Suisse
Sécurité

En cas d'attaque, l'armée suisse «n'est pas capable de se défendre»

Armée Suisse Thomas Süssli
keystone

En cas d'attaque, l'armée suisse «n'est pas capable de se défendre»

Le monde politique suisse n'a toujours pas pris la mesure du danger près de quatre ans après l'attaque russe en Ukraine, estime le chef de l'armée suisse Thomas Süssli.
27.12.2025, 13:1427.12.2025, 13:14

«Je n'ai pas l'impression qu'un électrochoc s'est produit depuis lors dans le pays», lâche-t-il.

Dans une démocratie, c'est la politique qui détermine les moyens de l'armée, explique dans un entretien diffusé samedi par la Neue Zürcher Zeitung le chef de l'armée suisse, qui quitte ses fonctions à la fin de l'année. Cette situation, il dit l'accepter. Mais comme responsable de la troupe, il trouve difficile d'accepter le fait qu'en cas d'urgence, seul un tiers des soldats serait entièrement équipé.

«Je me souviens très bien du 24 février 2022, lorsque la Russie a attaqué l'Ukraine. Pour moi, c'était clair: il fallait faire preuve d'une honnêteté totale. La population et les politiciens ne devaient pas croire que l'armée était capable de se défendre alors qu'elle ne l'est pas»
Thomas Süssli

Et de s'interroger: pourquoi aucune réaction ne s'est-elle encore produite en Suisse?

La neutralité ne protège pas

Le commandant de corps y voit trois raisons: la première est que la dernière guerre sur le sol suisse remonte à près de 180 ans, la guerre civile du Sonderbund de 1847.

«Nous n'avons donc [...] pas de mémoire collective des guerres, contrairement à l'Estonie ou à la Pologne par exemple»
Thomas Süssli

Deuxième raison citée, la guerre en Ukraine semble lointaine pour beaucoup. «En réalité, seuls deux pays nous séparent de l'Ukraine: la Hongrie et l'Autriche», prévient Süssli.

Et troisièmement, ajoute-t-il, il y a l'idée que la neutralité protège automatiquement. «Mais c'est historiquement faux. Il y a plusieurs pays neutres qui n'étaient pas armés et qui ont été entraînés dans une guerre.» Pour lui:

«La neutralité n'a de valeur que si elle peut être défendue par les armes»
Thomas Süssli

Si la Suisse ne veut investir 1% de son produit intérieur brut qu'à partir de 2032 ou 2035, il faudra attendre 2050 pour que le pays soit prêt à se défendre, met en garde le responsable militaire.

Des achats plus flexibles?

Il voit cependant des progrès au sein de l'armée. «Nous avons par exemple mis en place un système d'innovation avec lequel les soldats de milice peuvent apporter leurs idées», explique Süssli. Ce système «nous permet d'apporter rapidement de nouvelles techniques à la troupe, quelles qu'elles soient».

Il relève également la nouvelle voie mise en place pour l'acquisition rapide de nouvelles armes malgré la lourdeur des processus d'achat d'armement. «Pour les drones, par exemple, nous n'achetons pas un modèle particulier pour faire des stocks», explique-t-il.

«Nous cherchons plutôt des fabricants intéressants sur le plan technologique, avec lesquels nous concluons des contrats-cadres. Nous pouvons ainsi faire appel plus tard à la technique la plus récente. Ou bien nous ne mettons plus au concours un produit clairement défini, mais nous décrivons le problème que nous voulons voir résolu. C'est alors que joue la concurrence des idées»
Thomas Süssli

Guerre numérique

Le chef de l'armée suisse remarque un déplacement croissant de la guerre dans le cyberespace. Le service de renseignement suisse affirme par exemple «que plus de 80 ressortissants russes liés aux services secrets russes vivent ici», en Suisse, ajoute-t-il.

Face aux nouvelles menaces, «la Suisse ne peut pas se défendre toute seule», avertit le militaire. «C'est pourquoi nous devons pouvoir coopérer avec d'autres armées et être interopérables, c'est-à-dire fonctionner ensemble. Pour cela, il faut des années de préparation, ce qui a déjà commencé».

(sda/ats)

Des voitures «sapin de Noël»
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
3 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
3
Pourquoi la Suisse a participé au Conseil de paix de Trump
Observatrice à Washington, la Suisse assiste au lancement du Conseil de paix de Trump, sans engagement formel mais avec attention stratégique.
Sur invitation du gouvernement américain, une délégation helvétique, composée de Monika Schmutz Kirgöz, cheffe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), ainsi que l’ambassadeur de Suisse Ralf Heckner, a pris part à la première première séance officielle du Conseil de la paix lancé par Donald Trump jeudi à Washington.
L’article