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Reportage

Genève déferle sur Berne pour laver son passé (et préparer l’avenir)

L’Exécutif du canton de Genève au complet s’est déplacé à Berne pour y déposer son projet d’agglomération. Aussi pour y laver son image, salopée par trois ans d'une certaine «affaire Maudet». Récit.



Il y a cette image, qui fleure le triomphe et flirte avec l’excès. Celle d’une délégation genevoise imposante. D’une vague composée du Conseil d’Etat in corpore, de la chancelière, de fonctionnaires, de communicants. Elle débarque, littéralement, sur la voie 7 de la gare de Berne pour déposer son quatrième plan d’agglomération (PA4) du Grand Genève. Un dossier de 790 pages (annexes comprises) destiné à récolter un maximum d’argent de la Confédération (on parle de 210 millions de francs) pour des projets de mobilité.

Fraichement arrivé de la «métropole transfrontalière», le cortège prend fièrement la direction du Palais fédéral. Seulement la direction. La campagne de séduction se déroulera à deux pas. En chemin, quelques parlementaires. Dont l’UDC zurichois Roger Köppel. Surpris, ce dernier s’écarte pour laisser passer la troupe, rasant au passage les murs du Palais. Cette délégation genevoise, c’est quelque chose «de très impressionnant pour moi», racontera quelques minutes plus tard, en conférence de presse, la conseillère d’Etat vaudoise, Christelle Luisier Brodard, dont le canton est partie prenante dans ce «PA4».

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Peter Kittler/ge.ch

Ce volumineux dossier, le canton de Genève aurait pu l’envoyer par la poste, comme c’est le cas généralement. Mais «la politique est faite de symboles», sourit Antonio Hodgers, conseiller d’Etat genevois et président du Grand Genève. Des symboles comme ces petits drapeaux genevois, vaudois, suisses et français disposés sur les tables de la conférence de presse. Ou comme ce «rail de train sur socle avec plaquette gravée», offert au conseiller fédéral Ignazio Cassis.

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Le rail, ce symbole. Peter Kittler/ge.ch

Car la politique est faite de réputation, aussi. Et c’est bien à ce jeu sensible que le canton de Genève est venu jouer dans l'arène de la Berne fédérale. On a fait quelques recherches: si le Conseil d’Etat genevois dit venir chaque année rencontrer les membres de sa députation, les dernières traces médiatiques d’un voyage de l’Exécutif in corpore à Berne datent de septembre 2017. La raison: un soutien à la candidature de Pierre Maudet au Conseil fédéral. Vous connaissez la suite…

«A chaque fois que je rencontrais d’autres membres d’un exécutif cantonal ou des parlementaires, on me faisait un commentaire sur l’affaire Maudet. On ne peut pas nier qu’elle a fait des dégâts»

Antonio Hodgers, conseiller d’Etat genevois et président du Grand Genève.

Il y avait donc bien une idée planquée derrière la tête des élus du bout du lac. Celle de crier haut et fort que «ça fonctionne», à Genève. Que le canton – du moins son Exécutif – est «uni et serein», selon les mots de Serge Dal Busco, président du collège. Une Genève rayonnante, celle qui promet que les stigmates de l’affaire Maudet ont déjà cicatrisé. Celle qui vient aussi dire que c’est bien chez elle que Joe Biden et Vladimir Poutine ont décidé de se rencontrer. En profitant de saluer les liens qui unissent Genève et la Confédération depuis des centaines d’années.

«Ce voyage à Berne, c’est un coup d'Antonio Hodgers et Serge Dal Busco», nous dit-on en aparté, avec une pointe de mesquinerie. Vrai que lors de la conférence de presse, ce sont (surtout) eux qui ont pris la parole en raison de leur statut respectif. Les autres élus genevois? Silencieux. Nouvellement élue à la place de Pierre Maudet, Fabienne Fischer a quand même reçu les félicitations d'Ignazio Cassis.

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Les Genevois avec le conseiller fédéral Ignazio Cassis. Peter Kittler/ge.ch

A la fin de la conférence, on a retrouvé Mauro Poggia. «Nous faisons d’une pierre deux coups. Il y a le projet d’agglomération et l’envie de montrer un canton respecté et respectable», raconte celui qui fut conseiller national entre 2011 et 2013. Bien conscient que son canton peut parfois être perçu comme arrogant, il rigole: «Heureusement, nous ne sommes pas allés jusqu’à entrer dans le Palais fédéral.»

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