La médecine suisse désavantage les femmes, et cela coûte des milliards
La Suisse compte parmi les pays offrant les meilleures conditions de vie. Les femmes y passent pourtant environ 30% de temps de plus en mauvaise santé que les hommes. Combler cet écart leur offrirait, en moyenne, huit jours de bonne santé en plus par an et ajouterait ainsi plus de sept milliards de francs de PIB annuel d’ici 2040.
C’est ce que chiffre le rapport Closing the women'shealth gap: Switzerland's CHF 7 billion opportunity («Combler l’écart de santé entre les femmes et les hommes: l’opportunité à 7 milliards de francs pour la Suisse»), publié par l’institut à but non lucratif McKinsey Health Institute (MHI) et McKinsey Suisse.
Ses auteurs jugent ces estimations prudentes, car l’endométriose ou les troubles liés à la ménopause, pour ne citer qu'eux, restent souvent sous-diagnostiqués, et leur impact réel sous-estimé. La co-autrice Anouk Petersen, Partner chez McKinsey à Genève et Director of Women's Health au MHI, indique:
Le problème de la médecine des femmes
Selon le rapport, seules 8% des atteintes à la santé des femmes concernent des affections qui leur sont propres. En revanche, 63% sont liées à des maladies touchant les deux sexes, mais plus fréquentes chez les femmes. Si l'on examine spécifiquement l'écart de santé entre femmes et hommes, les maladies cardiovasculaires en expliquent 30%, les cancers 24% et les affections gynécologiques 17%.
Le combler ferait gagner quelque 104 000 années de vie en bonne santé aux Suissesses par an, dont 52% durant l’âge actif, qui concentre à lui seul environ 77% du potentiel de PIB suisse, avec un pic chez les 40 à 50 ans. Les dix affections au plus fort impact économique, de la ménopause à la dépression en passant par la migraine, représentent à elles seules un potentiel de plus de quatre milliards de francs de PIB par an. Et comme 81% des femmes en âge de travailler sont actives, chaque jour de maladie a un impact considérable.
L’écart s’explique à ~62% par le manque d'efficacité des traitements, longtemps calés sur des références masculines, par des problèmes de prise en charge (~30%) et par des lacunes de données (~9%, un minimum, seules l’endométriose et la ménopause ayant pu être chiffrées). La co-autrice Valentina Sartori estime:
Une grande marge d'amélioration
La Suisse n’a pas de stratégie nationale dédiée à la santé des femmes, contrairement à l’Australie, au Royaume-Uni, au Canada et à l’Autriche, affirme le cabinet. Le Programme national de recherche PNR 83 «Médecine genre et santé» du Fonds national suisse (FNS) en constitue une première étape.
Le rapport propose cinq actions:
- Collecter des données de santé par sexe («Count women»).
- Mieux intégrer les femmes dans la recherche («Study women»).
- Uniformiser les parcours de soins sensibles au sexe et adapter le remboursement («Care for women»).
- Garantir l’accès à tous les groupes de population («Include all women»).
- Investir de manière ciblée («Invest in women»).
Système de santé, employeurs, monde politique, assureurs, philanthropie et investisseurs sont ainsi appelés à agir. (ysc)
