieux. Et ça me fait penser à cette phrase qu’a dit un jour à Surcouf (célèbre corsaire français) un officier britannique: “Vous les Français, vous vous battez uniquement pour l’argent. Nous, on se bat pour l’honneur”. Et Surcouf a répondu: “Chacun se bat pour ce qui lui manque”»

Il anticipe ensuite la réaction des journalistes en les taclant:

«Au-delà de l’argent, ma présence ici est assez normale. J’aimerais, un instant, demander aux journalistes présents ce soir de faire quelque chose d’un peu contre-nature: réfléchir»

Une deuxième couche:

«Je vous en demande sans doute trop, pardon. Mais quoi de plus naturel que d’aller faire les poches des riches conservateurs de droite, plutôt que d’aller vider celles des camarades de gauche?»

Et une dernière:

«Vous pensez vraiment que j’arriverais à me regarder dans une glace, si j’avais trempé mon doigt dans le pot de Nutella de Raquel Garrido, alors que je peux aller sans scrupules chaparder des truffes dans le jardin des Zemmour, Pécresse et Le Pen?»
Raquel Garrido a été la porte-parole de La France Insoumise en 2017. Elle reste un soutien emblématique de Jean-Luc Mélenchon, mais elle est aussi... chroniqueuse pour «Touche pas à mon poste»

C'est pas tous des fachos?

L'avertissement:

«Certains ont essayé de m'en dissuader: “Non, surtout pas! Là où tu vas, c’est des cinglés, c’est le congrès de Nuremberg"»

La déco en backstage:

«Dans ma loge, c’était gênant: pas de photo d’Hitler, pas de photo de Pétain, pas de "Mein Kampf" posé sur la table»

Barthès a les oreilles qui sifflent:

«Et puis la gentillesse de l’organisation… Des mecs en jean slim, petite moustache, en mode “vous voulez un café?” Franchement, je me serais cru dans une loge de Quotidien, j’étais gêné»

C'est quoi, pour lui, Valeurs Actuelles?

Ben...

«Y a encore trois jours, Valeurs Actuelles, j'connaissais pas. Je me suis dis que ça devait être ce genre de magazine qui te présente le dernier iPhone ou te donne des astuces pour augmenter le nombre de like d’une vidéo TikTok»

Et au final?

«Pas du tout. C’est un journal qui passe son temps à parler de flics en burn-out, de fumeur de crack en plein-air et de flux touristiques en provenance du sud»

Bilan?

«Voilà des gens qui se disent ouvertement contre le suicide assisté, mais qui ne peuvent s’empêcher de faire un journal dont la couverture vous interroge, dès le matin, sur l’utilité de poursuivre la journée»

Proust accepterait-il de faire la même chose pour l'extrême-gauche?

«Moi, je suis corporate, je m’adapte. Si je dis ça, c’est juste pour mettre à l’aise, au cas où il y aurait des gens de l’Humanité: si d'aventure, ils souhaitent que je vienne faire une petite intervention au Bal des migrants, je serais ravi»

Coup de grâce (subtile):

«J’ai appris en plus que, récemment, Fabien Roussel trouvait des qualités à Staline et Castro. Donc, clairement, entre le Parti communiste et moi, on peut construire des passerelles basées sur l’humanisme»

Et il a été briefé, Proust, avant son intervention?

«Les gars de Valeurs m’ont dit: "Bon, ce qui serait bien, c’est que tu mettes les gens à l’aise, qu’il n’y ait pas de favoritisme pour l’une ou l’autre écurie politique"»

Autre chose?

«On n’est pas là pour orienter l’avis de nos lecteurs. L’important c’est qu’ils passent un bon moment»

Ah? Sympa! C'est tout?

«Et qu’à la fin, tout le monde rentre à la maison en se disant: “Au fond, Zemmour a raison”»

Le public

Et il se sent comment Gaspard dans cette salle très à droite?

«Un peu comme Macron qui appelle Poutine. Je vais essayer de trouver ce fil humain qui nous relie»

Il rajoute:

«Ce soir, je me sens comme Frodon le hobbit devant une assemblée de Gollum à qui j’ai envie de dire: “Souvenez-vous, autrefois, vous n’étiez pas ces méchants monstres réactionnaires"»

Ils étaient quoi alors?

«Non, autrefois, parmi vous, il y a des gens qui ont voté Séguin, Pasqua, Chevènement et, pour les plus à gauche d’entre vous, qui sait, peut-être, Jacques Chirac»

Et bim:

«Plus cruel encore pour vous, c’est que si Marine Le Pen arrive 2e, comme c’est prévu, au soir du 1er tour, les deux-tiers de cette salle vont voter Macron»

Et il s'explique:

«Ceux qui supportent Pécresse se diront que c’est la logique “bon père de famille” et les mecs de Zemmour se diront, bon, comme ça on la flingue»

Et il enfonce le clou:

«On m’a promis une salle de monstres et je me retrouve devant une salle de progressistes qui s’ignorent, c’est désolant»

L'analyse:

«Franchement, est-ce qu’on imagine à 20h05, Eric Zemmour, presque énarque, se mettre à dire: “Je me mobilise derrière la… enfin, celle qui aime les chats, là.” Non, ça ne va pas marcher»

La suite de l'analyse:

«Est-ce qu’on imagine François Hollande appeler à voter pour Benoît Hamon? Alain Juppé appeler à voter pour Nadine Morano?»

