En cas d'attaque, l'armée suisse «n'est pas capable de se défendre»
«Je n'ai pas l'impression qu'un électrochoc s'est produit depuis lors dans le pays», lâche-t-il.
Dans une démocratie, c'est la politique qui détermine les moyens de l'armée, explique dans un entretien diffusé samedi par la Neue Zürcher Zeitung le chef de l'armée suisse, qui quitte ses fonctions à la fin de l'année. Cette situation, il dit l'accepter. Mais comme responsable de la troupe, il trouve difficile d'accepter le fait qu'en cas d'urgence, seul un tiers des soldats serait entièrement équipé.
Et de s'interroger: pourquoi aucune réaction ne s'est-elle encore produite en Suisse?
La neutralité ne protège pas
Le commandant de corps y voit trois raisons: la première est que la dernière guerre sur le sol suisse remonte à près de 180 ans, la guerre civile du Sonderbund de 1847.
Deuxième raison citée, la guerre en Ukraine semble lointaine pour beaucoup. «En réalité, seuls deux pays nous séparent de l'Ukraine: la Hongrie et l'Autriche», prévient Süssli.
Et troisièmement, ajoute-t-il, il y a l'idée que la neutralité protège automatiquement. «Mais c'est historiquement faux. Il y a plusieurs pays neutres qui n'étaient pas armés et qui ont été entraînés dans une guerre.» Pour lui:
Si la Suisse ne veut investir 1% de son produit intérieur brut qu'à partir de 2032 ou 2035, il faudra attendre 2050 pour que le pays soit prêt à se défendre, met en garde le responsable militaire.
Des achats plus flexibles?
Il voit cependant des progrès au sein de l'armée. «Nous avons par exemple mis en place un système d'innovation avec lequel les soldats de milice peuvent apporter leurs idées», explique Süssli. Ce système «nous permet d'apporter rapidement de nouvelles techniques à la troupe, quelles qu'elles soient».
Il relève également la nouvelle voie mise en place pour l'acquisition rapide de nouvelles armes malgré la lourdeur des processus d'achat d'armement. «Pour les drones, par exemple, nous n'achetons pas un modèle particulier pour faire des stocks», explique-t-il.
Guerre numérique
Le chef de l'armée suisse remarque un déplacement croissant de la guerre dans le cyberespace. Le service de renseignement suisse affirme par exemple «que plus de 80 ressortissants russes liés aux services secrets russes vivent ici», en Suisse, ajoute-t-il.
Face aux nouvelles menaces, «la Suisse ne peut pas se défendre toute seule», avertit le militaire. «C'est pourquoi nous devons pouvoir coopérer avec d'autres armées et être interopérables, c'est-à-dire fonctionner ensemble. Pour cela, il faut des années de préparation, ce qui a déjà commencé».
(sda/ats)
