Pourquoi la RTS a supprimé son application sport
Vous l'avez peut-être remarqué: l'application RTS Sport n'existe plus. Elle a été désactivée pour fusionner avec RTS Info au sein d'une application unique.
Dans une vidéo explicative publiée sur le compte Instagram de la RTS, l'objectif affiché est «d'offrir une expérience unifiée, plus claire et plus pratique». Mais dans les commentaires, de nombreux internautes se disent perdus, voire déçus par cette fusion.
Dans la section commentaires, plusieurs internautes déplorent cette fusion:
En interne, selon nos informations, la décision ne fait pas l'unanimité non plus. Plusieurs collaborateurs s'interrogent sur la pertinence de fusionner une application sportive qui, selon eux, n'était «pas vraiment pensée pour un public sportif» au sein de RTS Info. Le porte-parole de la chaîne, Christophe Minder, confirme que la décision émane bien de la RTS, et non de la SSR. Le mandat de fusion a été décidé par la direction de la RTS en septembre 2024.
La chaîne justifie ce choix par les habitudes constatées:
Selon nos informations, le sport a dû batailler pour trouver sa place dans ce projet de nouvelle application. Un point sensible concerne la visibilité des articles: hors événements majeurs, les contenus sportifs auraient tendance à se noyer dans le flux d'informations, ce qui pourrait se traduire, à terme, par une baisse d'audience pour les publications sportives classiques.
Ce constat tranche avec le discours de la direction des sports. Nathalie Ducommun précise que la rédaction en chef des sports n'était pas impliquée au départ, le projet étant conduit par la distribution:
La cheffe des sports assure qu'«aucun changement de ligne éditoriale» n'est à l'ordre du jour: «Il y a désormais deux fils: un fil info, avec les actualités sportives importantes, et un onglet sport où l'on retrouve l'intégralité des news. C'est un simple changement d'habitude.»
La journaliste, qui a succédé à Massimo Lorenzi en cours de projet, explique avoir hérité d'un dossier déjà engagé: «J'ai découvert une app sport performante, qui mettait en avant une information sportive plus spécialisée.» Une réussite qui interroge forcément sur l'opportunité de la fusion — elle l'admet elle-même:
Sa principale crainte portait sur la consommation du direct, qui représentait «69% de la consommation» sur l'ancienne application sport. Pour la cheffe des sports, cette nouvelle app garantit néanmoins un accès au direct, complété par Play RTS pour le direct sportif.
Le chantier de la personnalisation
Sur la personnalisation, un chantier reste ouvert. «Moins de 20% des abonnés de l'ancienne app sport n'étaient pas également abonnés à RTS Info», précise Nathalie Ducommun. Pour cette minorité, l'objectif est de permettre, à terme, un accès direct à un univers entièrement dédié au sport:
Côté audience, la RTS se dit, pour l'instant, rassurée. «Nous avons fait un suivi le week-end avant la Coupe du monde, et les taux de migration étaient conformes aux objectifs. Il n'y a pas eu de chute dans la consommation du direct», affirme Nathalie Ducommun. Et d'ajouter: «La fusion nous donne raison: les chiffres sont bons, il ne semble pas qu'on perde de public sportif.»
Dans un contexte de fatigue informationnelle croissante, fusionner du contenu sportif avec l'actualité internationale et politique va-t-il à contre-courant des attentes du public? Une question posée en interne par plusieurs collaborateurs, à laquelle le porte-parole de la RTS ne répond qu'en partie.
Christophe Minder évoque le cas des grands événements comme la Coupe du monde de la Fifa, où «un banner permet d'accéder directement aux contenus sans passer par l'actualité», et assure: «Nous sommes convaincus que le public adepte du sport trouvera facilement ce qui l'intéresse, tout en ayant l'opportunité de découvrir d'autres contenus potentiellement intéressants.»