Pour finir par un coup Royal:

«Vous allez me dire que Ségolène Royal appellera peut-être à voter Mélenchon. Remarque, elle ne formule jamais un soutien: elle dépose juste son CV»

Le menu de la soirée

Surprise:

«Attention, ça risque d’être une soirée d’une très grande originalité. Il se murmure qu’il serait possible qu’on puisse évoquer le sujet de l’immigration»

Minute orientation professionnelle:

«Renvoyer les étrangers par avion ou par Colissimo, fermer les centres ouverts, ouvrir les centres fermés, bref: quand on écoute les candidats de la droite, franchement, si votre passion c’est la logistique, faites livreurs chez Uber Eats»

La balance des droites:

«Je préfère prévenir les naïfs: je pense qu’en termes de débat contradictoire, on va vers une soirée plutôt politiquement déséquilibrée. A part moi en tant qu’intermittent, donc naturellement de gauche»

Mais c'est quoi un débat équilibré?

«Pour que le débat soit idéal, il aurait dû y avoir non pas trois, mais neuf participants. Un tiers Thatcher, un tiers Merkel, un tiers Jedi, un tiers berbère, un tiers kippa, un tiers Goebbels. Et, enfin, un tiers Mélenchon, un tiers Jean-Marie et un tiers la chatterie de Saint-Cloud»

Valérie Pécresse

Proust revient sur le fait qu'elle s'est récemment comparée à un Jedi:

«Si Valérie est Luke Skywalker, il y a quand même de fortes chances qu’en soulevant le masque de son père Dark Vador, elle tombe sur la tronche d’Eric Zemmour»

Il continue:

«J’suis pas la pour foutre la merde, mais il y a déjà dans cette salle une femme qui a des problèmes avec son grand-père et sa tante. Si en plus on démarre un conflit père-fille, ça va être compliqué»

Vous ne le répétez pas, mais...

«Il paraît que c’était pas facile de faire venir Pécresse ce soir. On m’a dit: “Si c’est pas au moins le Stade de France, elle ne se sent pas à l’aise"»

Peu aventureuse?

«Moi, je sais pas. Si j’étais un candidat de droite à même pas 10%, je me ferais plaisir. Je proposerais l’ISF aux gens qui sont au RSA»

Une dernière salve contre Valérie:

«Pécresse a dit: Je vais battre Macron. J’ai déjà entendu cette théorie et il faut être réaliste. Passer de 11% dans les sondages à «être élue au 2e tour»… à moins que BFM organise un débat avec tous les candidats à Marioupol et que Valérie loupe le bus, je vois pas trop.»

Marine Le Pen

«Marine Le Pen ne sera pas là, dommage. J’avais quand même des questions essentielles à lui poser. Parce que, comme tout le monde, elle a une faille: elle aime les chats»

Ah non, pas les chats!

«Moi, je déteste les chats. Les propriétaires vous disent toujours: ce qui est bien avec un chat, c’est que c’est pas lui qui habite chez toi, mais toi qui habite chez lui»

So what?

«Dans la mesure où cet enculé ne paie ni le loyer, ni les croquettes, on peut légitimement se demander: quand on est à ce point admiratif du mode de vie de cet animal, Marine Le Pen, une fois au pouvoir, aura-t-elle vraiment une main de fer lorsqu’il s’agira de régler le problème des squats illégaux?»

Eric et Marion

«Cette soirée n’aurait pas cette petite odeur de souffre s’il n’y avait pas les deux monstres: Eric Zemmour et Marion Maréchal... ça c’est deux personnes en une!»

Et ça implique quoi?

«Si tu vas dans un endroit où les deux se trouvent en même temps, à priori tu peux demander une zone d’exclusion aérienne à l’Otan»

Et ça fait peur depuis la scène?

«Disons que depuis 10 minutes, j’ai l’impression de caresser le cul d'un réacteur de Tchernobyl, c’est excitant»

Petit point Godwin au passage:

«On m’a dit: Zemmour, il a quand même des nazis dans son entourage. J’ai étudié la question et il faut être honnête. Quand on regarde les archives historiques, des nazis entourant des Juifs, ça s’est déjà vu»
«En tant qu’artiste, je suis obligé de dénoncer: il y a des choses qu’on ne peut pas dire. Cette obsession pour l’Islam… Le problème dans ce pays, c’est pas les musulmans, c’est les bouddhistes putain»

Les bouddhistes?

«Et je parle même pas de la diffusion de cette idéologie mortifère sur les réseaux sociaux de toutes ces instagrameuses tombées dans le cirque d’un bouddhisme new age, qui prétendent être en communion avec leur animal totem, en causant à trois plumes mortes collées sur les restes d’un cul de castor empaillé.»

Mais... ça va Gaspard?

«Je suis en colère... comme disait Ségolène Royal»

Ciotti vs. Schiappa

«Ce soir, vous aurez aussi droit à un débat à distance: un choc des titans entre Éric Ciotti et Marlène Schiappa sur l’insécurité»

Un pronostic?

«Ils n'ont pas le même bagage. Lui, après la présidentielle, il ira faire commercial chez Securitas. Elle, c’est multitâches: immigration, laïcité, prix à la pompe, autonomie de la Corse, bio dans les crèches»

En résumé?

«Un match très illégal entre le BTS serrurerie de la droite et la polytechnicienne "Touche pas à mon poste"»

La conclusion

Proust a peur pour ses fesses:

«Demain, il y aura de la presse sur mon intervention. Donc si vous pouviez, idéalement, me huer et me traiter de sale gauchiste, ça serait idéal»
Ce que le public a fait, évidemment.

A noter que durant la soirée, une autre intervention, non prévue celle-ci, a été huée par l'assemblée: une militante Femen a tenté de grimper sur scène pour dénoncer les propos racistes de certains candidats. Avant d'être immobilisée par le service d'ordre.👇

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